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Le pire est évité

Rédacteur en chef

Le pire est évité. Peut-être n'est-il pas gommé.

Le premier chapitre de la grand-messe électorale française consacre un face-à-face conforme aux sondages (une surprise en soi). Le trop costumé Fillon et le verbeux Mélenchon, malgré des scores plus qu’honorables, sont évincés de la joute finale. Corollaire : le redouté " La France insoumise " de Mélenchon contre le " On est chez nous " de Marine Le Pen n’aura pas lieu. L’Europe souffle. Le pire est évité.

En ce 23 avril, pour la deuxième fois de ce siècle encore vert, les Français auront cependant à choisir entre le néo-fascisme (déguisé cette fois-ci en demoiselle " présentable ") et les valeurs qui fondent une démocratie moderne. Voici quinze ans, lorsque Jean-Marie, le père de Marine, s’était qualifié pour le second tour, cette accession tenait paradoxalement plus de la dispersion de la gauche que du plébiscite brun.

"Une gifle démocratique telle que celle essuyée par son père, en 2002, face à Jacques Chirac (vainqueur avec plus de 82 % des suffrages), ne se reproduira sans doute pas le 7 mai prochain."

La donne est aujourd’hui plus inquiétante: dès l’aube de cette campagne présidentielle, Marine Le Pen se plaçait en tête des intentions de vote des Français. Si ce dimanche elle échoue à accéder à la plus haute marche du podium du premier tour, la candidate du Front national poursuit sa conquête de voix. Aussi, une gifle démocratique telle que celle essuyée par son père, en 2002, face à Jacques Chirac (vainqueur avec plus de 82 % des suffrages), ne se reproduira sans doute pas le 7 mai prochain. Lors de ce second tour, un report de votes contestataires drainés notamment par un Mélenchon et des plus radicaux des " fillonistes " pourrait transformer le second tour en véritable roulette russe.

Le pire n’est pas encore gommé.

Si l’Europe évite un face-à-face entre ses fossoyeurs que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, Paris et Berlin comme la plupart des capitales des Vingt-Sept, ne peuvent s’exonérer d’une réflexion approfondie sur le message que la deuxième nation la plus peuplée du club, la partie méridionale (même affaiblie) du moteur franco-allemand, leur envoie. Les votes extrémistes et la défaite des partis traditionnels (le candidat socialiste finit sous les 10 %) expriment, en partie du moins, un ras-le-bol d’une construction qui n’offre plus que la perspective de gérer ses acquis, qui ne propose plus de rêve et, pire, étouffe l’un de ses membres, la Grèce (certes partiellement fautive), en lui infligeant une cure d’austérité ravageuse. Plus globalement, cette double sanction (extrémiste et " anti-traditionnel ") sonne comme un avertissement pour l’ensemble de la classe politique établie. À l’instar du Brexit ou de l’élection de Donald Trump.

Dans ce tableau sombre, la lumière n’est pas absente : Emmanuel Macron porte l’espoir de la modération, du changement doux et maîtrisé, de l’évolution sans la destruction qu’implique la révolution. Telle est la gageure, lourde, conséquente pour cet homme jeune : entamer ce travail titanesque qui vise à manœuvrer le paquebot France. Une tâche qui s’annonce complexe pour un candidat sans véritable appareil de parti. Mais ces soucis sont prématurés. Le pire n’est pas gommé… Reste deux semaines pour l’éviter.

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