Les deux candidats prêts pour un débat meurtrier

©AFP

C’est LE duel final entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Ce soir, les deux qualifiés pour le second tour de la présidentielle s’affrontent pour la première fois en face-à-face.

L’heure de la confrontation a sonné. Emmanuel Macron et Marine Le Pen vont se faire face ce soir pendant deux heures et demie lors du traditionnel et redouté débat télévisé de l’entre-deux-tours. L’un doit tenter de gérer son avance en termes d’intentions de vote (59% pour Macron selon Kantar Sofres), tandis que l’autre va chercher à attaquer, couper et démonter l’assurance de son adversaire pour gagner des points.

Dans le bunker qu’est leur QG, les deux rivaux rabâchent déjà depuis des mois des centaines de notes et fiches thématiques et se préparent chacun à leur manière.

Marine Le Pen a l’habitude des débats depuis sa première prise de parole le soir du 21 avril 2002 justement. Plutôt que de visionner d’anciens débats, elle préfère en lire des résumés et a des fiches sur chaque discours de son adversaire.

"Macron ne supporte pas la contradiction, il a toujours besoin d’être aimé, adulé."
Entourage de Marine Le Pen

Côté stratégie, elle passe au crible les tics de langage d’Emmanuel Macron, sa vie, son passé et aurait même, selon son entourage cité par Europe 1, découvert une "faille psychologique": "Il ne supporte pas la contradiction, il a toujours besoin d’être aimé, adulé, de ne rencontrer aucune opposition." Elle va donc s’atteler à le faire sortir de ses gonds, à le déstabiliser en l’attaquant frontalement, le coupant dans ses explications et raisonnements. Elle compte parer chaque attaque. La sortie de l’euro? Les affaires? Elle compte évacuer ces sujets en quelques phrases, surtout ne pas s’y appesantir. Et si Macron la traite d’"héritière" comme il le fait depuis plusieurs jours, elle le désignera comme "l’héritier de François Hollande".

Elle aurait prévu aussi quelques piques, notamment sur ses relations avec les grands patrons et son manque d’expertise sur les sujets régaliens (terrorisme, défense…). Marine Le Pen compte faire un effort de diction – parler plus lentement – et d’articulation en prenant soin d’éviter les emballements (débit plus rapide) qui la desservent souvent. Son but? Paraître souriante, sûre d’elle et capable. Ce débat de l’entre-deux-tours, elle l’attend depuis de longs mois et s’y est préparée psychologiquement depuis longtemps. Elle mise aussi sur son expérience. Selon son entourage, elle connaît bien l’exercice: "Depuis des années, chaque prise de parole, interview, constitue un entraînement."

Un vrai combat

Pour Emmanuel Macron, dont l’expérience politique se résume à cinq ans, le défi est tout autre. Il s’agit d’insister sur le danger pour la démocratie que représente un Front national aux portes du pouvoir. Cette stratégie, entamée depuis une semaine à travers de nombreuses commémorations, vise à re-diaboliser le parti fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972 tout en rappelant qu’il fait partie du "système" qu’il dénonce depuis quarante-cinq ans…

"Ce débat est l’opportunité de déconstruire le discours de Marine Le Pen."
Entourage d’Emmanuel Macron

Comme sa rivale, il se prépare depuis hier en mixant lecture de fiches bristol et repos. "Il va être lui-même entre bienveillance et fermeté afin de se faire respecter, confie son entourage. Marine Le Pen est une professionnelle de la petite phrase, la petite attaque, ce débat est l’opportunité de déconstruire son discours, de mettre à jour les failles de son programme." Emmanuel Macron va chercher à décrédibiliser sa rivale, entrer dans le détail des mesures frontistes, y compris ses va-et-vient ces derniers jours sur l’euro. Il va tenter de démontrer aux Français qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner avec le FN au pouvoir. Ce combat, il le veut, et il est impatient d’en découdre avec Marine Le Pen, de lui démontrer qu’il n’est pas arrivé là par hasard. "Je ne serai pas dans l’invective, l’insulte, le raccourci, a-t-il prévenu hier sur RMC. Sur le pouvoir d’achat, les impôts, la dette, l’Europe et l’euro, la sécurité et l’immigration, on doit aller au fond des choses (…) et expliquer précisément ce que l’on fait, en quoi on répond à leur colère."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés