Les économistes qui inspirent les candidats

Jean Pisani Ferry ©BELGAIMAGE

Les économistes se limitent généralement à décrypter les programmes électoraux. Certains pourtant affichent leur soutien à des candidats, jusqu'à intégrer les équipes de campagne.

La France Insoumise

Des économistes "atterrés" appuient Mélenchon

Un certain nombre d’économistes hostiles au libéralisme et à la rigueur budgétaire appuient Jean-Luc Mélenchon.

Le professeur d’économie à Science Po Paris, Jacques Généreux, a été chargé de la coordination du programme de Jean-Luc Mélenchon. Ami de longue date du leader de La France Insoumise, il se considère comme une économiste hétérodoxe, convaincu qu’il faut en finir avec l’économie de marché.

Liem Hoang Ngoc ©BELGAIMAGE

Autre soutien important pour Mélenchon, celui des "Économistes atterrés", un collectif regroupant une trentaine d’économistes hostiles au libéralisme et à la rigueur budgétaire. Dans une note signée le 12 avril dernier, ils ont tenu à répondre aux 40 économistes qui se sont rangés derrière Emmanuel Macron (lire par ailleurs). Les Économistes atterrés apprécient la volonté de Mélenchon de mettre au pas le monde de la finance. Ils saluent en particulier l’idée de taxer les transactions financières et d’interdire les titres hautement spéculatifs.

Mais celui qui tient actuellement la vedette dans les rangs de Mélenchon est l’économiste d’origine vietnamienne, Liêm Hoang-Ngoc (53 ans), directement issu du PS. Il a été eurodéputé de 2009 à 2014 avant de revenir à la politique nationale où il faisait partie des "frondeurs", opposés à la loi sur le travail. Déçu, Liêm Hoang-Ngoc a quitté le parti en 2015 pour fonder avec d’autres frondeurs la "Nouvelle gauche socialiste" (NGS), avant de rejoindre les rangs de La France Insoumise. Assurément une belle prise pour Jean-Luc Mélenchon qui le nomme responsable des questions économiques au sein de son équipe de campagne.

"Nous voulons arriver à un keynésianisme social et écologique."
Liêm Hoang-Ngoc économiste

Liêm Hoang-Ngoc affirme qu’il n’a pas changé mais que "c’est le PS qui a changé". Ses travaux portent sur le chômage, l’inflation et la fiscalité. Son credo: faire de l’impôt sur le revenu le pivot du système fiscal, l’asseoir sur une assiette la plus large possible, qui taxe tous les revenus. Objectif: arriver à "un keynésianisme social et écologique". Au passage, il prône un élagage complet parmi les niches fiscales.

Pas de sortie de l’Europe en revanche, mais une révision de fond en comble des traités qu’il qualifie de "corsets".

Parti socialiste

Piketty comme gage de sérieux du revenu universel

Thomas Piketty (45 ans) est en charge des questions européennes pour le candidat socialiste Benoît Hamon. L’auteur du best-seller "Le capital au XXIe siècle" n’est pas membre du PS, mais il justifie son engagement par "la gravité de la crise que traversent les démocraties occidentales depuis le Brexit et l’avènement de Donald Trump". Il a soutenu Ségolène Royal en 2007 et appelé à voter Hollande en 2012.

Thomas Piketty ©AFP

Parmi les idées de Piketty reprises par le candidat Hamon, il y a l’impôt unique sur le patrimoine qui engloberait le précompte immobilier et l’impôt sur la fortune. L’économiste a mis plus temps en revanche pour cautionner le principe du revenu universel. Ce n’est que le 25 janvier 2017 qu’il signe avec 9 autres économistes dans le journal Le Monde une tribune où il parle d’une idée "économiquement crédible et socialement audacieuse". Sur l’Europe, Piketty plaide pour "une démocratisation de la zone euro". Ce qui supposerait le remplacement de l’Eurogroupe par un "parlement de la zone euro".

Face à la dégringolade d’Hamon dans les sondages, Piketty s’est d’ores et déjà positionné pour le second tour où, de manière assez surprenante, il appuie l’anti-européen Mélenchon plutôt que le pro-européen Macron. Il rejoint en cela le club des "Économistes atterrés" (lire par ailleurs) qui appuient Benoît Hamon tout en déplorant qu’il n’aille pas assez loin, notamment à l’égard des banques.

"Le revenu universel est économiquement crédible et socialement audacieux."
thomas pikettyéconomiste

Autre poids lourd, Daniel Cohen, un des fondateurs de la Paris School of Economics, a annoncé le 16 février dernier son soutien à Benoît Hamon. Spécialiste de l’économie internationale, il a obtenu plusieurs fois le "Prix du Livre d’Économie".

Dans l’équipe du candidat socialiste, on trouve une autre économiste en vue, Julia Cagé (33 ans), qui n’est autre que l’épouse de Thomas Piketty. Experte en économie des médias et grande admiratrice du prix Nobel Joseph Stiglitz, elle est chargée de la mission délicate du chiffrage du programme d’Hamon, histoire de pouvoir répondre à ceux qui jugent le revenu universel irréaliste. Julia Cagé a une sœur jumelle, Agathe Cagé, qui est la secrétaire générale de la campagne du candidat.

En Marche!

Les économistes se bousculent pour soutenir Macron

Comme pour les politiques, les soutiens au candidat Macron se multiplient parmi les économistes.

Qu’il s’agisse de politiques ou d’économistes, Emmanuel Macron ne sait plus où donner de la tête tant il est assailli de soutiens. La semaine dernière, un collectif de 40 économistes est venu apporter son soutien au candidat d’En Marche!. Parmi eux, des grosses pointures comme Elie CohenGilbert CettePhilippe AghionJean-Paul FitoussiJacques Delpla ou Marc Ferracci. Les signataires estiment qu’une victoire du FN serait une "catastrophe économique, sociale et démocratique".

Jean Pisani Ferry ©BELGAIMAGE

Mais la véritable cheville ouvrière du programme d’En Marche!, c’est l’économiste Jean Pisani-Ferry (65 ans). L’arène politique n’est pas son terrain de jeu naturel, même s’il a pourtant de qui tenir. Son père, Edgar Pisani, fut ministre de De Gaulle puis de Mitterrand. Discret et pondéré, Jean Pisani-Ferry est généralement plus à l’aise dans les cercles académiques. Il est à la base du think tank fédéraliste européen Bruegel, basé à Bruxelles. En 2011, il s’investit pour la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Social-libéral pour les uns, libéral-social pour les autres, il n’a pas que des amis au PS. Mais il plaît à Manuel Valls, qui le place à la tête de France Stratégie, le think tank du Premier ministre. Et à Macron, alors ministre de l’Économie, qui lui demande régulièrement conseil. Le Brexit et l’élection de Trump poussent Pisani-Ferry à se lancer dans la politique. "Cela m’a beaucoup secoué, j’ai compris que nous vivions des temps réactionnaires. La France et l’Europe sont à la merci d’un nouvel âge des extrêmes."

"La France et l’Europe sont à la merci d’un nouvel âge des extrêmes."
jean pisani-ferry économiste

En intégrant l’équipe de campagne d’En Marche!, Jean Pisani-Ferry apporte dans ses bagages un vaste réseau d’experts dont les économistes Philippe MartinHélène Rey ou Anne Perrot. Véritable bourreau de travail, il fait le tri parmi les nombreuses idées qui atterrissent sur la table d’En Marche!. Gage de rigueur et de précision, on l’appelle le "monsieur calculette" de Macron. Ce qui aboutit le 24 février dernier – un peu tard, diront certains – au programme économique officiel du candidat Macron. Le projet d’unification des régimes de retraite porte la griffe Pisani-Ferry. Macron écarte en revanche son idée de taxer davantage les grosses successions.

Les Républicains

On se compte dans les rangs de François Fillon

En dépit des scandales, un certain nombre d’économistes pensent que le programme de François Fillon est le seul à pouvoir redresser la France.

Henri de Castries ©AFP

Englué dans l’affaire Fillongate, François Fillon a perdu beaucoup de ses soutiens. Y compris parmi les économistes. Un des rares à ne pas avoir quitté le navire est Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine et grand spécialiste des matières premières. Il reconnaît avoir été déçu par le vainqueur de la primaire à droite, mais il estime qu’entre-temps, l’intéressé a "battu sa coulpe". Deux autres soutiens se sont manifestés la semaine dernière dans une tribune publiée par Le Figaro: Michel Godet, membre de l’Académie des technologies et créateur du Cercle des entrepreneurs du futur, et Marc Ivaldi, professeur à la Toulouse School of Economics et spécialiste des questions de concurrence. Tous deux estiment qu’en dépit des affaires, le programme de Fillon est "le seul à pouvoir redresser la France".

"Fillon a la légitimité de sa très large victoire à la primaire."
henri de castries ancien patron d’axa

Mais la tête pensante économique de François Fillon, c’est Henri de Castries (62 ans), l’ancien patron de la compagnie d’assurances Axa. "Fillon a la légitimité de sa très large victoire à la primaire", justifie-t-il. Dans ses bagages, de Castries apporte aussi son énorme réseau. Il est d’ores et déjà pointé comme potentiel ministre des Finances. En 2007 déjà, Nicolas Sarkozy lui avait proposé de diriger Bercy. Henri de Castries a fait ses classes au département du Trésor, avant de passer dans le secteur privé. Libéral convaincu, il est soupçonné d’avoir élaboré le projet de réforme de la sécurité sociale qui vaut aujourd’hui à François Fillon une étiquette thatchérienne bien encombrante. Volontariste, homme d’action, ses détracteurs lui reprochent un manque d’empathie.

Moins médiatique mais au moins aussi important dans l’entourage de François Fillon, l’avocat d’affaires Antoine Gosset-Grainville (50 ans) est le principal conseiller économique du candidat de la droite républicaine. Précédemment, il a fait partie du cabinet Fillon à Matignon. Le programme de rupture, il l’assume totalement: évacuer les 35 heures, réduire drastiquement la fonction publique, alléger les charges des entreprises, éliminer les rigidités sur le marché du travail.

Front National

Le Front national en quête de crédibilité

Le programme économique du Front national laisse sceptique. Quelques rares économistes s’efforcent de renverser cette perception.

Bernard Monot ©AFP

Bernard Monot (55 ans) dirige le "CAP Eco", le comité d’action présidentielle chargé de l’économie. Sympathisant de longue date, il a fait carrière dans la banque. Ce n’est qu’en 1989 qu’il prend sa carte de parti et en 2006 qu’il propose ses services au FN sous le pseudonyme de Nicolas Pavillon. En 2014, il décroche un siège au Parlement européen. Il rejette à la fois les keynésiens et les adeptes de l’école de Chicago auxquels il reproche d’avoir annihilé le rôle de la nation et de ses frontières. Il élabore pour le FN un "plan de désendettement de la France". Il exclut un contrôle des capitaux en cas de sortie de l’euro. "Nous voulons un nouveau franc français, avec parité de un pour un."

Bernard Monot travaille avec Jean-Richard Sulzer, responsable de la commission économique du parti, et Mikael Sala, président du collectif Croissance Bleu Marine. Aujourd’hui chef d’entreprise, Mikael Sala (53 ans) est l’ancien batteur et producteur du groupe de rock Niagara ainsi que de Gérald de Palmas. Depuis lors, il a troqué ses cheveux longs contre un crâne rasé. Jean-Richard Sulzer (70 ans), lui, est un professeur d’économie qui a travaillé pour Raymond Barre et François Mitterrand, avant de rejoindre le FN en 2003.

"On veut un nouveau franc français, avec parité de un pour un."
bernard monot économiste

Tout récemment, Monot, Sala et Sulzer ont rencontré des responsables de grandes banques pour tenter de les rassurer au sujet du programme du FN, en particulier sur la sortie de l’euro. Un financier affirme être ressorti "effaré" d’une de ces rencontres.

L’effarement, c’est aussi ce que doit ressentir Joseph Stiglitz, à chaque fois qu’il est cité par Marine Le Pen pour appuyer son idée de sortie de l’euro. Au point que l’ancien Prix Nobel, qui ne cache pas son scepticisme à l’égard de la viabilité de la monnaie unique, a tweeté mercredi dernier qu’il "n’est pas un partisan de Marine Le Pen".

Un des principaux théoriciens frontistes de la sortie de l’euro est Jean Messiha (46 ans), énarque d’origine égyptienne et coordinateur du projet présidentiel de Le Pen. En disponibilité du ministère de la Défense, il préside "Les Horaces", un club de hauts fonctionnaires pro-Le Pen dont les membres se cachent derrière l’anonymat.

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