Les élections françaises inquiètent le marché de la dette

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Le taux français à dix ans a doublé depuis le début de l’année et a creusé un écart plus observé depuis 2012 avec le taux allemand, alors que les investisseurs s’inquiètent des élections présidentielles en France.

Le rendement de l’obligation française à dix ans a presque doublé cette année, à 1,13%, même s’il reste encore à des niveaux historiquement faibles. Selon plusieurs analystes, la remontée du taux français à dix ans s’explique par les inquiétudes autour des élections françaises. Celles-ci ont démarré après les élections présidentielles américaines en novembre, et connaissent un regain avec les problèmes de François Fillon. Le mouvement a touché toutes les obligations d’Etat de la zone euro. Le taux belge à dix ans est passé de 0,39% en novembre à 0,99% ce lundi. Comparé au taux français à dix ans, l’écart de rendement du taux belge de même échéance ne s’élève qu’à dix points de base. Mais comparé au taux allemand à dix ans, il s’élève à 73 points de base, soit son plus haut niveau depuis 2012. Ce détail n’échappe pas aux analystes. "Le classement des emprunts d’État de la zone euro n’a pas beaucoup bougé", souligne Luca Cazzulani, responsable taux chez UniCredit. "Mais si vous comparez les risques et la remontée des taux des différents pays, vous observez des différences. L’élargissement du taux français face au taux allemand s’explique par les inquiétudes autour des élections françaises", ajoute-t-il.

1,13%
Le taux français à dix ans, hier à 1,13%, a creusé un écart qu’il n’avait plus connu depuis 2012 face au taux allemand.

Effet Le Pen

L’écart entre les taux français et allemand à dix ans reste actuellement bien en dessous des niveaux observés durant la crise de la dette souveraine. Néanmoins, cet écart reflète une légère inquiétude chez les investisseurs d’un scénario où la candidate du Front national, Marine Le Pen, gagnerait les élections. Ce week-end, celle-ci a officiellement lancé sa candidature en présentant son programme, qui prévoit notamment une sortie de la France de la zone euro. "Le risque ‘Le Pen’ n’est pas négligeable, mais il reste un scénario extrême", estime Mark Dowding, responsable taux chez BlueBay Asset Management. "Mais ce qu’on observe ici s’avère un pricing rationnel de risque, qui indique que s’il y a 20% de chances d’un écart de rendement de 200 points de base, la prime de risque politique devrait se situer autour de 40 points de base", ajoute-t-il.

"La probabilité d’une victoire de Marine Le Pen est faible, mais la situation en France inquiète de plus en plus les investisseurs" tempère Christian Lenk, responsable taux chez DZ Bank. "Les obligations françaises vont continuer à sous-performer même si beaucoup des inquiétudes sont déjà comprises dans les prix du marché", ajoute-t-il.

Standard & Poor’s, une agence de notation, a prévenu qu’une sortie de la France de la zone euro pourrait provoquer un défaut de la dette française si celle-ci doit être libellée en nouveaux francs.

L’inquiétude des investisseurs autour des élections françaises profite surtout à l’obligation allemande. Le taux à dix ans a perdu trois points de base ce lundi. Mais le grand gagnant de cette incertitude sur les marchés s’avère l’or. Les cours du métal jaune ont progressé de 1,14% à 1144,27 euros ce lundi.

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