analyse

Les leçons du premier tour

©AFP

Le pari réussi de Macron, l'extrême droite qui s'installe, la déroute des partis traditionnels: voici les principales leçons de ce premier tour historique. Ce 23 avril est un séisme politique pour la France.

  • Le pari réussi d’Emmanuel Macron.

Le scénario est tout bonnement incroyable : Emmanuel Macron atteint le deuxième tour de la présidentielle et devient même le favori pour s’installer à l’Elysée ! Pourtant, la mission était loin d’être gagnée d’avance : inconnu il y a deux ans, il n’a jamais été élu, il a peu de relais politiques puisque son mouvement En Marche ! a été lancé il y a un an à peine et il s’inscrit en marge des deux grands courants qui ont structuré la vie politique française ces 50 dernières années.

Pour réussir cet exploit, Macron a bénéficié de l’usure des partis traditionnels, très divisés en leur sein, mais aussi du positionnement  très particulier de leurs candidats : au PS, Hamon est situé (très) à gauche et chez LR (Les Républicains), Fillon, englué en plus dans les scandales, est (très) à droite, laissant ainsi un grand espace au centre de l’échiquier politique. Il a d’ailleurs bénéficié du soutien de plusieurs personnalités de gauche et de droite, comme le populaire ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, l’ancien Premier ministre Manuel Valls, le président du Modem François Bayrou ou encore l’ancien ministre Dominique de Villepin.

Très médiatisé, promettant d’ouvrir son gouvernement à la société civile, l'ex-ministre de l'Economie a réussi aussi à porter un message d’espérance (un terme qu’il utilise fréquemment), en rupture de la morosité ambiante dans l’Hexagone.

  • La déroute du PS…

Ce n’est pas une surprise tant les sondages étaient mauvais, mais le PS enregistre une débâcle historique. A peine 6% des voix, c'est même une humiliation ! Plusieurs explications à cette déroute. Tout d’abord, le PS paie l’impopularité du président et du gouvernement sortants. Ensuite, Benoît Hamon a un positionnement très à gauche : il n’était notoirement pas soutenu par toute une frange du parti, certains soutenant même ouvertement Emmanuel Macron. Son programme n’a pas convaincu, notamment son fameux revenu universel. Enfin, Hamon a raté sa campagne, se perdant dans des jeux d’appareils politiques pour obtenir le ralliement des Verts, puis annonçant qu’il pourrait appeler à voter Mélenchon au deuxième tour le cas échéant. Il s’est donc fait siphonner son électorat par Mélenchon et par Macron au nom d’un vote "utile".

  • … et de la droite

Le parti "Les Républicains" de François Fillon, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé a perdu l'élection qu'il ne pouvait pas perdre tant l'impopularité de la gauche au pouvoir lui offrait un boulevard pour reconquérir l'Elysée. Mais les "affaires" sont passées par là. François Fillon, inculpé, paie cher ses déboires judiciaires et une campagne où il n'a pas hésité à s'en prendre à la Justice et aux médias. Pour la première fois sous la Ve République, les deux grandes formations politiques sont donc éliminées du 2e tour de la présidentielle.

  • L'échec des "primaires"

Tant à gauche qu'à droite, des "primaires" ont été organisées pour désigner le candidat du parti à la présidentielle. Mais le constat est là: loin d'unifier le parti et de pousser un candidat, le processus a plutôt étalé les divisions internes de chaque formation. A droite, notamment, lorsque François Fillon s'est retrouvé inculpé, la légitimité populaire offerte par les primaires a empêché Les Républicains de lui trouver une alternative.

  • L’extrême droite s’installe

Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se hissait au deuxième tour de l'élection présidentielle au détriment du socialiste Lionel Jospin, créant une énorme surprise en France. Aujourd'hui, sa fille Marine est au deuxième tour et la surprise eut été qu'elle n'y figure pas. Le constat est là: l'extrême droite s'est installée dans le paysage politique français. Surfant sur une vague populiste qui est visible partout en Europe, affichant aussi un discours plus "présentable" que Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen a recueilli un million de voix supplémentaire par rapport à son score de 2012.

  • Les sondages ne se sont pas trompés

Brexit, Trump: les sondages n'ont pas été à la fête ces dernières années. Ici, ils avaient vu juste puisque le duel Macron-Le Pen était présenté depuis des semaines comme l'hypothèse la plus probable.

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