Macron en lice pour la présidentielle française

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C'est officiel. L'ancien ministre de l'Economie, Emmanuel Macron a annoncé sa candidature au scrutin présidentiel de 2017, une décision qui perturbe la primaire de la droite et coupe l'herbe sous les pieds de François Hollande et Manuel Valls.

Ca y est. Il l'a enfin dit. Emmanuel Macron a officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle française lors d'une déclaration à la presse dans un centre d'apprentissage à Bobigny en Seine-Saint-Denis. Celui qui était encore il y a quelques mois ministre de l'Economie, son premier mandat politique, se présentera sous les couleurs de son nouveau parti 'En Marche!". La première campagne de sa vie sera donc une campagne présidentielle.

"Je suis candidat à la présidence de la République parce que je crois plus que tout que nous pouvons réussir, que la France peut réussir. (...) Bien sûr, on ne se réveille pas un matin avec cette révélation, la décision de me présenter aux plus hautes charges de la République est le fruit d'une conviction intime et profonde, d'un sens de l'histoire et d'une conscience aiguë des temps qui sont les nôtres."
Emmanuel Macron

 "Je veux faire entrer la France dans le 21e siècle, je veux que mon pays redresse la tête et pour cela retrouver le fil de notre histoire millénaire," a-t-il précisé lors de sa déclaration devant des centaines de journalistes. 

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"En Marche!", ou l'art de manier l'agenda politique

Ce mardi, le teasing de l'annonce de la candidature de Macron devenait presque insupportable. "Il a pris sa décision. Elle était prise depuis longtemps. Il l'annoncera demain", apprenait-on auprès de ses proches.

Nombre des soutiens de l'ancien banquier de 38 ans le pressaient de se déclarer. A trop attendre, estimaient-ils, il risquait de décevoir les attentes d'une partie de ceux que son discours en faveur d'un renouvellement de la politique séduit. Selon un de ses proches, Emmanuel Macron sait qu'il sera candidat depuis la création de son mouvement "En Marche !" en avril, bien avant sa démission du gouvernement, fin août. "Il était conscient depuis un an que le président de la République ne serait pas en état de se présenter" avec la moindre chance de succès, explique ce soutien de l'ex-ministre.

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Emmanuel Macron, qui se veut l'artisan d'un "rassemblement de progressistes" le plus large possible, a bâti les conditions de sa candidature à marche forcée. "En Marche !", qui revendique aujourd'hui plus de 96.000 adhérents, s'est doté d'une structure nationale et territoriale, avec un secrétaire général, le député PS Richard Ferrand, des référents départementaux et plus de 1.800 comités locaux. L'ancien ministre a également commencé à dessiner un projet présidentiel, fruit de la collecte sur le terrain de milliers de témoignages. Il a lui-même multiplié déplacements et rencontres et devrait faire la synthèse de ses propositions lors d'un grand meeting, le 10 décembre, probablement à Paris.

Fin de partie pour les socialistes?

François Hollande, qui a lancé Emmanuel Macron en le choisissant comme conseiller à l'Elysée, se retrouve avec un rival inattendu face à lui s'il décide de se représenter.

Selon les sondages, Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, le Premier ministre Manuel Valls, qui ne cache pas se préparer, feraient de meilleurs présidents que le chef de l'Etat sortant aux yeux de nombreux Français. Ils devancent les anciens ministres socialistes Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, avec un avantage à Emmanuel Macron préféré par 56% des Français à Manuel Valls dans un récent sondage Odoxa pour France Info, pour affronter la droite et le Front national en cas de renoncement de François Hollande.

En matière d'intentions de vote, aucun des deux n'est cependant donné qualifié au second tour de la présidentielle, pas plus d'ailleurs que les autres candidats de gauche, Jean-Luc Mélenchon, champion de la "France insoumise", compris. A ce jour, Emmanuel Macron est au mieux crédité d'environ 14% des suffrages au premier tour de la présidentielle.

La droite ironise

"Voilà avec Emmanuel Macron quelqu'un qui a totalement cautionné la politique économique menée depuis 2012, à commencer par la hausse massive des impôts."
Alain Juppé

Avant même d'être officialisée, sa candidature n'en a pas moins suscité mardi soir une avalanche de réactions, notamment à droite, à cinq jours de sa primaire présidentielle. "Voilà avec Emmanuel Macron quelqu'un qui a totalement cautionné la politique économique menée depuis 2012, à commencer par la hausse massive des impôts", a déclaré Alain Juppé dans une interview parue ce mercredi dans le journal français 'Les Echos'. "Il se présente aujourd'hui comme le chevalier blanc totalement nouveau. Il faut se méfier des gens qui font le contraire de ce qu'ils disent et disent le contraire de ce qu'ils font", a-t-il ajouté.

Le député Benoist Apparu (Les Républicains), soutien du maire de Bordeaux, a abondé dans le même sens, ironisant sur la volonté d'Emmanuel Macron de se présenter comme un homme neuf. "Et la première chose qu'il fait c'est une démarche purement politicienne, de calcul électoral en se disant 'je vais essayer de fausser (...) le résultat de la primaire de la droite et du centre'", a-t-il dit sur BFM TV.

"L'impression générale c'est que sa candidature ne prend pas sur le terrain. (...) Il se met hors parti. C'est peut-être une carte à jouer pour lui mais je crois que ça va faire long feu."
Yann Galut
Député PS

Le député PS Yann Galut a pour sa part estimé qu'Emmanuel Macron avait accéléré son calendrier "parce que l'impression générale c'est que sa candidature ne prend pas sur le terrain." "Il se met hors parti. C'est peut-être une carte à jouer pour lui mais je crois que ça va faire long feu", a-t-il ajouté. Quant à la présidente du Front national, Marine Le Pen, que les sondages donnent systématiquement qualifiée pour le second tour de la présidentielle, elle a affiché une relative sérénité. "Nous ne voyons pas d'inconvénient à ce qu'il soit candidat", a-t-elle dit à la presse. "L'élection présidentielle, c'est la rencontre entre une personnalité et le peuple. Reste à savoir maintenant si M. Macron va réussir à trouver le peuple."

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