Macron et son gouvernement dans les ennuis

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Le ministre Richard Ferrand, très proche d'Emmanuel Macron, a été épinglé ce mercredi par Le Canard Enchaîné pour une opération immobilière remontant à 2011, embarrassant le nouveau président français qui a fait de la moralisation de la vie politique une priorité. Le gouvernement exclut toutefois une démission de son nouveau ministre de la Cohésion des territoires.

Le gouvernement a exclu ce mercredi une démission du ministre de la Cohésion du territoire, Richard Ferrand, au lendemain de révélations du Canard enchaîné sur ses anciennes activités professionnelles.

Quel est le problème ?

Richard Ferrand a dirigé les Mutuelles de Bretagne entre 1990 et 2012. En 2011, cet organisme à but non lucratif recherche des locaux à louer à Brest. Trois offres se présentent, dont celle d'une société civile immobilière dénommée Saca, qui appartient à la compagne de Richard Ferrand, Sandrine Doucen. C'est l'offre de cette dernière qui est retenue par le conseil d'administration des Mutuelles, alors que, selon Le Canard Enchaîné, Mme Doucen n'est pas encore propriétaire du bien proposé à la location.

Comment réagit le gouvernement ?

"La question [de sa démission] ne s'est pas posée, donc évidemment ce sujet n'a pas été abordé en conseil des ministres", a déclaré Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, à la suite du conseil des ministres. "La probité du ministre n'est en rien remise en cause, et il ne saurait donc être question de sa démission", a ajouté le porte-parole, rejetant la demande faite par Marine Le Pen.

Pourquoi cela tombe-t-il extrêmement mal pour le gouvernement Philippe ?

Ces révélations interviennent alors que le ministre de la Justice a débuté des consultations en vue de proposer une loi de moralisation de la vie publique, afin de la présenter en conseil des ministres avant les législatives du 11 et 18 juin. "Ça tombe mal", avait reconnu ce mercredi matin Christophe Castaner, sur Europe 1.

Comment réagit La République en Marche! ?

Benjamin Griveaux, porte-parole de LREM, dont Richard Ferrand a été le secrétaire général, estime que le ministre n'a enfreint "aucune" loi, faisant écho à la réaction, mardi, des services du Premier ministre. "On est dans le cadre d'une entreprise privée, il n'y a pas d'argent public qui est en jeu", a-t-il dit sur franceinfo, interrogé sur la concordance entre cette affaire et la loi prévue par le ministre de la Justice, François Bayrou.

Quelle réaction a le principal intéressé ?

Richard Ferrand a dénoncé dans un communiqué publié dans la nuit de mardi à mercredi "des dénonciations calomnieuses". "Cette décision a été prise dans la pleine connaissance des liens qui unissaient Richard Ferrand et la propriétaire des locaux, dans le respect de toutes les règles en vigueur par le Conseil d'administration, seul décisionnaire, et dont Richard Ferrand n'a jamais été membre", déclare le ministre, mettant en avant que le loyer proposé par l'entreprise de sa compagne était inférieur au prix du marché. "C'était la proposition la moins chère ! Le prix était conforme au marché et rien n'a été caché : tout le monde savait que cette SCI était la propriété de ma compagne", a déclaré ce proche d'Emmanuel Macron.

Comment réagit les "Mutuelles de Bretagne" ?

L'actuel président des Mutuelles de Bretagne, Rémi Salaün, a apporté son soutien au ministre, insistant, dans une lettre adressée au directeur de l'hebdomadaire satirique, sur le fait que Richard Ferrand a "pris une large part au redressement de [l'] Union mutualiste".

Quelles réactions au sein des autres partis ?

  • Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a demandé de son côté que le Premier ministre et le ministre de la Justice s'expriment sur la situation de Richard Ferrand. "Nous soutenons également la loi sur la transparence, encore faudrait-il qu'elle soit appliquée à Richard Ferrand", a-t-il dit sur Radio Classique, "je demande à ce propos que le Premier ministre et le Garde des sceaux s'expriment à ce sujet."
  • François Baroin, chef de file des Républicains pour les législatives, renvoie lui aussi le "problème" à François Bayrou. Il a ajouté, devant la presse, que c'est à Richard Ferrand "de voir s'il est en situation désormais (...) de pouvoir exercer les responsabilités éminentes que lui a confié le président de la République."
  • La présidente du Front national, Marine Le Pen, a réclamé la démission immédiate de Richard Ferrand, évoquant un "enrichissement personnel parfaitement immoral". "Cette affaire est très proche de (celle touchant) François Fillon", a-t-elle indiqué dans l'émission "Questions d'info" sur france info.

Que dit le dernier sondage (réalisé avant l'éclatement de cette affaire) ?

  • La République en marche d'Emmanuel Macron et ses alliés du MoDem sont largement en tête des intentions de vote du premier tour des législatives à venir, avec un score de 31% qui les placerait en bonne position pour disposer d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match publié ce mercredi.
  • Par comparaison, le Parti socialiste avait recueilli 29,5% au premier tour en 2012 dans la foulée de l'élection de François Hollande à l'Elysée et décroché 314 des 577 sièges de la chambre basse (avec ses alliés Radicaux de gauche et les divers gauche).
  • Les Républicains et l'UDI sont crédités pour leur part de 19% des intentions de vote et le Front national en obtient 18%.
  • Suivent la France insoumise (15%) et le Parti socialiste (7%), qui, sur cette base, pourrait voir son nombre de députés divisé par dix.

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