Macron , ses atouts et ses faiblesses

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Arrivé à point nommé dans la course à la présidentielle, le leader d’En Marche! part avec quelques atouts en poche mais aussi des faiblesses que ses concurrents pointent déjà.

Le vrai-faux suspens de la candidature d’Emmanuel Macron a pris fin hier matin. L’ancien ministre français de l’Economie a officialisé son entrée en campagne dans un centre d’apprentissage de Bobigny, en banlieue parisienne, lors d’un discours solennel de 20 minutes prônant l’optimisme et l’espérance. Il s’est plié au classicisme de l’exercice en jouant sur le symbole du lieu (un centre de formation) et un ton résolument optimiste. " Je suis candidat à la présidence de la République parce que je crois plus que tout que nous pouvons réussir, que la France peut réussir", a-t-il lancé devant un parterre de 200 journalistes non autorisés à poser des questions. Prônant l’espérance, Emmanuel Macron a insisté sur la capacité de progrès et d’innovation du pays. " Notre pays dans son ensemble n’a pas échoué et il le sait, il le sent. Je suis convaincu que notre pays a la force, le ressort, l’envie d’avancer parce qu’il a l’histoire et le peuple pour cela ", a-t-il répété, soulignant avoir l’expérience nécessaire : " J’ai vu de l’intérieur la vacuité de notre système politique qui empêche les majorités d’idées au motif qu’elles fragilisent les appareils, les partis traditionnels, les intérêts acquis, et ne poursuit plus, au fond, l'intérêt général, mais son propre intérêt. "

"Je suis convaincu que notre pays a la force, le ressort, l’envie d’avancer parce qu’il a l’histoire et le peuple pour cela."

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Annoncée la veille du troisième débat de la primaire de la droite et à quatre jours de son premier tour, cette candidature social-libérale réussit à faire d’une pierre trois coups : elle chasse sur les terres d’Alain Juppé (ouvertement soutenu par François Bayrou), elle remet en question la primaire à gauche prévue en janvier en refusant d’y participer et enfin, elle prend de court l’éventuelle candidature de son rival, Manuel Valls, soumis au calendrier de François Hollande, lui-même prêt, dit-on, à en découdre malgré une popularité moribonde. Dans ce timing impeccable, Macron part avec quelques atouts en poche mais aussi quelques faiblesses que ses concurrents commencent déjà à pointer.

Pourquoi il peut gagner

Un " antisystème " en marge des partis. "Ni de droite, ni de gauche" : tel est le crédo d’Emmanuel Macron. Ce jeune homme en politique (il a 38 ans) a vite compris qu’il avait intérêt à n’afficher aucune réelle couleur politique, à l’image du rejet des Français à l’égard de leur classe politique. "En termes d’image, il est très attractif, il incarne le renouvellement et va obliger les autres candidats les plus installés à revoir leur logiciel et à bouger, à repositionner leurs discours et approche politiques", remarque le politologue Olivier Rouquan.

Un novice en politique. C’est l’une de ses cartes maitresses devant l’opinion publique. Il met en avant son manque d’expérience politique qu’il oppose à celle des vieux briscards, accrochés à leur maroquin depuis plus trente ans. Cet effet "novice" a réussi à certains, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber, plus récemment à François Bayrou qui a su créer un parti autour de sa personne (Modem) ou même Valéry Giscard d’Estaing à ses débuts. Cet argument ne séduit l’électorat que s’il répond à sa quête d’une telle bouffée d’oxygène… comme en ce moment. Macron a décidément le sens du timing.

Un PS à l’agonie. Beaucoup craignent ou anticipent la dislocation voire la disparition du Parti socialiste tant les divisions sont grandes en interne. Hollande n’a pas réussi à transformer, comme il le voulait, le PS en un parti social-démocrate. Manuel Valls a lui-même reconnu l’existence "de deux gauches irréconciliables" avec l’essor des frondeurs sous sa mandature. En s’émancipant de tout parti, Macron pourrait bien être l’homme de la situation et permettre cette mue social-démocrate à l’image du SPD en 1959. "Macron pourrait être un excellent aiguillon et transformer le parti de l’extérieur, ce que Ségolène Royal (candidate à la présidentielle de 2007) n’a pas réussi à mener à bien de l’intérieur avec son association Désirs d’Avenir", remarque Olivier Rouquan. Réactivée en avril, la plateforme s’est d’ailleurs aussitôt mise au service des équipes de Macron…

Ses expériences professionnelles. Ancien banquier d’affaires, promu en 2010 associé puis gérant de la banque Rothschild, il connaît parfaitement le milieu des affaires et tutoie le CAC 40. Enarque, il est réputé pour son intelligence et sa vivacité d’esprit. C’est lui qui est à l’origine en tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée en 2012 du CICE (Crédit impôt compétitivité) et du pacte de responsabilité et de solidarité avec le patronat.

Pourquoi il peut perdre

Un Rastignac. "J’ai fait le chemin de la province à Paris", souligne-t-il hier fièrement. Amiens, où il est né, n’est guère qu’à 150 kilomètres de la capitale... En voulant marquer son anti-parisianisme, Emmanuel Macron montre aussi sa capacité à mettre en scène et à romancer son histoire personnelle. Pour beaucoup à gauche comme à droite, il incarne surtout celui qui a trahi Hollande. "Il oublie un peu vite que c’est François Hollande qui l’a fait et qu’il a quitté dernièrement le gouvernement sans désaccord politique", a répliqué hier le socialiste Benoît Hamon, candidat à la primaire de la gauche. A droite, c’est son manque de "loyauté " qui est ironiquement pointée du doigt.

Enième candidature à gauche. En rallongeant la liste des prétendants à la présidentielle de 2017, Emmanuel Macron fait grincer des dents. On assiste à une hémorragie des candidatures à gauche : outre Arnaud Montebourg, on compte déjà les candidatures de Benoît Hamon, Jean-Luc Bennahmias, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann et François de Rugy. A cette liste, s’ajoutent Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche et Yannick Jadot pour représenter les Verts. La clôture des candidatures ayant lieu dans un mois, d’autres sont probables, dont celle de François Hollande.

Aucune assise électorale. Si son jeune âge et sa faible expérience politique (depuis 2012) peuvent jouer en sa faveur, le fait de n’avoir jamais eu de mandat électif, ni de réel réseau peut à l’inverse se retourner contre lui. Inconnu pour beaucoup de Français, il lui faut réunir le parrainage de 500 signatures d’élus habilités pour pouvoir concourir à la présidentielle. Les élus de gauche, toujours très sollicités, seront à coup sûr appelés à la plus grande vigilance dans leur choix de parrainage en vue de leur investiture à l’élection législative qui suit la présidentielle. Le parti, qui remet les investitures, pourrait en effet être tenté de sanctionner un élu qui ne parrainerait pas le candidat officiel.

Tergiversations et contradictions. Après avoir hésité sur le timing de sa candidature, Macron peine à arrêter son programme. Ses "idées" restent floues : mettre fin au paritarisme, nationalisation de l’assurance chômage, instaurer une retraite à la carte, faire plus travailler les jeunes (fin des 35h), moins les séniors. Et il évite tous les sujets clivants (régaliens, sociaux). Son image antisystème est en contradiction avec son parcours d’énarque, pur produit des élites républicaines. Il appelle à une "révolution démocratique" alors que l’article 49-3 a dû être dégainé pour faire passer sa loi Macron en 2015.

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