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Pas de quoi faire la fête

Un duel Macron-Le Pen au 2e tour.

Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se hissait à la surprise générale au second tour de la présidentielle, coiffant le socialiste Lionel Jospin au poteau. L’événement provoquait une onde de choc en France et en Europe, au point que dans l’Hexagone, l’expression "21 avril" est devenue un synonyme de "séisme politique".

Le 23 avril 2017, sa fille Marine Le Pen s’est elle aussi qualifiée pour le second tour de l’élection. Elle a glané 7,7 millions de voix. Un record absolu pour le Front national. Et près de 2,8 millions de plus que Jean-Marie Le Pen ce fameux 21 avril 2002. Et pourtant, aujourd’hui, la nouvelle ne suscite aucun effroi. La surprise aurait été son élimination dès le premier tour. Après une campagne ratée, son score est même jugé décevant par certains analystes, qui la voyaient faire la course en tête.

En quinze ans, le FN s’est installé dans le paysage politique. Il s’est banalisé. Il s’est normalisé.

Dimanche soir, Emmanuel Macron était heureux d’atteindre la finale. Il n’avait pas le visage grave d’un démocrate en danger. Il est allé faire la fête. Au second tour, le candidat d’En Marche! devrait logiquement s’imposer nettement. Mais les sondages le créditent de 61 à 64%, loin des 82% obtenus par Jacques Chirac en 2002. Il pourrait être un président mal élu, avec une majorité incertaine à l’Assemblée nationale. Et un scrutin n’est jamais joué d’avance: même très improbable, une victoire de Marine Le Pen, nourrie à une bonne dose d’abstentionnisme, ne peut être totalement exclue.

En quinze ans, le FN s’est installé dans le paysage politique. Il s’est banalisé. Il s’est normalisé. Ses discours sont plus policés. Les médias lui ouvrent grandes leurs portes, parfois sans grande contradiction. Ses idées ont essaimé jusque dans les partis traditionnels. Des digues ont rompu. Le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, ou "Sens commun", ce mouvement issu de la "manif pour tous" soutien de François Fillon, n’appellent pas à voter pour Emmanuel Macron.

Il faut rappeler ce qu’est le FN: un parti raciste, xénophobe, poujadiste, populiste, antidémocratique. Un parti qui bâtit sa politique sur la haine des autres, en particulier des étrangers. Un parti qui promet des chimères simplistes, mensongères et inefficaces. Un parti dont le programme ruinerait les Français et détruirait l’Union européenne, son économie comme ses valeurs. Un parti dirigé par un clan affairiste.

Dans ce contexte, faire barrage à l’extrême droite au second tour est une évidence. Amis Français, votez Macron! Mais cela ne suffit pas. Plus que jamais, il faut se mobiliser pour battre en brèche les idées de l’extrême droite. Pour le second tour. Mais surtout au-delà.

Une fois élu, Emmanuel Macron serait bien inspiré de ne pas l’oublier et de se préoccuper du sort des déçus de la politique, des laissés-pour-compte de la mondialisation. Faute de quoi, un jour d’avril 2022, on vous expliquera que ce 23 avril 2017 n’était qu’une étape dans l’ascension du FN…

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