Que pensent les patrons du CAC 40 du programme de Le Pen?

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"Ineptie irresponsable", "dégradation de la monnaie", "catastrophe", les patrons du CAC40 sont loin de saluer le programme de Marine Le Pen. C'est plutôt l'inquiétude qui règne.

Si le président du Medef Pierre Gattaz s'était clairement engagé dès le lendemain du premier tour "derrière le candidat Emmanuel Macron" afin de faire barrage au Front national. "Il y a clairement un candidat, Marine Le Pen, extrêmement dangereux par son programme économique et social, de sortie de l'euro, de sortie de l'Europe, d'augmentation de la dépense publique et donc des impôts, et de repli sur soi-même", avait-il alors justifié.

De telles prises de positions publiques de la part de dirigeants de grandes entreprises, traditionnellement soucieux de ne pas heurter les convictions politiques de leurs salariés et clients, se faisaient rares.Aujourd'hui, plusieurs chefs d'entreprises, allant de grands groupes du CAC 40 à des PME, s'alarment des conséquences du programme de Marine Le Pen dans les colonnes des Echos, évoquant des conséquences "mortifères" ou "catastrophiques" de la sortie de l'euro.

Michel-Edouard Leclerc, patron du groupe Leclerc. ©IMAGEGLOBE

"C'est une ineptie irresponsable de dire que l'on pourrait revenir au franc sans délai et sans dommage", déclare Michel-Edouard Leclerc, président du groupe Leclerc.

Pour le PDG de Veolia Antoine Frérot, "mises à part les TPE et les PME, le Front national affiche une vision de grande défiance vis-à-vis des entreprises, alors que ce sont elles qui créent des richesses et des emplois".

Quant à la sortie de l'euro, ce serait selon lui "une catastrophe pour les entreprises françaises et les habitants. Elle se traduirait par la hausse du prix des matières premières et des biens importés, ainsi que le renchérissement de beaucoup d'investissements industriels. En effet, pour vendre, il faut produire, et pour produire, il faut des machines-outils : or 90 % de celles utilisées en France proviennent de l'étranger".

Jean-Pierre Clamadieu , CEO de Solvay ©BELGA

"Comme dirigeant d'un grand groupe industriel et comme citoyen convaincu de la rupture historique que la construction européenne représente, je ne peux rester silencieux", clame pour sa part dans le quotidien économique le président du comité exécutif du groupe Solvay, Jean-Pierre Clamadieu. Car selon lui, ce vote "menace lourdement l'avenir en s'attaquant directement à près de soixante ans d'histoire commune autour de la construction européenne".

Le président de Michelin, Jean-Dominique Senard, évoque de son côté, avec le retour au franc, un facteur de "complexité" générateur de nouveaux coûts et une dégradation de la valeur de la monnaie qui conduirait son groupe à relever ses prix en France pour protéger ses marges.

 

Jean-Dominique Senard, patron de Michelin ©AFP

Thierry Breton, PDG d'Atos considère que "l'élection de Marine Le Pen, que son programme soit appliqué ou pas, créerait immédiatement une incertitude dévastatrice. Avec pour conséquence mécanique une explosion des taux sur la dette française, dès le lendemain matin de l'élection, et un élargissement très significatif de l'écart de taux avec l'Allemagne". "À un horizon de 24 mois, la charge de la dette doublerait, passant de 45 à 90 milliards d'euros (par an, NDLR) au minimum. L'impôt sur le revenu des Français rapportant 80 milliards, il faudrait l'augmenter de 50% - sans même parler du reste du programme, dont le coût dépasse 100 milliards d'euros", ajoute-t-il.

Tom Enders d'Airbus ©AFP

Le PDG du groupe aéronautique européen Airbus, Tom Enders, a lui apporté un soutien écrit au candidat d'En Marche, l'assurant de son "plein soutien pour le deuxième tour de l'élection ainsi que pour les élections législatives qui suivront". "L'engouement que tu as réussi à susciter est pleinement mérité: tu incarnes de manière très concrète le changement", écrit-il dans une lettre informelle dévoilée sur le réseau Twitter. "Je ne doute pas de ta volonté et de ta détermination à mener les réformes économiques qui s'imposent", ajoute-t-il.

Marie-Hélène Radigon, vice-présidente d'ESP Groupe, une PME qui fabrique des équipements pour pompes hydrauliques, évoque aussi une "catastrophe" pour son entreprise de 15 salariés, ajoutant : "Dans un tel scénario, je mets la clé sous la porte et je vais ailleurs".

Pour Frédéric Coirier, président du directoire des Cheminées Poujoulat, une entreprise qui exporte 25% de ses produits, le programme de Marine Le Pen est "mortifère, il nous coupe de nos marchés et il enchérit nos coûts".

Martin Bouygues, PDG de Bouygues ©AFP

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues , dit ne pas envisager l'élection de Marine Le Pen, ajoutant : "Les catastrophes économiques, très peu pour moi. Le monde est déjà assez dur comme ça".

Le président de la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) François Asselin a de son côté souhaité garder sa "neutralité", avertissant seulement que la France ne relèverait la tête que si l'environnement était "porteur pour les entreprises".

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