Quel premier ministre pour Macron? Zoom sur deux favoris

Sylvie Goulard est l’une des premières politiques à avoir apporté un soutien enthousiaste et sans faille à Macron. ©Antoine Antoniol/Bloomberg

Qui sera le prochain Premier ministre de la France? Les rumeurs courent dans tout-Paris. Sylvie Goulard et Edouard Philippe tiennent en tous cas la corde.

Sylvie Goulard

Le prochain chef du "gouvernement resserré" français sera-t-il une chef ? La seule femme à avoir occupé le poste de Premier ministre était Edith Cresson, il y a un quart de siècle. L’idée que le nouveau président, qui se pose en champion de la parité, désigne une femme à Matignon serait cohérente avec son discours. Mais Emmanuel Macron ne s’est pas avancé sur ce point. Le prochain chef du gouvernement aura une expérience parlementaire, s’est-il contenté d’annoncer. Sur ces deux critères – femme parlementaire –, le premier nom qui vient à l’esprit est immanquablement celui de l’eurodéputée Sylvie Goulard.

Style posé, discours limpide et tranchant, elle est une personnalité respectée dans les milieux européens. Elle est aussi, ce qui ne gâche rien, l’une des premières politiques à avoir apporté un soutien enthousiaste et sans faille à Macron.

Le profil
  • Née en 1964 à Marseille.
  • Elle a étudié le droit à l’Université d’Aix-Marseille. Elle poursuit ses études à Sciences Po Paris, puis à l’ENA. Outre sa langue maternelle, elle parle l’allemand, l’anglais et l’italien.
  • Elle a participé au travail de négociation de la réunification de l’Allemagne comme membre du ministère français des Affaires étrangères.
  • Elle a été membre du cabinet de l’ex-président de la Commission Romano Prodi.
  • Elle est eurodéputée centriste depuis 2009.

Goulard, tisseuse quotidienne de l’amitié franco-allemande, est déjà le maillon entre Macron et Berlin. C’est par son entremise que le candidat a fait la rencontre d’Angela Merkel, le 16 mars. Elle parle l’allemand, et cela fait longtemps qu’elle entretient un dense réseau outre-rhin. Elle a notamment participé à la négociation de la réunification de l’Allemagne quand elle travaillait au ministère français des Affaires étrangères.

Alors qu’elle était conseillère du président de la Commission Romano Prodi, elle a aussi suivi de près les travaux de Valéry Giscard d’Estaing sur une Constitution européenne – que les Français rejetteront en 2005. Elle a enseigné à Sciences Po et au Collège d’Europe, l’école brugeoise qui forme l’élite administrative (et lobbyiste) bruxelloise. Élue centriste au sein de l’ADLE (le parti de Guy Verhofstadt) depuis 2009, elle s’est spécialisée dans les affaires économiques et monétaires. Elle est membre fondatrice, avec Guy Verhofstadt, Daniel Cohn-Bendit et Isabelle Durant, du groupe Spinelli, qui cherche à relancer l’idée fédéraliste européenne. Elle est aussi auteur d’essais politiques et didactiques – elle a notamment rédigé "L’Europe pour les nuls", prix du livre européen 2009.

Quand la rumeur parisienne la cite comme possible Première ministre, elle se fait discrète: "No comment", nous écrit-elle par SMS.

Le nouveau président a précisé qu’il choisirait ses ministres "pour leur expérience, leur compétence, ce qu’ils ont fait, et pas pour ce qu’ils représentent". Les qualités de Sylvie Goulard et la marque européenne que Macron semble vouloir laisser pourraient aussi en faire une ministre des Affaires étrangères. Ses dernières prises de parole pourraient conforter ceux qui la verraient au Quai d’Orsay: c’est elle qui a annoncé lundi que Macron irait à Berlin pour sa première visite à l’étranger.

Edouard Philippe

Un nom revient avec insistance au lendemain de la victoire du candidat d’En Marche!: Edouard Philippe. Âgé de 46 ans, le maire Les Républicains du Havre aurait les faveurs du nouveau président. Son profil est, il est vrai, très séduisant.

Diplômé de Science Po en 1992 puis de l’ENA (promotion Marc Bloch 1995-1997), il débute sa carrière au Conseil d’État en 1997. À l’époque militant du Parti socialiste, il soutient Michel Rocard avant de basculer peu à peu vers le centre droit. On le retrouve en 2001 lorsqu’il se rapproche du maire du Havre, Antoine Rufenacht (ancien collaborateur de Raymond Barre nommé directeur de la campagne de Jacques Chirac en 2002 et soutien de Nicolas Sarkozy en 2007). À la création de l’UMP (devenu Les Républicains), il marche dans les pas d’Alain Juppé et occupe les fonctions de directeur général des services du parti jusqu’en 2004.

Le profil
  • 28 novembre 1970: Naissance à Rouen (Seine-Maritime).
  • 1997: Diplômé de l’ENA.
  • 2004: Devient avocat en droit public.
  • 2010: Élu maire du Havre, réélu en 2014.
  • 2012: Élu député de la 7e circonscription de Seine-Maritime.
  • 2016: Nommé co-porte-parole du candidat Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre.

Il est très apprécié par l’ancien Premier ministre qui le fait entrer dans son cabinet lorsqu’il est nommé ministre de l’Écologie en 2007. Après quelque temps dans le privé au poste de directeur des Affaires publiques d’Areva, il prend en octobre 2010 la succession d’Antoine Rufenacht, démissionnaire, à la mairie du Havre et se fait réélire en mars 2014. Élu député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime en 2012, il s’est surtout fait connaître au niveau national comme le porte-parole d’Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre.

Heurté par l’affaire Fillongate (emplois présumés fictifs de Penelope Fillon et de ses enfants, NDLR), ce juppéiste convaincu se démarque en mars du candidat investi François Fillon.

Son parcours de jeune militant socialiste doit plaire à Emmanuel Macron, lui aussi très proche de la ligne de Michel Rocard. Il dispose d’une formation solide (ENA, Conseil d’État) et d’une expérience parlementaire, cochant ainsi toutes les cases du portrait chinois dressé en fin de semaine. Il colle en outre parfaitement avec le renouvellement souhaité de la classe politique, n’ayant jamais occupé le devant de la scène politique.

Autre atout de poids: Edouard Philippe est féru de littérature. Il a coécrit plusieurs ouvrages et évoque souvent son amour des mots qu’il impute à ses parents, tous deux professeurs de français. Est-ce suffisant pour faire basculer la balance en sa faveur? Le porte-parole d’En Marche!, Christophe Castaner, l’a redit hier: Emmanuel Macron nommera son Premier ministre une fois à l’Élysée et pas avant. La passation de pouvoirs étant prévue dimanche, rendez-vous est donc pris pour lundi 15 mai au plus tard.

Edouard Philippe est le maire du Havre. ©AFP

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