portrait

Qui est Emmanuel Macron? Son portrait, son programme

Arrivé en tête du premier tour, l’ex-ministre de l’Économie espère effacer le traditionnel clivage gauche-droite. Il incarne aussi le libéralisme de gauche, le progressisme qu’aurait tant aimé impulser Hollande, assumant dans son programme la mondialisation, l’Europe et l’entreprise créatrice d’emplois et de richesses.

Ses forces

Sa fulgurante ascension peut étonner, pourtant elle est savamment orchestrée. À 39 ans, jamais élu, sans réel vécu politique ni assise militante, propulsé aux commandes du prestigieux ministère de l’Économie pendant deux ans, Emmanuel Macron crée un mouvement à son image, En Marche!, qui explose les compteurs (230.000 adhérents fin mars) et crédibilise sa candidature.

Devenu en quelques mois le favori des sondages, au coude à coude avec Marine Le Pen, l’invité surprise de cette présidentielle 2017 a certes de nombreux atouts personnels: intelligent, séduisant, vif, surdoué pour certains, il est souvent premier partout. Le voilà au second tour.

Diplômé de philosophie, énarque, ancien banquier chez Rothschild, "il a déjà la carrière d’un homme du double de son âge", résume son biographe François-Xavier Bourmaud*. "C’est un homme politique à l’américaine, très direct dans sa manière de parler, obsédé par le besoin de convaincre, prêt à casser tous les codes pour y parvenir."

Et le trublion a bien compris lors de ses quatre ans au cœur du pouvoir (2012-2016) l’état moribond des forces politiques traditionnelles. Les partis sont à l’agonie, leur discrédit est total et l’alternance une désillusion. Fin observateur, Macron a compris le boulevard qui existe pour qui incarne une espérance (il utilise sans cesse ce terme) politique crédible face au FN. Il endosse le costume gaullien (la rencontre d’un homme et d’un peuple) de l’homme de bon sens, au-dessus des partis (il refuse de participer aux primaires) et des jeux d’appareil.

La droite et la gauche se déchirent, incapables de décoder ce qu’ils surnomment la "bulle" Macron. Lui engrange les électeurs écoeurés, assoiffés de nouveauté en occupant le très consensuel terrain du centre, sans jamais le dire (même après avoir rallié François Bayrou). Populaire à droite et à gauche, il incarne aussi le libéralisme de gauche, le progressisme qu’aurait tant aimé impulser Hollande, assumant dans son programme la mondialisation, l’Europe et l’entreprise créatrice d’emplois et de richesses.

Son réseau

Le candidat Macron a su se construire au fil des ans un vaste réseau dans tous les secteurs. Son parrain en politique est le richissime homme d’affaires Henry Hermand, aujourd’hui décédé. Le mécène, également fondateur du think tank proche du PS Terra Nova, lui décèle très tôt un destin présidentiel. Il lui met le pied à l’étrier en lui faisant rencontrer dès 2002 le père de la social-démocratie française Michel Rocard et en le finançant (un prêt pour acquérir son appartement parisien). Major de sa promotion à l’Ena en 2004, il intègre la prestigieuse Inspection des Finances sur les conseils de Rocard, lui-même ancien inspecteur: "Tu auras accès à un réseau puissant qui n’a aucun équivalent", lui souffle-t-il. Dans la boucle, l’élève Macron se fait rapidement son réseau.

Il devient en 2008 le rapporteur général de la Commission Attali qui le repère à son tour et lui présente… François Hollande. Il séduit tous ses interlocuteurs qui le reconnaissent volontiers. D’Alain Minc à Philippe Aghion, les économistes tombent sous son charme. Le fondateur d’Axa, Claude Bébéar, l’ex-président du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade, Marc Simoncini (Meetic) et Xavier Niel (Iliad) sont parmi ses plus célèbres amis. Mais sa garde rapprochée reste composée d’économistes côtoyés à Bercy: Julien Denormandie, Ismaël Emelien, Philippe Martin (prix du meilleur jeune économiste en 2002 avec Thomas Piketty), Marc Ferracci, professeur à l’Université Paris I, Thierry Philippon (meilleur jeune économiste en 2009) sans oublier Jean Pisani-Ferry, ex-commissaire général de France Stratégie devenu son directeur de programme. Voilà Macron "candidat du business, adoubé par la communauté économico-financière", confie une proche. Ses soutiens politiques ne sont pas en reste. Le sénateur-maire PS de Lyon, Gérard Collomb a ouvert la voie, rejoint très vite par les députés PS Richard Ferrand, rapporteur de la loi Macron, Arnaud Leroy, Christophe Castaner… Désormais, des personnalités de gauche (Jean-Yves Le Drian, Bertrand Delanoë, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Robert Hue…), du centre (François Bayrou) et même d’anciens ministres de Jacques Chirac (Jean-Paul Delevoye, Alain Madelin, Anne-Marie Idrac, Dominique Perben…) roulent pour lui.

Ses faiblesses

Emmanuel Macron accumule les handicaps. Historique d’abord. Jamais sous la Ve république, un candidat indépendant n’a emporté une présidentielle. Au mieux réunissent-ils, avec le talent d’un François Bayrou ou d’un Jean-Pierre Chevènement, entre 5 et 12% des voix. Favori depuis deux mois des sondages, Macron pourrait créer un précédent mais aussi faire les frais d’un vote "de raison" dans le secret des urnes au profit des partis traditionnels installés. De même, il n’est jamais passé par le suffrage universel et n’a à sa disposition qu’une escouade d’élus qui ne lui garantit pas une majorité à l’Assemblée lors des législatives de juin… Difficile de gouverner dans ces conditions. Son expertise reste limitée aux dossiers économiques alors que les attentats djihadistes et l’afflux de réfugiés en Europe imposent la sécurité, l’identité et l’immigration comme principaux thèmes de campagne.

Quant à son ancrage "ni de droite, ni de gauche", "hors appareil", il commence à agacer, à lasser des électeurs encore volatils (un sur trois n’est pas sûr de son choix). Surtout que le jeune ambitieux est chaque jour accusé par la droite d’être le dauphin du hollandisme, le faux nez de François Hollande, son fils spirituel prônant la poursuite de mesures sociales-libérales entamées sous sa mandature. Tandis qu’à gauche, beaucoup le qualifient aimablement de "traître", de "Brutus" et d’"imposteur"…

Mais l’attaque la plus virulente provient sans doute de François Fillon qui, à chaque intervention, répète que "Macron dit tout et son contraire". Pas un jour ne passe sans que "l’inconstance" du fondateur d’En Marche! ne soit étrillée (35 heures, ISF, cannabis…). Ses récents propos sur la colonisation, "un crime contre l’humanité" rectifiés ensuite par "crime contre l’humain" lui sont régulièrement renvoyés à la figure. "Il faut qu’Emmanuel Macron parle à Emmanuel Macron pour qu’ils se mettent d’accord", ironise le socialiste Benoît Hamon.

Enfin, le candidat Macron arbore un bilan ministériel plutôt mitigé: le transport intérieur autorisé aux autocars, l’ouverture des magasins le dimanche, les tarifs des professions réglementées… Quelques mesures dont les retombées économiques restent marginales.

Son programme

Dévoilé le 2 mars, son programme prévoit 60 milliards d’euros d’économie sur cinq ans, en supprimant notamment 120.000 emplois (70.000 dans les collectivités et 50.000 pour l’État). Il compte lancer en parallèle un plan d’investissement de 50 milliards d’euros (modernisation des services publics, du numérique, transition écologique…). Socialement, il souhaite mettre fin aux 35 heures pour les jeunes mais réduire la durée de travail des seniors. Les cotisations chômage et maladies payées par les salariées seraient supprimées, contrebalancées par une hausse de 1,7% de la CSG.

L’assurance-chômage devrait être nationalisée et le retour à l’emploi incité (pas plus d’un refus). Il entend aussi baisser de dix points les charges patronales pour tous les emplois au Smic. En matière fiscale, l’ISF deviendrait un "impôt sur la rente immobilière" et 80% des Français seraient exonérés de taxe d’habitation. En termes de sécurité, il prévoit d’embaucher 7.500 policiers et 2.500 gendarmes entre 2017 et 2020, créer 15.000 places de prison, rétablir la police de proximité et le renseignement territorial. Le budget de la Défense devrait grimper à 2% du PIB et un service militaire allégé d’un mois pour tous devrait voir le jour. Pro-européen convaincu, le candidat veut préserver les accords de Schengen, renforcer Frontex (5.000 gardes frontières en plus), créer un renseignement commun à l’Union européenne, "voire une police commune". Il appelle à mettre en place un budget de la zone euro avec un Parlement et un ministre de l’Économie et des Finances. Les marchés publics européens seraient réservés aux entreprises ayant au moins 50% de leur production en Europe. Dès mai, il compte lancer une initiative internationale pour contraindre les grands groupes internet (Gafa) à coopérer dans la lutte contre le terrorisme en retirant tout contenu illicite et en donnant les clés de chiffrements demandées au risque de voir leurs services cryptés réquisitionnés. Enfin en écho aux affaires, il veut moraliser la vie politique (interdiction pour les parlementaires d’embaucher des proches, d’exercer des activités de conseil, de cumuler plus de trois mandats identiques successifs…).

*Macron L’invité surprise de François-Xavier Bourmaud, éditions L’Archipel, 325 pages, 19€.

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