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Qui est Marine Le Pen? Son portrait, son programme

La candidate du Front national, qualifiée pour le 2e tour de l'élection présidentielle française, cherche à dédiaboliser le parti fondé par son père. La stratégie a toutefois ses limites... Analyse.

Ses forces

La candidate du FN à la présidentielle est la personnalité la plus clivante, la plus dérangeante du paysage politique français. C’est à la fois sa grande force mais aussi sa plus grande faiblesse. Elle est consciente que pour rassembler, il lui faut adoucir ses propos notamment sur les plateaux de télévision ou à la radio. En janvier 2016, elle choisit comme slogan de campagne "La France apaisée". En septembre, elle opte pour un nouveau slogan, "Au nom du peuple", mais le premier, plus fédérateur, est bien plus repris. Avocate de formation, Marine Le Pen a compris qu’il est essentiel de toujours s’exprimer simplement en mettant en avant des causes uniques à des problèmes complexes. Excellente oratrice, elle esquive toutes les explications nuancées, longues et détaillées.

Marine Le Pen et son père, Jean-Marie Le Pen ©AFP

En rupture avec les pratiques de son père, la présidente du FN met fin aux phrases chocs qu’il affectionnait pour faire le buzz. Ses précautions langagières lui permettent non seulement de se démarquer de Jean-Marie Le Pen mais aussi du parti lui-même. Si elle n’a pas réussi à changer le nom du parti, elle évince le Front national du patriarche (exit le logo de la flamme tricolore) de la présidentielle au profit du Rassemblement Bleu Marine (sa rose bleue est sur toutes les affiches), moins connoté. En coupant le cordon ombilical d’avec le parti de son père, elle réussit à s’émanciper et à changer d’ère: les mots ne sont plus là pour bousculer les idées des partis traditionnels mais pour fédérer un électorat déçu par ces partis. Marine Le Pen parle de manière plus abstraite d’"immigration" quand son père stigmatise "les immigrés".

Interrogés à son sujet, les Français apprécient sa volonté de les privilégier, son caractère de "combattante" et sa capacité à "dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas"Marine Le Pen renvoie l’image charismatique d’une femme sûre d’elle, ultra-sécuritaire avec un tempérament de chef (elle chasse son père et purge le FN de ses fidèles). Surfant sur le rejet de l’Europe et de la mondialisation, elle réussit même à agréger une partie de l’électorat de droite (près d’un tiers), déçu par le manque de probité de François Fillon qui en avait fait, contrairement à elle, un argument de campagne.

Ses faiblesses

Le Front national excelle dans son rôle d’opposant, de parti contestataire mais reste peu crédible comme parti de gouvernement. La seule protestation ne mène pas au pouvoir. Ultra-clivant, le parti que préside Marine Le Pen depuis 2011 n’a pas totalement réussi sa mue, sa dédiabolisation. Il se cogne toujours au "plafond de verre", au "front républicain" que lui oppose le reste de la classe politique. Les régionales du mois de décembre 2015 en sont un exemple triomphant et cuisant. Malgré un record de voix au second tour (6,7 millions d’électeurs), le mouvement frontiste ne remporte pas une seule région… Or, le but affiché de Marine Le Pen, contrairement à celui de son père, est d’accéder au pouvoir. Elle espère profiter de la montée des mécontentements et du populisme ambiant en Europe mais les Français pourraient au contraire vouloir se démarquer de ses voisins et privilégier son grand rival, radical lui aussi, Jean-Luc Mélenchon. 

En matière économique, le programme de Marine Le Pen, modifié à plusieurs reprises, est peu réaliste. C’est son principal point de faiblesse, le seul pour lequel il aura tout à perdre à être au centre du débat. Selon le think tank la Fondation Concorde, il "est l’hologramme du programme économique de Jean-Luc Mélenchon". Le programme de réforme du FN s’élève à 213 milliards selon l’organisme alors que les recettes atteignent seulement 54 milliards, soit un gap de 159 milliards d’euros d’ici 2022, "soit 50% de plus que ce que proposent les candidats sérieux qui veulent redresser le pays".

En outre, il propose de sortir de l’Union européenne par référendum après renégociation des traités, une sorte de Frexit sur le modèle britannique avec une sortie de l’euro à la clé. Pas sûr que les Français, majoritairement hostiles à une sortie de l’euro, la soutiennent, ce qui risque d’entraîner une instabilité politique inédite avec une présidente désavouée, contrainte de démissionner.

Enfin sur le front judiciaire, le FN compte lui aussi des casseroles avec plusieurs procédures en cours au niveau national et européen. Marine Le Pen a usé de son immunité parlementaire pour esquiver une convocation de la justice et une mise en examen probable. À l’heure de la moralisation de la vie politique, cette désinvolture pourrait se retourner contre elle.

Son programme

 "L’euro est un obstacle majeur au développement de notre économie", martèle Marine Le Pen. Si elle est élue, elle entend renégocier les traités européens afin de "restituer au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique)" et de soumettre à référendum "dans les six mois suivants" l’appartenance du pays à l’Union européenne. Très critiquée sur ces points, Marine Le Pen précise depuis le 25 janvier vouloir une monnaie nationale pour les Français au quotidien. Celle-ci serait éventuellement complétée par une "monnaie commune" pour les échanges entre États et grandes entreprises (à l’image de l’écu) afin d’éviter une trop forte hausse des taux d’intérêts et une fuite des capitaux.

Elle prévoit en outre de rétablir les frontières et sortir de Schengen. Parmi les autres mesures emblématiques du FN, on retrouve la limitation drastique de l’immigration (solde limité à 10.000 entrées par an), la suppression du droit du sol, l’instauration d’un "patriotisme économique" (interdiction des produits importés ne respectant pas les normes de production françaises). L’embauche d’étrangers serait taxée au nom de la "priorité nationale" et ceux-ci se verraient opposer un délai de carence avant de pouvoir prétendre à une aide sociale (2 ans) et à l’école gratuite.

En matière de sécurité, elle prône le recrutement sur cinq ans de 15.000 policiers et gendarmes, 50.000 militaires, la création de 40.000 places de prison et une hausse du budget Défense, ramené à 2% du PIB dès 2018. Elle veut déchoir de la nationalité française et expulser les binationaux en lien avec une filière djihadiste. Elle compte aussi établir un service militaire obligatoire de trois mois et surtout quitter le commandement militaire intégré de l’Otan. Sur le plan social, elle prévoit de supprimer la loi Travail mais d’autoriser l’allongement du temps de travail au niveau des branches et avec compensation salariale intégrale… Son programme recense pas moins de 144 propositions présentées à Lyon les 4 et 5 février.

Son réseau

Profitant de sa normalisation progressive et de sondages favorables, le FN a étendu ses réseaux tous azimuts (dans l’éducation, les PME, les jeunes, la santé, la défense…) et multiplié les laboratoires d’idées et les collectifs à sa botte. À chaque fois, le parti le fait de manière partiellement souterraine car ses partisans ont encore du mal à s’afficher. Sa garde rapprochée est très resserrée.

Marine Le Pen et Florian Philippot ©AFP

Diplômé d’HEC et de l’Ena, Florian Philippot, ancien chevènementiste, s’occupe de la stratégie et de la communication du FN mais aussi de recruter à gauche comme à droite. À l’instar de l’avocat Gilbert Collard qui cultive ses amitiés dans le milieu juridique et les cercles maçonniques ou de Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen à la ville, dans les milieux économiques. L’ancien député européen et énarque Paul-Marie Coûteaux, fondateur du Siel, petit parti allié du FN, a longtemps soutenu le Front avant de se brouiller avec sa présidente. Désormais, il soutient Fillon mais œuvre à créer des passerelles entre les deux partis.

En prônant la sortie de l’euro, Marine Le Pen a séduit des économistes comme l’énarque franco-égyptien Jean Messiha, Bernard Monot, ancien analyste chez Allianz et membre de la Caisse des dépôts et consignations, et Jean-Richard Sulzer, agrégé d’économie et de gestion, les trois hommes clés de son programme économique présidentiel.

Hors de l’Hexagone, la candidate compte peu de relais, notamment aux Etats-Unis (visite ratée mi-janvier à la Trump Tower), en Asie comme en Israël. Marine Le Pen dispose en revanche au Liban d’une écoute favorable, portée par les liens historiques entre les réseaux chrétiens et frontistes. Des militants frontistes sont allés rejoindre les rangs des chrétiens pendant la guerre du Liban (1975-90). Depuis, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just (ex-avocat de Samir Geagea), cultive ses entrées sur place. Mais surtout, Marine Le Pen bénéficie d’un puissant soutien russe, financier et politique (Vladimir Poutine l’a longuement reçue récemment). Enfin, elle peut toujours compter, quoi qu’elle en dise, sur l’appui financier de son père qui vient de lui prêter, via son microparti Cotelec, 6 millions d’euros pour financer sa campagne.

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