Soulagée, l'Europe attend au tournant le président élu

©REUTERS

L’Europe est rassurée par l’élection d’Emmanuel Macron. Mais Berlin lui a très vite demandé de réduire les dépenses de la France.

Quelques minutes après l’annonce des résultats, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker envoyait une longue lettre de félicitations au président élu.

La missive, chaleureuse, débutant par un "cher ami" écrit à l’encre bleue, ne surprend pas. Quinze jours avant, Jean-Claude Juncker avait annoncé publiquement son soutien au candidat. Une première dans l’histoire de l’exécutif européen, dont le Président doit pourtant rester neutre. Le geste illustre l’état d’inquiétude dans lequel l’Europe est plongée depuis le Brexit. Et le soulagement de voir Marine Le Pen perdre son son pari, alors que la montée du populisme menace l’Union européenne.

Pour les eurosceptiques, la victoire d’Emmanuel Macron est une mauvaise nouvelle. Les pro-Brexit l’ont comparée à la reddition française en 1940 contre les Allemands. "La France se rend", lit-on dans sur un tweet de "Leave.eu". "Macron sera la marionnette de Juncker", a réagi Nigel Farage, le fondateur de Ukip.

Espoir pour l’Europe

La plupart des capitales européennes nourrissent l’espoir que le nouveau président français inverse la spirale négative dans laquelle le projet européen est bloqué. "Il porte les espoirs de millions de Français et aussi de beaucoup de gens en Allemagne et en Europe", estime la chancelière allemande, Angela Merkel. Donald Tusk, le président du Conseil européen, a félicité les Français pour un choix en faveur de "la Liberté, l’Égalité et la Fraternité".

La Pologne, dirigée par un gouvernement populiste, a appelé à une "nouvelle ouverture" dans les relations entre Paris et Varsovie. Les rapports entre Macron et la Première ministre Beata Szydlo sont tendus. La conservatrice accuse le Français de privilégier "l’Europe à deux vitesses".

Rigueur budgétaire

"Les Français dépensent trop d’argent et ils le dépensent au mauvais endroit."
Jean-Claude juncker
président de la commission européenne

Les paillettes de la victoire retombées, l’ambiance s’est aussitôt refroidie. Jean-Claude Juncker, en visite hier à Berlin, a appelé le président élu à réduire la dépense publique de la France. "Les Français dépensent trop d’argent et ils le dépensent au mauvais endroit", a-t-il dit. La Commission publie jeudi ses prévisions économiques, or la France est sous surveillance pour son déficit excessif.

Nul doute que Berlin sera attentive aux premières décisions budgétaires. "Nous devons à présent tout faire pour que la politique d’Emmanuel Macron réussisse en France et en Europe, car si ce n’est pas le cas, Madame Le Pen est assez jeune pour se représenter dans cinq ans", a averti hier le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel. Macron devra compter sur le soutien du socialiste français Pierre Moscovici, en charge des Affaires économiques.

Président sans famille

Le positionnement du nouveau président français sur l’échiquier politique européen n’est pas encore défini. Europhile convaincu mais "ni à gauche, ni à droite", il n’a pas de famille politique.

Selon certaines rumeurs, son mouvement En Marche! pourrait rejoindre les libéraux européens, un courant dont il est proche idéologiquement. "La logique veut qu’il vienne chez nous, de nombreux membres de l’ADLE l’ont soutenu durant sa campagne. Il connaît bien Guy Verhofstadt", dit une source de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Mais rien n’est confirmé. "Emmanuel Macron est proche idéologiquement de l’ADLE, mais aucune décision n’est prise", dit Pieyre-Alexandre Anglade, référent En Marche! pour la Belgique.

Les sociaux-démocrates (S&D), d’où provient Emmanuel Macron, aimeraient voir En Marche! à leurs côtés, quand bien même certains proches de Benoît Hamon lui vouent une hostilité certaine. Le S&D, tout comme le PPE, est traversé par un malaise et se cherche un nouveau souffle. "Les familles politiques européennes vivent de profondes divisions et devront être refondées pour aborder les élections parlementaires de 2019, de la même manière que les partis français doivent se refonder", conclut Anglade.

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