Bruxelles, capitale de la banque privée

©Saskia Vanderstichele

Avec plus de 40 centres de banque privée, la région bruxelloise est un véritable paradis pour les Belges fortunés. Anvers, Gand et le triangle Courtrai-Roulers-Harelbeke sont les autres points chauds pour les banquiers qui se disputent les faveurs des riches familles.

Où se cachent les plus grands patrimoines du pays? Personne ne peut répondre à cette question, mais les implantations des centres de banque privée, des maisons de bourse et autres gestionnaires de patrimoine donnent un aperçu de l’endroit où se situent les étangs dans lesquels les banquiers peuvent pêcher les plus gros poissons.
Nous avons cartographié les agences et centres de banque privée d’une quarantaine d’acteurs. Cette carte montre d’emblée que Bruxelles – y compris sa banlieue – bénéficie de la plus forte concentration de banques privées – soit près de 20% du total – avec un mélange d’acteurs belges et étrangers les plus connus et de plus petites maisons.

Anvers arrive en deuxième place du classement avec trente implantations. La métropole est le port d’attache historique de la Banque Delen, Leo Stevens & Cie, Dierickx Leys, Merit Capital, Econopolis et Mercier Vanderlinden, sans oublier les banques néerlandaises ABN Amro et Van Lanschot Kempen qui y ont établi leur base belge.

Knokke

Avec leurs nombreuses riches familles industrielles, Gand et la région de Courtrai-Roulers n’ont rien à envier à Anvers. Le sud de la Flandre-Occidentale se démarque clairement du nord. Knokke est bien entendu le lieu de résidence préféré du «beau monde», mais les questions d’argent semblent être discutées très loin de la Place «m’as-tu vu». Comme Bruges, la station balnéaire ne compte que quatre centres de banque privée.

Liège et Brabant wallon

En Wallonie, la plupart des banques privées ont choisi de s’installer à Liège et dans le Brabant wallon. Chacune de ces régions accueille 12 implantations. La Cité Ardente comprend un mélange d’anciens patrimoines et de nouveaux entrepreneurs, tandis que le « Triangle d’or » du Brabant wallon, avec des villes comme Wavre et Waterloo, compte de nombreuses grandes entreprises et des spin-offs universitaires des secteurs pharmaceutique et technologique.

Private Banking

©Pieter Van Eenoge

Le supplément Private Banking, mercredi 22/10, gratuit avec L'Echo.

Les banquiers privés rencontrent principalement leurs autres clients wallons dans quatre villes: Namur, Tournai, Charleroi et Mons. En Flandre également, on trouve d’autres concentrations autour de Louvain, Hasselt et Turnhout. Les villes du centre comme Malines, Alost et Saint-Nicolas sont moins bien desservies.

Il existe un lien direct entre les montants gérés et le nombre de centres de banque privée d’une banque. Les régions où les patrimoines sont plus restreints accueillent peu de centres, tandis que les régions les plus riches en comptent une dizaine. Les grandes banques BNP Paribas Fortis, KBC et ING Belgique comptent de 20 à 30 centres spécifiques de Private Banking. Belfius n’a pas été prise en compte parce qu’elle ne dispose pas de centres de banque privée spécifiques.

On peut s’étonner que les banques privées n’ouvrent de nouveaux bureaux qu’au compte-gouttes. Ces dernières années, elles semblent fuir les grandes villes à cause des problèmes de mobilité. Delen vient d’ouvrir son centre de banque privée Anvers-Nord à Brasschaat pour éviter à ses clients de passer du temps dans les embouteillages en direction d’Anvers. Degroof Petercam a récemment complété son centre de Bruxelles par une agence à Wemmel, au nord-ouest de la capitale.
Les applications digitales réduisent le besoin de (nouveaux) centres. «Nous n’avons qu’un seul centre à Bruxelles, mais nous nous déplaçons pour rencontrer nos clients à leur domicile. Avec un iPad et des connexions sécurisées, nous pouvons réaliser toutes les opérations à distance», explique Patrice de Laminne, Business Development Manager de la Banque Transatlantique.

Milliards

Sur base de notre enquête annuelle auprès d’une trentaine d’acteurs, les Belges les plus riches détiennent au total 438 milliards d’euros sur des comptes bancaires. Deux tiers de ce montant, soit près de 300 milliards d’euros, sont confiés aux quatre grandes banques. À noter que ces chiffres comprennent également le «Personal Banking», l’étape intermédiaire entre la banque de détail traditionnelle et les services exclusifs de banque privée, accessibles à partir de 1 million d’euros.

Les chiffres des banques privées sont difficilement comparables parce que certaines institutions placent la barre moins haut: le leader du marché – BNP Paribas Fortis – a placé son seuil d’entrée à «seulement » 250.000 euros. Pour obtenir une image représentative du secteur, nous avons donc inclus tous les clients des grandes banques détenant plus de 250.000 euros et bénéficiant d’un service personnalisé.
Un peu plus de 100 milliards d’euros, soit 25% du marché, sont détenus par une poignée de grands acteurs. Il s’agit de nos deux groupes belges qui offrent exclusivement des services de banque privée, à savoir Degroof Petercam et Delen Private Bank, ainsi que les filiales belges de Deutsche Bank (Allemagne), ABN Amro Private Banking (Pays-Bas) et Puilaetco (Quintet de Luxembourg, l’ancienne KBL).
Mais en plus de ces banques, les riches Belges ont le luxe de pouvoir choisir parmi des dizaines d’acteurs de niche et banques privées de taille moyenne. Les plus importants font partie de grands groupes, tandis que les plus petits sont surtout des spécialistes locaux. Ils représentent ensemble plus de 40 milliards d’euros, soit 10% du marché.

Dans ce segment, les spécialistes parlent depuis des années de la nécessité de s’agrandir pour bénéficier d’économies d’échelle. Cette année, Dierickx Leys a repris la société Lawaisse (Courtrai) et Leleux a racheté la maison de bourse Bocklandt. L’an dernier, Merit Capital s’est offert Weghsteen. Malgré tout, de nombreux petits acteurs tiennent à leur indépendance. «À cause de la consolidation du marché, les clients n’ont plus accès aux services sur mesure. En tant qu’acteur indépendant, nous pouvons continuer à offrir ces services personnalisés», explique Jean-Paul Adam, CEO d’Accuro.

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