"Ce n’est bien entendu pas amusant d’être taxé sur son compte-titres. Mais on n’en meurt pas"

©Pieter Van Eenoge

Plus de six mois après la période de confinement, les clients des banquiers privés semblent surtout s’inquiéter de l’impact de la pandémie sur leur portefeuille. "La reprise des bourses les a quelque peu rassurés, mais il n’y a pas grand-chose à faire face aux taux ultra-bas et aux projets du nouveau gouvernement."

Il aura fallu 494 jours de négociations pour que notre pays soit enfin doté d’un nouveau gouvernement fédéral. Mais l’équipe d’Alexander De Croo était à peine installée que la coalition Vivaldi a décidé de faire appel "aux épaules les plus larges", pour reprendre les termes de l’accord de gouvernement. Personne ne peut cependant dire aujourd’hui à quoi ressemblera cette contribution. On a d’abord entendu parler d’une "taxe des millionnaires" sur les transactions importantes, mais il est ensuite apparu qu’il s’agirait en réalité d’une taxe sur les comptes-titres dont le montant serait supérieur à 1 million d’euros.

«Depuis la reprise des bourses, la plupart des clients sont beaucoup moins nerveux.»
Yves Van Laecke
Banque Nagelmackers

Une raison suffisante pour que nos riches concitoyens contactent leur banquier privé ou gestionnaire de patrimoine pour faire le point? Curieusement, une enquête dans le secteur a montré que les centrales téléphoniques étaient loin d’être en surchauffe.

Les taux bas, principale préoccupation

"Nos clients ne semblent pas très inquiets", constate René Havaux, administrateur délégué de la banque privée anversoise Delen Private Bank. "Avec la précédente taxe sur les comptes-titres, le gouvernement comptait sur des rentrées entre 250 et 300 millions d’euros par an. Ce n’est bien entendu pas amusant d’être taxé, mais on n’en meurt pas. À l’heure actuelle, le plus grand risque que court un portefeuille, c’est la différence entre l’inflation et les intérêts perçus sur les produits financiers. À cause des taux bas, les clients sont quasiment obligés de prendre davantage de risques pour maintenir leur pouvoir d’achat."

"En effet, les sujets sur lesquels nos clients nous interpellent principalement restent les taux d’intérêt, ou plutôt le fait qu’ils soient pratiquement à zéro partout dans le monde", explique Erik Joly, stratège en chef chez ABN Amro. "Les obligations ne rapportent quasiment rien et, parallèlement, nous nous attendons à quelques mois tendus sur les marchés financiers, car de nombreuses entreprises devront probablement revoir à la baisse leurs estimations de résultats maintenant que l’on connaît mieux l’impact de la deuxième vague de contamination sur la reprise économique. Les élections présidentielles aux États-Unis devraient aussi augmenter la volatilité. De nombreux clients ont l’impression qu’il n’y a aucune échappatoire."

Même si cela ne signifie pas que les clients aient peur d’investir en bourse, soulignent les banquiers privés. Il est vrai qu’au niveau mondial, les marchés d’actions ont plongé il y a six mois au moment de l’éclatement de la crise sanitaire. Mais cette chute a été immédiatement suivie par une impressionnante reprise boursière et nombreux sont les investisseurs qui ne veulent pas rater le train. "Au pire moment de la crise, nous avons reçu des questions de clients qui voulaient effectuer des dépôts supplémentaires", explique Maarten Rooijakkers de Capital@Work. "Et nous nous attendons à ce que les flux entrants de capitaux frais soient plus élevés cette année qu’en 2019. Nos clients sont donc restés patients pendant la crise. Notre philosophie a toujours été claire: investir dans des entreprises en bonne santé dont les produits et services seront toujours nécessaires au fonctionnement de la société, crise du coronavirus ou non. Et nous avons remarqué que nos clients avaient confiance en cette stratégie."

"Depuis la reprise des bourses, la plupart des clients sont beaucoup moins nerveux", confirme Yves Van Laecke, membre de la direction de la Banque Nagelmackers. "La plupart d’entre eux sont aujourd’hui modérément positifs. C’est d’ailleurs étonnant si l’on songe aux mois que nous venons de traverser. Par contre, ils parlent beaucoup des élections présidentielles américaines. Ils nous demandent comment nous comptons orienter la gestion discrétionnaire étant donné l’incertitude quant au résultat des urnes. Ou quelle position ils doivent prendre après la hausse impressionnante des grandes actions technologiques américaines."

Planification successorale

En dehors des conseils en investissements, les clients contactent aussi de plus en plus leur banquier privé pour savoir comment faire un don à la génération suivante, confie Steven Maertens, en charge de la Flandre pour Banque de Luxembourg. " Ce n’est pas nécessairement lié à la crise du coronavirus, mais plutôt à la fin (à partir du 1er décembre, ndlr) du système permettant de faire un don sans payer d’impôt en passant par un notaire néerlandais. Pendant les négociations gouvernementales, les clients nous ont aussi beaucoup interrogés sur les nouvelles taxes éventuelles que le nouveau gouvernement pourrait imposer."

"Nous devons parfois freiner nos clients en matière de planification successorale", poursuit Maertens. "Auparavant, ils s’en préoccupaient trop tard, aujourd’hui, c’est le contraire, ils s’y prennent bien trop tôt. Nous devons parfois les sensibiliser au risque du ‘syndrome Ferrari’, à savoir que leur enfant chéri achète une voiture de sport ou dilapide le capital qui lui est confié."

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