Les entrepreneurs prêts à miser sur d'autres entrepreneurs

Les clients de Quaestor sont devenus indirectement propriétaires de l’entreprise gantoise de logiciels Showpad et du livreur de repas britannique Deliveroo. ©Hollandse Hoogte / Joris van Gennip

Les faibles taux d'intérêt poussent les Belges fortunés vers des solutions alternatives pour de meilleurs rendements. Que l'on peut trouver hors du marché boursier…

De nombreux banquiers privés proposent à leurs clients d’investir dans le private equity, soit des entreprises non cotées. "Les entrepreneurs ont souvent plus d’affinités avec leurs investissements en PE qu’avec leur portefeuille d’actions cotées", dit-on.

Contrairement au public equity, le private equity représente un investissement dans des actions non cotées en Bourse. Il existe également une variante obligataire, également non cotée, appelée "private debt". Ces deux types d’investissement sont parfois proposés à titre de diversification à la clientèle des banques privées, généralement par le biais de fonds.

La gestion du private equity et de la private debt s’inscrit dans un autre cadre réglementaire que les investissements dans des actions et obligations classiques.

Contrat de conseil

"Dans la gestion discrétionnaire traditionnelle, le gestionnaire s’occupe du portefeuille en tenant compte des souhaits et du profil de risque de son client. Par contre, le private equity peut être envisagé dans le cadre d’un contrat de conseil, ce qui signifie que chaque investissement doit recevoir au préalable le feu vert du client. En d’autres termes, les différents investissements ne sont pas toujours liés et ne tiennent pas nécessairement compte de ce qui se trouve déjà en portefeuille", explique Geert Vastiau du gestionnaire de patrimoine Quaestor (Quaestor Vermogensbeheer) de Roulers.

Private equity pour tous?

Tous les Belges peuvent investir dans le private equity via la Bourse, qu’ils soient ou non clients d’une banque privée. La GIMV investit dans du PE coté en Bourse. Chez Sofina, le portefeuille se compose à 75% d’actions d’entreprises non cotées. Les actionnaires de Brederode investissent à hauteur de 50% dans des fonds de Private Equity (surtout américains). L’an dernier, le portefeuille de PE de Brederode affichait un rendement de 20%. GBL, holding de la famille Frère, ambitionne à terme d’investir de 10 à 15% de son portefeuille dans le PE via sa filiale Sienna Capital.

De nombreux concitoyens ont investi pour la première fois dans le PE via le fonds ARKimedes, qui s’est révélé un fiasco complet. Les rendements positifs que l’on attend généralement d’un fonds de Private Equity ont brillé par leur absence. D’après des sources proches du dossier, ARKimedes se retrouvait souvent autour de la table pour des dossiers rejetés par d’autres.

En tant que banque privée, Quaestor s’est lancée très tôt dans le Private Equity. Son fonds Creafund a été lancé en 2002, suivi un an plus tard par Vectis. Sont venus ensuite Hummingbird, Down2Earth, Sofindev, Victus Participations, Ergon, Vesalius, etc. Les clients sont ainsi devenus indirectement propriétaires par exemple de l’entreprise gantoise de logiciels Showpad et du livreur de repas britannique Deliveroo.

Quaestor Vermogensbeheer propose aussi du private equity via des fonds. "Nous passons en permanence au crible les fonds de private equity. Ils peuvent être très divers: fonds traditionnels de rachat par le management (‘management buy-out’), fonds de capital à risque (tant ‘early stage’que ‘later stage’), fonds thématiques tels que la technologie, la biotech, l’alimentation, etc. Il est important de conserver un bon équilibre au sein du portefeuille, et la qualité des gestionnaires est bien entendu un facteur capital", poursuit Geert Vastiau.

"Gâtés ces 15 dernières années"

Lorsque Quaestor a sélectionné un fonds, les clients ayant manifesté de l’intérêt pour ce type d’investissement sont invités à une présentation du fonds qui recherche des capitaux. "Cela permet aux clients de comprendre dans quel type de projet ils investissent et de prendre leur décision en connaissance de cause", explique Vastiau. "Les entrepreneurs et anciens entrepreneurs qui font partie de nos clients se montrent très intéressés par le private equity. Ils se sentent souvent plus proches de ces investissements que de leur portefeuille d’actions cotées", souligne Vastiau.

Les fonds de PE sélectionnés doivent fournir un rapport trimestriel et le gestionnaire vient chaque année présenter les résultats. "Ces rencontres sont très enrichissantes pour nos clients et leur donnent aussi l’occasion de nouer des contacts", poursuit Geert Vastiau.

Ces dernières années, la plupart des investisseurs en Private Equity n’ont pas eu à se plaindre des résultats. "Nous avons été très gâtés pendant ces 15 dernières années. La baisse des taux a entraîné une hausse des valorisations, en particulier au niveau des fonds de buy-out. Par conséquent, les fonds qui ont démarré il y a quelques années peuvent revendre des entreprises avec de belles plus-values. Jusqu’ici, le rendement moyen annuel de nos fonds se situe entre 25 et 30%", indique Geert Vastiau.

"Un bon portefeuille de private equity doit rapporter entre 4 et 5% de plus que le rendement moyen de la Bourse."
JPMorgan Asset Management

Mais ces rendements ne peuvent pas être extrapolés pour l’avenir, prévient Quaestor Vermogensbeheer. "Les prévisions de résultats pour l’avenir devraient être inférieures à cause de la hausse des valorisations et d’une concurrence accrue sur le marché. La qualité de la sélection des fonds prend de ce fait davantage d’importance." JPMorgan Asset Management estime qu’un bon portefeuille de private equity doit rapporter entre 4 et 5% de plus que le rendement moyen de la Bourse.

Le caractère illiquide de ce type d’investissement est probablement son principal inconvénient. La liquidité des titres est très limitée, voire inexistante. Ceux qui se lancent dans le PE ne peuvent pas en sortir sur un coup de tête. Un fonds de private equity fonctionne sur base de "committed capital" et de "capital calls". "Committed Capital" signifie que les investisseurs déclarent le maximum qu’ils sont prêts à investir. Et un "capital call" est littéralement "l’appel" de capitaux par un fonds, au fur et à mesure qu’il acquiert des participations.

Durée de 10 ans

Les investisseurs décident donc du montant maximum qu’ils souhaitent investir, mais pas du moment où ils verseront ou récupéreront leur argent. Ils ne le reverront que lorsque le fonds vendra des participations. Les revenus de ces cessions sont ensuite reversés aux investisseurs. "En règle générale, un fonds de Private Equity a une durée de 10 ans. Au cours des cinq premières années, le fonds aura tendance à demander des capitaux et les restituera dans la seconde moitié du terme au cours de la période de désinvestissement", explique Vastiau.

Les investisseurs décident du montant maximum qu’ils souhaitent investir, mais pas du moment où ils verseront ou récupéreront leur argent.

Tout comme les investissements en Bourse, le private equity est exposé au risque d’entreprise, ce qui est caractéristique de tout investissement en actions. "Je ne trouve pas que le private equity soit nécessairement plus risqué qu’un investissement en Bourse. C’est surtout un autre type de risque. Le PE a parfois comme inconvénients d’évoluer dans un marché que je qualifierais de maniaco-dépressif et d’être peu liquide. Nous cherchons la meilleure combinaison entre les deux", conclut Geert Vastiau, de Quaestor.

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