Les riches clients ont trouvé le chemin des fonds de tiers

©Pieter Van Eenoge

L’accès aux fonds de tiers est aujourd’hui monnaie courante chez les clients des banques privées. Même si l’accessibilité à ces fonds varie fortement d’une banque à l’autre.

Aucun gestionnaire de fonds ne peut être le meilleur dans toutes les classes d’actifs. C’est le principe qui sous-tend le concept d’architecture ouverte, où les banques ne se contentent pas de proposer leurs fonds maison, mais offrent aussi des produits d’autres gestionnaires.
L’architecture ouverte n’est pas encore largement diffusée en Belgique. Les particuliers qui souhaitent placer leurs économies dans un fonds via une grande banque n’auront souvent accès qu’aux fonds maison. Ceux qui s’adressent à un supermarché de fonds comme MeDirect, Binck, Keytrade ou Deutsche Bank pourront cependant accéder à une large gamme de gestionnaires belges et étrangers. Idem pour ceux qui investissent via leur assureur dans des fonds appelés «Branche 23».

«Nous ne proposons des fonds de tiers que s’ils sont complémentaires à notre offre de fonds maison.»
KBC Private Banking

En banque privée, l’accès aux fonds de tiers reste encore un privilège réservé à certains clients. KBC Private Banking propose par exemple à ses clients liés par un contrat de conseil une cinquantaine de fonds de 13 gestionnaires différents. «Le critère pour être repris sur notre liste ‘conseil’, c’est la complémentarité par rapport à nos produits. Certaines régions, classes d’actifs ou certains styles de gestion qui ne sont pas représentés dans nos fonds maison sont analysés et éventuellement ajoutés à notre offre de fonds. En gestion discrétionnaire également, nous appliquons le principe de complémentarité. Récemment, nous avons par exemple repris plusieurs fonds alternatifs de partenaires externes», explique-t-on chez KBC.

Chez Degroof Petercam Asset Management (DPAM) – qui possède une large gamme de fonds maison – l’architecture ouverte est également pratiquée en complément de l’offre maison. «Nous utilisons surtout les fonds de tiers dans des domaines pour lesquels nous ne disposons pas des ressources ou de l’expertise pour mener une stratégie active en interne. Cette offre est donc complémentaire par rapport à notre propre gamme de stratégies», entend-on. A l’heure actuelle, la liste de DPAM comprend 80 fonds de tiers. «Nous collaborons avec de grands et de petits acteurs », indique la banque.

Belfius Private Banking privilégie sa collaboration avec le gestionnaire de patrimoine Candriam, mais la banque propose également des fonds d’autres acteurs. «Nos gestionnaires reprennent parfois des fonds de tiers dans leurs mandats discrétionnaires ou dans des fonds de fonds. Par ailleurs, pour nos clients ‘conseil’, nous proposons également différentes solutions développées spécifiquement pour Belfius par BlackRock et JPMorgan», précise-t-on chez Belfius PB.

Chez ING Private Banking, la carte de l’architecture ouverte est présentée comme un atout. «Nous la considérons même comme l’un de nos principaux arguments de vente», indique un porte-parole. «Que ce soit en gestion discrétionnaire ou pour les mandats de conseil, nous proposons de manière proactive 150 fonds de près de 50 maisons de fonds – des très grandes aux très petites. Par ailleurs, nous proposons une large gamme de solutions passives ou ‘trackers’. Pour cette offre, nos spécialistes en fonds collaborent avec une équipe de recherche indépendante », précise-t-on chez ING.

Architecture ouverte 2.0

Dans le secteur de la banque privée, ABN Amro Private Banking pratique depuis des années l’architecture ouverte. Sur l’ensemble des fonds investis via la banque néerlandaise, seuls 15% le sont dans des fonds maison. «Notre division ABN Amro Investment Solutions passe au crible l’offre mondiale de fonds afin de sélectionner les meilleures stratégies et les meilleurs gestionnaires. L’équipe compte aujourd’hui près de 25 ans d’expérience. Sa sélection sert de base pour nos conseils en investissement et nos services de gestion discrétionnaire. Pour l’instant, nous suivons 446 fonds répartis sur 50 gestionnaires», explique-t-on à la banque néerlandaise.

«Notre division ABN Amro Investment Solutions passe au crible l’offre mondiale de fonds afin de sélectionner les meilleures stratégies et les meilleurs gestionnaires.»
ABN Amro Private Banking

ABN Amro utilise également ce qu’elle appelle «l’architecture ouverte 2.0» au sein de la gestion discrétionnaire. «Nous ouvrons notre plate-forme de fonds à des gestionnaires externes, ce qui donne à nos clients un accès exclusif à des fonds qui autrement ne seraient pas disponibles en Belgique. Cette façon de faire est économique et transparente. Elle nous permet de proposer des fonds multi ou single manager, où la gestion du portefeuille se trouve aux mains de gestionnaires externes. Le nom du gestionnaire est repris dans le nom du fonds», explique le spécialiste en fonds Peter Bossaer.

Plus d’informations

L’architecture ouverte est donc une tendance bien établie au sein de la banque privée, même si la directive européenne MiFID II a eu des conséquences importantes pour les maisons proposant des fonds de tiers. La directive oblige en effet les banques à documenter plus clairement et à disposer de plus d’informations concernant les fonds. «Malgré tout, cette directive n’a eu aucun impact sur notre offre», indiquent les banques.

« Nous avons conclu un partenariat avec un fournisseur de données qui nous procure toutes les informations légales nécessaires pour vendre un fonds. Cette collaboration nous permet de continuer à proposer à nos clients une sélection de fonds de tiers très étoffée», indique-t-on chez KBC.

La crise du coronavirus semble n’avoir eu qu’un impact limité sur la demande de fonds de tiers. La plupart des banques parlent de stagnation de la demande, qui n’est par ailleurs pas un phénomène nouveau. «Les fonds de tiers représentent de 3 à 5% du volume total investi dans les fonds. Ce pourcentage reste stable depuis plusieurs années, et nous n’avons donc pas noté d’augmentation de la demande», confirme-t-on chez Belfius.

Chez Degroof Petercam AM, ce sont les fonds durables qui sont le plus demandés depuis quelque temps. «Vu que DPAM dispose d’une offre très large dans ce domaine, il est logique que nous nous concentrions sur nos propres stratégies pour répondre à cette demande croissante», conclut-on chez DPAM.

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