interview

"Nous voulons devenir le principal acteur non belge"

©Siska Vandecasteele

Suite à la reprise de Société Générale Private Banking Belgique, ABN AMRO est devenu un acteur important de la banque privée sur le marché belge. "Nous voulons continuer à nous développer", explique Solange Rouschop, CEO d’ABN AMRO Private Banking en Belgique.

Lorsque le groupe français Société Générale (SG) a mis en vente sa division belge de banque privée, de nombreux candidats se sont bousculés au portillon. Des institutions comme Banque Degroof Petercam, Van Lanschot Bankiers et Puilaetco Dewaay furent citées comme repreneurs potentiels. Et il ne faut pas s’en étonner: ce fut l’une des plus grandes opportunités d’acquisition de ces dernières années. Au final, c’est la banque néerlandaise ABN AMRO qui a remporté la mise.

Dix ans après qu’ABN AMRO est sortie de l’ornière après la saga Fortis et a été nationalisée, la banque néerlandaise s’est à nouveau retrouvée à la une des médias. Grâce à l’acquisition de SG Private Banking, la branche belge de banque privée d’ABN AMRO a doublé de taille, pour afficher 12 milliards d’euros d’actifs sous gestion. À l’opposé, ABN AMRO a décidé de vendre son portefeuille de produits d’épargne, Moneyou.

Solange Rouschop
  • Après ses études à l’Université de Tilburg, a commencé sa carrière en tant que "management trainee" chez ABN AMRO, banque qu’elle n’a plus quittée.
  • A débuté dans le département de gestion d’actifs et a passé de nombreuses années en Asie.
  • En 2014, a été nommée responsable au niveau mondial des services d’investissement et de la durabilité.
  • Occupe depuis deux ans le poste de CEO d’ABN AMRO Private Banking Belgique.

Maintenant que les activités belges de la Société Générale ont été entièrement absorbées, la CEO Solange Rouschop accepte de commenter la transaction lorsque nous la rencontrons dans son bureau anversois. "Nous avons surtout racheté la SG pour augmenter notre taille en Belgique. Les banques privées sont confrontées à de nombreux défis, comme les taux bas persistants, le renforcement des réglementations et la digitalisation. Pour pouvoir y répondre et être suffisamment rentables, il faut avoir une taille critique", explique la dirigeante néerlandaise.

"Par ailleurs, les activités de banque privée sont importantes pour ABN AMRO en Europe occidentale. Nous sommes leader aux Pays-Bas et nous avons une présence significative en France et en Allemagne. Il était donc logique que nous nous développions en Belgique."

Cette acquisition a-t-elle calmé l’"appétit" d’ABN AMRO en Belgique en matière de croissance externe?

Avec notre taille actuelle, nous pouvons gérer notre organisation sur le long terme, offrir des services de qualité à nos clients et des perspectives de carrière à nos collaborateurs, mais aussi pérenniser nos activités. À plus long terme, nous voulons continuer à nous développer de manière organique ou via de nouvelles acquisitions, en fonction des opportunités. A condition bien sûr de trouver le "perfect match" et que la transaction en vaille la peine. Quel que soit son montant, la quantité de travail est la même. Nous visons des acquisitions "bolt on" (complémentaires, NDLR), comme on dit. Nous ne nous intéressons pas aux petits dossiers de reprise.

Quelles sont vos ambitions pour la Belgique?

Nous voulons devenir le principal acteur non belge. Même si je n’aime pas trop le dire ainsi. Nous sommes un acteur international avec un réseau et un ancrage en Belgique. Mais en réalité, nous voulons aussi être la banque privée la plus durable.

L’argent sale n’était pas éthique il y a 20 ans, ce ne l’est toujours pas aujourd’hui et ce ne le sera pas davantage dans dix ans.
Solange Rouschop
CEO d’ABN AMRO Private Banking en Belgique

Aujourd’hui, toutes les banques veulent être durables, non?

Chez nous, c’est inscrit dans nos gènes. Les changements climatiques représentent le principal enjeu de notre époque et ont un impact dans tous les domaines. En tant que banque, nous avons un rôle important à jouer, car il faut des capitaux pour mettre en place les changements, pour avancer rapidement et contribuer à la transition énergétique.

Nous essayons d’en convaincre d’autres en les informant et en servant de source d’inspiration. Par exemple au moyen de vidéos qui expliquent ce qui se passe dans le monde et en quoi cela concerne notre institution et nos clients. Tout le monde n’est pas encore convaincu, loin de là. Ce sujet ne faisait par exemple pas partie des priorités de la banque que nous avons rachetée.

La priorité des investisseurs n’est-elle pas d’obtenir le meilleur rendement?

Il faut comparer des pommes avec des pommes. Au sein d’une même classe de risque, les investissements durables rapportent au moins autant que les produits "traditionnels".

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Investir n’est pas contradictoire avec la lutte contre les changements climatiques. Près de la moitié de nos nouveaux clients optent pour des investissements durables.

Si le rendement est au minimum le même, pourquoi n’optez-vous pas pour le 100% durable?

Les choses sont en train de bouger et dans dix ans, nous n’en parlerons même plus car tous les investissements seront durables.

Comment se déroule l’intégration d’une société française au sein d’une entreprise néerlandaise? Tout ce que l’on entend à propos de KLM et Air France montre qu’il y a parfois des divergences culturelles.

Nous avons l’habitude de travailler avec les Français. Nous avions déjà beaucoup de collègues francophones à Bruxelles et quelques Français qui avaient déménagé de Paris à Bruxelles.

Sur le plan des services, de l’offre et de la taille, nous sommes très comparables à la SG. Les clients ont réagi de manière positive, car leurs personnes de contact sont les banquiers privés et ceux-ci n’ont pas changé. Nous investissons bien sûr dans les services digitaux, mais ils sont plutôt complémentaires. La relation humaine reste notre priorité.

Nous investissons bien sûr dans les services digitaux, mais ils sont plutôt complémentaires. La relation humaine reste notre priorité.

La SG avait aussi pour clients de riches Français installés en Belgique. Ils avaient volontairement choisi une banque française. Avez-vous réussi à convaincre certains d’entre eux de rester chez vous?

Pas uniquement certains d’entre eux. Je ne sais pas exactement ce qui se raconte, mais à ma connaissance, nous n’avons pas perdu beaucoup de clients français. Notre "French Desk" à Bruxelles collabore avec nos collègues de Neuflize OBC, la banque privée française d’ABN AMRO. Cela nous permet d’offrir à ces clients des services adaptés. Contrairement aux autres clients de la banque privée, les Français qui viennent en Belgique s’attendent à une offre plus large et demandent également des services de paiement. Nous offrons ces services pour ce segment spécifique.

Les Néerlandais vivant en Belgique sont-ils importants pour ABN AMRO?

Oui, c’est un segment important, mais il n’augmente plus. Les flux entrants sont très limités en ce moment et nous voyons de nombreux compatriotes rentrer aux Pays-Bas. L’âge moyen du groupe augmente et lorsque les enfants héritent, l’argent quitte souvent la Belgique, car de nombreux héritiers déménagent.

Ces dernières années, le secteur bancaire s’est souvent retrouvé sous le feu des projecteurs à cause du blanchiment d’argent. Suite au renforcement des réglementations, les banques doivent jouer davantage le rôle de "chien de garde" et poser des questions embarrassantes à leurs clients. Est-ce que cela complique le travail des banquiers privés?

C’est vous qui le dites. Nous devons servir correctement nos clients, dans le respect des réglementations. Les clients comprennent très bien que le monde change et que nous devons renforcer les règles. Ils suivent le mouvement. Grâce à ces règles, ils sont mieux servis et de manière plus transparente.

Refusez-vous plus de clients et de transactions qu’auparavant?

Non, car nous avons toujours géré nos activités avec des relations clientèle correctes. Il s’agit d’argent propre et nos conseils le sont également. Nous n’avons jamais eu pour ambition d’attirer de l’argent sale. Ce n’était pas éthique il y a 20 ans, ce ne l’est toujours pas aujourd’hui et ne le sera pas davantage dans dix ans.

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