Private Banking: la bataille pour 400 milliards

MiFID2 exige que toutes les conversations téléphoniques soient enregistrées. ©Lieven Van Assche

En Belgique, des dizaines de banquiers privés et gestionnaires de patrimoine se battent pour se voir confier la gestion des avoirs de nos riches compatriotes. Les actifs qu’ils gèrent pour leurs clients belges atteignent aujourd’hui plus de 407 milliards d’euros.

Dans notre pays, des milliers de banquiers privés sont prêts à vous ouvrir grand leur porte si vous disposez d’un patrimoine important. Mais que signifie "important"? Pour de nombreuses banques privées, il faut disposer d’une somme oscillant entre 500.000 et 1 million d’euros. Même si elles font certaines exceptions pour des clients présentant un potentiel important. Les multimillionnaires peuvent par ailleurs faire appel à de nombreux autres services (sur mesure) via ce que l’on appelle le "wealth management".

Quatre grandes banques traditionnelles

De l’autre côté du spectre, on trouve des banques traditionnelles où les clients reçoivent quasiment des services de banque privée à partir de montants relativement "modestes". BNP Paribas Fortis a par exemple fixé son seuil d’entrée à 250.000 euros. Dans d’autres grandes banques, cette catégorie de clients est conseillée par des "personal bankers". Ceux qui souhaitent obtenir un service plus personnalisé mais qui ne disposent "que" de 100.000 euros peuvent s’adresser à ING Belgique.

Chaque banque applique une stratégie différente. Du coup, les chiffres ne sont pas totalement comparables. Par exemple, selon les critères choisis, c’est BNP Paribas Fortis ou KBC qui arrive en tête. Aux troisième et quatrième rangs, on trouve ING et Belfius, cette dernière ayant fortement développé ses activités de banque privée ces dernières années.

Pour dresser un portrait du secteur, nous avons demandé aux quatre grandes banques de nous fournir des informations chiffrées sur les clients disposant d’un patrimoine de 250.000 euros et plus et qui bénéficient d’un service personnalisé. Pour couvrir tout le secteur, elles partent donc des "personal bankers", qui s’occupent des plus petits clients, pour aller jusqu’aux équipes de "wealth managers", au service des ultra-riches. BNP Paribas Fortis, KBC, ING Belgique et Belfius gèrent ensemble 281 milliards d’euros.

Cinq grandes banques privées spécialisées

Mais ces quatre grands acteurs ne sont pas seuls sur le marché. De nombreux compatriotes fortunés se tournent en réalité vers deux banques privées spécialisées: le groupe fusionné Degroof Petercam et la banque anversoise Delen Private Bank (Ackermans & van Haaren). Chacune gère plus de 30 milliards d’euros et représente près de 10% du marché, talonnant ainsi les quatre grandes banques.

Private Banking

- Les taux négatifs affectent désormais les fortunes belges

- La bataille pour 400 milliards que se livrent les banquiers privés belges

Consultez ici le PDF du magazine (24/10/2019) ou notre dossier en ligne

Ces deux banques privées ne sont cependant plus des acteurs 100% belges. Degroof Petercam possède des filiales au Luxembourg, en France, en Espagne et en Suisse, et des succursales en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie. L’empire de Delen s’étend également au Royaume-Uni (avec JM Finn) et aux Pays-Bas (sous la bannière Oyens & Van Eeghen). Elle vient également de racheter son concurrent néerlandais Nobel Vermogensbeheer.

Autre nom connu dans le secteur belge de la banque privée: Puilaetco Dewaay, qui fait partie de KBL European Private Bank (établie au Luxembourg) et se trouve indirectement aux mains de la famille royale Al-Thani du Qatar. Deutsche Bank fait également partie des institutions gérant plus de 10 milliards d’euros d’actifs. Le groupe allemand est présent dans notre pays à la fois comme banque de détail et comme banque privée pour les clients disposant d’au moins 1 million d’euros.

Si ABN AMRO se retrouve également dans cette catégorie, c’est grâce au rachat et à l’intégration de son ancienne concurrente Société Générale Private Banking Belgique, qui lui a permis de doubler sa voilure. Vu que les clients des banques privées sont relativement fidèles, les portefeuilles n’affichent pas d’importantes fluctuations, exceptées celles liées aux mouvements des marchés. La volatilité des Bourses fin de l’an dernier et cette année a d’ailleurs eu un impact important sur la valeur des actifs gérés.

Acteurs de niche

Ces cinq grandes banques privées représentent ensemble plus de 100 milliards d’euros d’actifs. Mais les riches Belges peuvent aussi s’adresser à un éventail d’acteurs de niche ou d’institutions de taille moyenne disposant du statut de banque, de société de Bourse ou de pur gestionnaire de patrimoine.

Le principal acteur de ce segment est la société néerlandaise Van Lanschot, qui gère plus de 4,5 milliards d’euros et détient donc une part de marché de plus de 1%. Le réseau d’agences de Van Lanschot se limite à une dizaine de bureaux et peut donc être étiqueté de local. Les autres gestionnaires de patrimoine sont surtout installés dans les grandes villes comme Bruxelles, Liège, Anvers ou Gand, ou se focalisent sur une région particulière.

La société néerlandaise est suivie de près par la vénérable Banque de Luxembourg, qui fêtera bientôt ses 100 printemps et qui, comme son nom l’indique, a ses racines au Grand-Duché. Notre voisin sert aussi de base au groupe Foyer, l’actionnaire de CapitalatWork. La banque française Banque Transatlantique (Crédit Mutuel) a ouvert un bureau à Bruxelles, où elle s’adresse surtout aux expatriés français. Mercier Vanderlinden est une des plus jeunes banques de la liste. Elle est née dans les années 1990, lorsque les familles éponymes ont souhaité investir elles-mêmes les produits de leurs participations.

Les Belges fortunés ont confié plus de 1 milliard d’euros à Banque Nagelmackers – qui fait partie de l’assureur chinois Anbang – à Architas (Axa Banque Belgique) et à la jeune institution Questor, créée à Roulers en 2000. Les discrètes banques privées suisses Edmond de Rothschild et Lombard Odier, ainsi que la Française CA Indosuez, font également partie de cette catégorie.

La banque familiale anversoise Dierickx Leys comptabilise, quant à elle, 777 millions d’euros d’actifs sous contrat de gestion discrétionnaire ou de conseil. Mais la valeur totale des actifs des clients se monte à plus de 2,1 milliards d’euros, explique l’entreprise.

Il ne faut pas oublier une autre banque anversoise, Merit Capital, qui après avoir été rachetée par la Britannique Duet, se lance dans la course à la croissance. Suite à l’acquisition de la société de Bourse brugeoise Weghsteen, Merit comptabilise aujourd’hui 1,5 milliard d’euros d’actifs sous gestion, mais Duet ambitionne d’atteindre 5 milliards d’euros au Benelux au cours des trois prochaines années.

Gestionnaires de patrimoine locaux

La vague de fusions et d’acquisitions devrait continuer à déferler. Le renforcement des réglementations augmente en effet les coûts de personnel et d’IT.

À en croire de nombreux banquiers privés, la vague de fusions et acquisitions devrait continuer à déferler. Le renforcement des réglementations augmente en effet les coûts de personnel et d’IT. Les taux bas et l’obligation de transparence en matière de frais bancaires pèsent en outre sur les revenus.

Si ces rumeurs de fusion refont régulièrement surface, on continue malgré tout à trouver de nombreux gestionnaires de patrimoine locaux. Des centaines de millions d’euros sont gérés par Wealtheon à Bruxelles, Value Square à Gand, Pire Asset Management à Charleroi, DDEL à Woluwe et toute une série d’autres acteurs n’ayant pas communiqué leurs chiffres. Ces acteurs, la jeune société Econopolis de Geert Noels et les sociétés historiques anversoises Van de Put et Leo Stevens ont réussi pendant des années à résister au chant des sirènes de la fusion.

©Mediafin

Lire également

Publicité
Publicité