Une touche musicale pour vos investissements

Les investisseurs ont permis aux musiciens du Brussels Philarmonic de mieux s’équiper. ©Benoit De Freine/ID

Le projet du Brussels Philharmonic qui vise à améliorer la qualité des instruments de l’orchestre éponyme grâce à des investissements privés est devenu une véritable "success story". Plusieurs banques d’affaires s’intéressent au concept.

Il y a cinq ans, Gunther Broucke, le directeur du Brussels Philharmonic a eu l’idée de proposer à des passionnés de musique d’investir pour améliorer la qualité des instruments de l’orchestre, sur base du constat que beaucoup – en particulier les cordes – étaient de piètre qualité, tout simplement parce que les musiciens ne pouvaient se permettre financièrement de s’offrir de meilleurs instruments.

"Il devient de plus en plus difficile pour la plupart des musiciens d’acquérir un instrument de qualité", explique Broucke, mettant ainsi le doigt sur la plaie. Les prix des violons ou violoncelles anciens de qualité ont bondi ces dernières années et, sauf s’ils proviennent d’un milieu aisé, les jeunes musiciens n’ont pas les moyens de s’offrir ces instruments. D’autre part, le fait de pouvoir jouer sur un instrument de qualité augmente leur motivation et améliore la qualité sonore globale de l’orchestre.

"J’avais escompté récolter 500.000 euros, mais après quatre mois, nous étions déjà à 2,7 millions d’euros."
Gunther Broucke
Directeur du Brussels Philarmonic

L’idée du Brussels Philharmonic de faire appel à des investisseurs privés a vite fait son chemin. "J’avais escompté récolter 500.000 euros, mais après quatre mois, nous étions déjà à 2,7 millions d’euros." La majeure partie de ces fonds sont issus de particuliers, le seul institutionnel étant la société flamande d’investissement PMV, pour un montant de 500.000 euros.

Il y a quatre ans, avec l’aide d’une équipe de quatre célèbres luthiers/vendeurs de violons, la Fondation Brussels Philharmonic a acheté ses premiers instruments. Depuis, 2,4 millions d’euros ont été investis dans 18 instruments: violons, violons alto, violoncelles et deux contrebasses. Parmi eux, on trouve bon nombre "d’Italiens modernes", c’est-à-dire produits par de grands luthiers italiens de la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle (comme Scarampella ou Capicchioni). Les autres proviennent d’autres pays et d’autres époques. "Nous n’achetons des instruments que chez des luthiers jouissant d’une excellente réputation internationale."

Chaque instrument est assorti d’un certificat négociable, d’une durée de cinq ans. Au cours de cette période, l’instrument est utilisé par le même musicien. Il va de soi qu’il est assuré contre tous les risques et que le musicien s’engage à en prendre grand soin, ce qui est par ailleurs toujours le cas. La fondation souhaite également personnaliser l’investissement. "L’objectif est de créer des liens entre l’investisseur, le musicien qui utilise l’instrument et l’orchestre", explique Broucke. Les investisseurs sont invités aux concerts et impliqués dans la vie de l’orchestre.

À l’issue des cinq ans, l’investisseur décide s’il souhaite recertifier l’instrument, le revendre ou le conserver à titre personnel. Si l’instrument n’est pas recertifié, la Fondation dispose d’un droit préemption. Fin novembre, tous les instruments sont réévalués par une équipe d’experts internationaux. Les résultats de l’expertise sont transmis aux investisseurs, qui disposent d’un an pour prendre leur décision. "Jusqu’à présent, aucun instrument n’a perdu de sa valeur. Certains se distinguent et deviennent de vrais champions", ajoute Broucke, le regard pétillant.

Il espère qu’un maximum d’instruments resteront dans l’orchestre. Un accord a cependant été conclu avec PMV sur la vente d’au moins un instrument, pour montrer que cette option fonctionne.

La réussite de ce projet est remarquable, en particulier si l’on pense qu’à de rares exceptions près, les investisseurs n’avaient jamais vu un orchestre de près avant de se lancer dans l’aventure. Broucke explique cet engouement par le rayonnement de l’orchestre, la visibilité du projet apportée par les médias, et le bouche-à-oreille. "Nous n’avons pas eu besoin d’organiser de road shows. Le projet s’est développé quasiment tout seul."

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Ce succès a également trouvé un écho dans l’univers des banques privées. À l’heure actuelle, des discussions sont en cours avec trois institutions financières qui ont manifesté de l’intérêt pour la présentation de ce type d’investissement de manière plus structurée. "Le financement d’un ancien violon ou violoncelle n’est pas uniquement un investissement passion, c’est aussi un investissement durable avec une plus-value symbolique", ajoute Broucke. Au moment de mettre cet article sous presse, les discussions n’étaient pas encore terminées, mais d’après le directeur, les choses avancent dans la bonne direction.

L’intérêt manifesté par les investisseurs a poussé le Brussels Philharmonic à élargir le projet à quatre nouveaux domaines. La fondation souhaite notamment acquérir davantage d’instruments pour l’orchestre, mais d’une classe supérieure, et de ce fait responsabiliser davantage les musiciens, qui pourront chercher l’instrument de leur rêve. Elle examine également la possibilité d’acheter un instrument prestigieux pour le premier violon et pour le violoncelliste solo. Le Brussels Philharmonic est également en discussion avec un orchestre partenaire wallon, une des possibilités étant de créer une fondation comparable.

Une quatrième piste concerne la création d’une sorte de fonds pour mettre des instruments à la disposition de jeunes musiciens. L’achat d’un premier instrument professionnel représente souvent un investissement lourd, qui pourrait être pris en charge par un tel fonds, à l’image de ce qui se fait déjà aux Pays-Bas et qui a fait ses preuves. L’objectif serait d’obtenir un financement de base des pouvoirs publics complété par des moyens privés collectés par le fonds. "Cela nous permettrait de mettre en place un projet profitable pour la société dans son ensemble", conclut Broucke.

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