interview

"Faire le choix du premier roman, c'est une discipline particulière"

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"Publier, partager, s’engager": voici la devise de L’Iconoclaste, maison d’édition créée à Paris voici vingt ans et qui connaît une ascension fulgurante depuis que sa directrice, Sophie de Sivry, a décidé de développer une ligne éditoriale contemporaine et pluridisciplinaire en lançant voici cinq ans une toute nouvelle collection littéraire. Cette rentrée, deux premiers romans et deux premiers récits sont au programme, dont "La vraie vie" de la nouvelliste et dramaturge belge Adeline Dieudonné. Rencontre avec les éditrices Julia Pavlowitch et Lola Nicolle.

Comment définiriez-vous votre identité éditoriale?

J.P.: Nous choisissons de ne publier qu’un petit nombre de livres par an pour proposer aux libraires et aux lecteurs une qualité permanente. Ce travail qualitatif se réalise au quotidien.

L.N.: Pour nous, l’avenir de l’édition tend vers cela: publier moins en y mettant toutes ses forces et toute sa conviction. Nous sommes en permanence à l’affût du contemporain, pour être au plus près de nos lecteurs, pour élaborer des livres qui accompagnent les gens, en prise avec leur quotidien. C’est un travail de laboratoire qu’on mène en équipe, dans tous les domaines de la vie, autant en psychologie qu’en littérature.

Comment faites-vous pour exister commercialement dans un secteur difficile?

J.P.: L’Iconoclaste a développé une stratégie de mise en commun de ses services avec l’éditeur Les Arènes. On se partage des services communs – commerce, fabrication, communication, diffusion –, ce qui nous permet d’avoir de multiples compétences et une force de vente optimale, comme un cabinet d’avocats composé de plusieurs associés. C’est ce qui nous distingue et nous offre une belle visibilité en librairie et dans les médias, notamment grâce à nos propres représentants commerciaux, qui constituent un atout précieux.

Les premiers romans, c’est une véritable obsession chez vous?

L.N.: Quand on lance une collection littéraire, il est essentiel de montrer sa capacité à découvrir de nouvelles voix! Chaque année, nous dénichons des voix fortes, qui se distinguent de ce qui existe déjà. C’est notre troisième rentrée avec un premier roman remarqué, comme "Ma reine", lauréat du Prix Femina des lycéens l’an dernier et, cette année, "Bazaar" de Julien Cabocel et "La vraie vie" d’Adeline Dieudonné.

"Faire le choix du premier roman, cela signifie être au plus près d’un projet en émergence dans la tête d’un auteur et cela satisfait notre besoin de curiosité et d’ouverture au monde."
Julia Pavlowitch
Éditrice chez L’Iconoclaste

J.P.: Faire le choix du premier roman, cela signifie être au plus près d’un projet en émergence dans la tête d’un auteur. C’est une discipline particulière qui nous correspond dans notre besoin de curiosité et d’ouverture au monde. C’est une démarche singulière, qui résonne avec une certaine actualité et se veut proche des lecteurs.

Et comment vous parviennent-ils, ces premiers romans? Quelle est votre stratégie?

L.N.: Il existe deux canaux: les envois spontanés ou la prospection. Nous recevons 15 manuscrits par jour, ce qui est énorme – uniquement par mail, ce qui est plus simple et plus démocratique –, mais nous menons aussi des recherches en certains lieux, avec certains contacts, pour dénicher de nouveaux auteurs susceptibles de nous plaire. On désire aussi décloisonner les arts et les genres littéraires – un problème très français – en proposant, par exemple, aux meilleurs auteurs jeunesse d’écrire pour les adultes, avec tout leur talent. C’est le cas du nouveau récit de l’auteure française Marie-Aude Murail qui paraît cet automne. Ces auteurs vendent des millions de livres mais sont le plus souvent cantonnés à une catégorie! Chez nous, on ne veut aucun a priori: chanteurs, peintres, dramaturges, comédiens, poètes, allons chercher les talents et sortons-les des cases! La littérature, c’est l’écriture et la vie!

La rentrée littéraire de septembre, c’est aussi une lutte pour se rendre visible?

J.P.: C’est une "opération commando" pour toute l’équipe! On publie peu de littérature en dehors de cette période car c’est le cœur battant de l’année, le moment des nouvelles voix et des grands prix. On attire aussi l’attention en tant qu’éditeur indépendant, et on effectue un travail ciblé envers la presse. Et puis, il y a notre bonne étoile!

Prix Filigranes 2018

Les 7 livres en lice

1. "La belle de Casa", d’In Koli Jean Bofane, Actes Sud

2. "La vraie vie", d’Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste

3. "Maramisa", de Vincent Engel, Les Escales

4. "Helena", de Jérémy Fel, Payot et Rivages

5. "La fin des idoles", de Nicolas Gaudemet, Tohu Bohu

6. "La rose de Saragosse", de Raphaël Jeruslamy, Actes Sud

 7. "Séquoias" de M. Moutot, Seuil

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