Les actions, reines de la Bourse

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Pour ceux qui souhaitent épargner sur le long terme, la Bourse est imbattable. Car malgré ses caprices, les vagues de panique et les accidents habituels, les actions sont le meilleur atout pour augmenter votre pouvoir d’achat.

Ces derniers jours, Wall Street bat record après record. Les marchés émergents ont retrouvé une forme olympique, et en Europe, certains indices comme le DAX allemand flirtent avec les sommets. La crise financière qui avait envoyé les Bourses au tapis en 2008 semble oubliée. Malgré tout, de nombreux épargnants hésitent encore à se lancer dans l’achat d’actions. "Je n’investis plus dans des actions, nous confiait récemment un de nos lecteurs. Car j’ai perdu trop d’argent avec Lernout & Hauspie, Dexia et Fortis. J’ai été pratiquement ruiné."

Si vous investissez en actions, vous pouvez en effet perdre de l’argent, car vous devenez copropriétaire d’une entreprise. Lorsque les affaires vont bien, vous en profitez grâce à la hausse du cours et à la distribution de généreux dividendes. Mais vous prenez aussi des claques lorsque l’entreprise traverse une période moins faste. Ou pire encore, si elle tombe en faillite. Les débâcles qui font de temps en temps la une des médias apportent la meilleure preuve de l’importance de la règle d’or des investissements en actions: la diversification! "Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier", dit l’adage. Il faut donc investir dans plusieurs sociétés, dans différents secteurs, et dans différents pays. Si par malheur l’une d’entre elles trébuche, vous ne perdez pas tout.

Rendement réel annuel de 5,1% à long terme

Pour ceux qui sont patients et qui ne paniquent pas à la moindre turbulence, les marchés d’actions offrent de loin les meilleurs rendements. Les professeurs Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton de la London Business School mènent depuis des années des recherches sur les rendements à long terme de différents actifs depuis 1900, et dans 23 pays. Les périodes comme la Grande Dépression, les deux guerres mondiales et les révolutions sont donc intégrées dans leurs chiffres. Les actions sortent de loin gagnantes, avec un rendement annuel réel de 5,1%, en tenant compte de l’inflation. Au cours de la même période, les obligations d’Etat ont rapporté 1,8% par an, et l’épargne traditionnelle à peine 0,8%.

"Ceux qui ont investi à Wall Street de manière diversifiée ont doublé leur pouvoir d’achat tous les dix ans." Jeremy siegel

D’autres études historiques arrivent aux mêmes conclusions. Le célèbre professeur Jeremy Siegel de l’Université de Pennsylvanie a réalisé le même exercice pour la Bourse de New York. Il faut se rappeler que les Etats-Unis sont le marché d’actions le plus prospère au monde. En 1900, les entreprises américaines représentaient 15% de la valeur boursière mondiale, aujourd’hui, ce chiffre est de 53%. L’importance de la Bourse de Bruxelles est passée de 3,5% au début du siècle dernier – lorsque la Belgique était encore une grande nation industrielle et installait des lignes de trains et de tramways dans le monde entier – à moins de 0,5% aujourd’hui. Ces deux derniers siècles, les actions américaines ont rapporté – en cas de réinvestissement des dividendes – en moyenne 7% par an. "Ceux qui ont investi à Wall Street de manière diversifiée ont doublé leur pouvoir d’achat tous les dix ans", conclut Jeremy Siegel.

Il est vrai qu’il faut parfois attendre longtemps avant de revoir la couleur de son argent. Sur Wall Street, la plus longue période de rendement négatif a duré 16 ans. La France a connu une période de 53 ans sans gains boursiers. En résumé, les leçons que nous pouvons tirer sont: diversifiez vos investissements sur le plan géographique, et jamais avec de l’argent dont vous aurez besoin à brève échéance. Le XXIe siècle, qui a déjà connu trois krachs boursiers et la plus grande crise économique depuis les années ‘30, n’est d’ailleurs pas particulièrement positif pour les actions. Depuis 2000, un panier d’actions internationales n’a rapporté que 2% par an, en tenant compte de l’inflation.

Pour augmenter son rendement, il faut de préférence miser sur le bon cheval. Ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de s’occuper de leurs placements ou qui ne disposent pas d’un montant suffisant pour investir dans différentes actions, peuvent se tourner vers les fonds d’actions ou les trackers, qui répliquent un indice boursier. Un holding permet également de bien se diversifier (cf. le deuxième article de notre série). Mais pour de nombreux investisseurs, sélectionner les actions peut se révéler une expérience passionnante, enrichissante, et même gratifiante lorsque leur investissement s’avère être le bon.

Comment sélectionner la bonne action?

Mais comment faire pour disposer de suffisamment d’informations et de connaissances pour sélectionner "la" bonne entreprise? Tout d’abord, vous devez vous informer sur ses activités, ses concurrents, et ses antécédents. Via des newsletters spécialisées, les journaux et les sites internet, vous pouvez déjà apprendre beaucoup de choses. Vous pouvez aussi décider d’investir dans les entreprises que vous connaissez. Peut-être trouve-t-on de bonnes entreprises dans le secteur dans lequel vous travaillez? Et vous faites peut-être vos courses chez Colruyt, Ahold Delhaize ou Carrefour? Vous buvez de temps en temps une bière d’AB InBev , Haacht ou d’un brasseur étranger connu? Vous aimez probablement les biscuits Lotus, vous allez voir un film à Kinepolis , ou vous en louez un chez Telenet ou Proximus ?

Si vous êtes actionnaire d’une de ces sociétés belges, vous pourrez en apprendre davantage en vous rendant aux assemblées générales, une occasion idéale pour passer une journée en tant qu’investisseur. Cela exige un peu de travail, mais vous pouvez rencontrer le management, et la plupart du temps, vous êtes invité à un cocktail après l’assemblée.

Pour choisir une action, il est néanmoins recommandé de passer au crible quelques critères financiers. Car si son action est trop chère, même la meilleure entreprise pourrait se révéler être un placement médiocre. La plupart des investisseurs commencent par examiner le ratio cours/bénéfice, qui compare le prix de l’action au bénéfice par action: moins vous devez payer pour obtenir ce bénéfice, meilleur marché est l’action. L’indice Bel 20 – qui reprend les 20 principales actions de la Bourse de Bruxelles – cote à 16 fois les bénéfices estimés pour cette année, soit un peu plus que sa moyenne historique.

Cela ne signifie pas que vous deviez choisir systématiquement les entreprises les "moins chères", car elles le sont souvent pour de bonnes raisons. Par exemple, le bénéfice peut être momentanément supérieur à la moyenne parce que l’entreprise est active dans un secteur très cyclique, comme le transport maritime ou les matières premières. L’entreprise – ou l’ensemble du secteur – s’attend peut-être à devoir faire face à des vents contraires, comme l’échéance de brevets pour une entreprise pharmaceutique ou l’émergence d’une nouvelle technologie concurrente.

L’action la moins chère de la Bourse de Bruxelles est la Banque nationale de Belgique, mais il faut savoir que l’Etat belge rafle la majorité des bénéfices et que les petits actionnaires ne sont pas traités de manière équitable. Le numéro deux, Campine , dépend fortement des cours des métaux. Le numéro trois, Agfa-Gevaert , croule sous ses obligations en matière de pension, qui devraient absorber une grande partie des bénéfices futurs. Un ratio cours/bénéfice élevé ne signifie pas nécessairement qu’une action est trop chère, car il ne tient pas compte de la croissance. Des entreprises comme Melexis , qui fabrique des puces électroniques pour le secteur automobile ou les géants internet comme Facebook, Amazon et Google , affichent un ratio cours/bénéfice élevé, mais sont malgré tout appréciées par les analystes.

Ce ratio ne donne pas davantage d’indications sur l’endettement de l’entreprise. Pour cela, il faut étudier le ratio EV/ebitda, qui compare la valeur de l’entreprise (Enterprise Value, soit la valeur boursière + l’endettement net) au cash flow opérationnel (Ebitda). Plus ce ratio est faible, meilleur marché est l’action. Le Bel 20 affiche un ratio EV/Ebitda assez sain de 10,3. Moury Construct est, selon ce ratio, l’entreprise la moins chère de Bruxelles, mais le groupe de construction wallon comprend aussi non loin de 75% de liquidités. Les entreprises de télécoms se classent assez bien grâce à leurs cash flows généreux et relativement prévisibles. Il faut malgré tout rester prudent: les entreprises moins florissantes et plus risquées comme Nyrstar (zinc) ou Fountain (boissons chaudes) semblent bon marché sur base de ce ratio, à côté d’entreprises aux bilans très sains comme le fabricant de bouteilles en PET Resilux ou le holding D’Ieteren.

Rendement du dividende

Il est donc indispensable d’effectuer une analyse multicritères. L’analyse du rendement du dividende peut aussi être intéressante. Alors que Nyrstar et Fountain n’ont pas les moyens de payer un dividende – à savoir la partie des bénéfices qui est redistribuée aux actionnaires – c’est pratiquement garanti chez Resilux ou D’Ieteren. "A long terme, les dividendes que vous réinvestissez représentent plus de la moitié du rendement des actions", estime le professeur Paul Marsh. Les entreprises qui ne redistribuent qu’une partie limitée de leurs bénéfices ne seront pas obligées de le réduire pendant les années de vaches maigres. Par contre, avec les entreprises qui distribuent la totalité de leurs bénéfices à leurs actionnaires – voire même davantage – le paiement d’un dividende n’est pas toujours garanti.

Ceux qui misent avant tout sur les dividendes devraient avoir quelques sociétés immobilières en portefeuille. Ces sociétés sont les favorites des "amateurs de coupons" à Bruxelles (voir notre article de la semaine dernière). Mais les entreprises affichant des flux de trésorerie élevés telles que Proximus, Ageas , Elia , bpost, AB InBev ou Solvay conviennent également pour un portefeuille à dividendes. Le Bel 20 génère un rendement du dividende de 3,6% brut. Après les 30% de retenue à la source, il reste encore 2,5% nets.

Ces rendements du dividende contrastent violemment avec le maigre intérêt (0,11%) que rapporte un compte d’épargne, et montre que les Belges qui sont allergiques aux risques et préfèrent la sécurité d’un compte d’épargne, passent à côté de belles opportunités de faire croître leur capital. Il est impossible de savoir quel est le meilleur moment pour commencer à investir en Bourse. C’est un fait que le marché boursier est plus cher aujourd’hui. Par ailleurs, la dernière correction est déjà loin derrière nous, ce qui laisse penser que nous nous rapprochons d’une nouvelle période de turbulences. Mais les corrections sévères sont aussi de bonnes occasions d’investir. Vous achetez la même action à un prix inférieur, alors que le moteur économique ne montre encore aucun signe de fatigue. Assurez-vous cependant que votre portefeuille comprend des entreprises robustes, qui affichent un beau palmarès, un bilan solide et un dividende honorable. Il est acceptable d’investir dans des petites entreprises ou dans des sociétés actives dans des secteurs très risqués comme les biotechnologies, mais dans ce cas, il vaut mieux limiter votre investissement. Car un accident est vite arrivé.

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