Catherine D'Hondt (UCLouvain): "Être très actif sur les marchés actions n'est pas synonyme de meilleure performance"

©AFP

Professeure de finances à l’UCLouvain, Catherine D’Hondt a analysé des informations anonymisées concernant les participants du Rallye Boursier et leur portefeuille. Et elle en a tiré des conclusions sur leur comportement.

Suite à l'analyse des données des participants au Rallye Boursier entre le 16 novembre et le 9 décembre, Catherine D’Hondt, professeur de finance à la Louvain School of Management (UCLouvain), a constaté un premier résultat atypique par rapport aux conditions d’investissement réelles: "Sur tous les ordres introduits par les participants, j’ai recensé 87% d’ordres au marché et 13% d’ordres à cours limité, là où les investisseurs ont tendance à privilégier des ordres à cours limité dans la vie réelle afin de garder une maîtrise du prix", indique-t-elle. Elle explique cette différence par le contexte concurrentiel du Rallye Boursier.

Sur la période étudiée, plus de 217.000 transactions ont été effectuées pour un volume monétaire de plus de 694 millions d’euros"Le nombre d’actions traitées est en moyenne de dix par participant contre deux pour les fonds d’investissement", pointe la professeure de finance.

Les investisseurs vont généralement privilégier les actions de leur pays (...). Les participants les plus sujets à ce biais affichent d’ailleurs de moins bonnes performances.
Catherine D’Hondt
Professeure de finance à la Louvain School of Management

Les actions belges en tête des transactions

Catherine D'Hondt, professeur de finance à l'UCLouvain, a analysé les données du Rallye Boursier afin d’identifier certains biais comportementaux typiques des investisseurs boursiers. ©doc

En termes d'origine des actions les plus traitées, la Belgique arrive en tête. Pas moins de 42% des transactions en actions concernent des actions belges, alors qu’elles ne représentent que 26% des actions disponibles.

"C’est un premier indice du biais domestique qu’on appelle aussi biais national. Il traduit le fait que les investisseurs vont généralement privilégier les actions de leur pays, c’est un biais établi dans la littérature et qui est fréquent. Les participants les plus sujets à ce biais affichent d’ailleurs de moins bonnes performances", explique notre analyste, qui ajoute que 90% des transactions en actions concernent quatre pays (Belgique, États-Unis, Pays-Bas et France).

Le portefeuille d’actions a tendance à être sous-diversifié d’un point de vue géographique, mais le participant compense en cherchant une exposition internationale via un fonds, ce qui semble assez cohérent.
Catherine D’Hondt

"C’est un résultat cohérent avec le biais de familiarité généralement observé chez les investisseurs individuels. Ils investissent souvent dans les titres qui leur sont les plus familiers, soit des actions du pays dans lequel ils résident, d’un pays à proximité et des actions américaines car elles sont très documentées dans la presse. Ce biais de familiarité est fréquent et peut engendrer une sous-diversification géographique du portefeuille d’actions", souligne Catherine D’Hondt.

Selon elle, il est toutefois compensé dans le jeu par la détention de fonds diversifiés. "Le portefeuille d’actions a tendance à être sous-diversifié d’un point de vue géographique, mais le participant compense en cherchant une exposition internationale via un fonds, ce qui semble assez cohérent."

Asit Biotech, action la plus échangée

Une transaction sur cinq concerne le secteur biotechnologique dans le Rallye Boursier. ©Bloomberg

La société belge Asit Biotech , qui a bondi au début du concours avant de chuter lourdement, est l’action qui a été la plus échangée entre le 16 novembre et le 9 décembre. Elle a compté pour 4% du total des transactions en actions, soit 7.873 actions échangées pour plus de 21 millions d’euros.

Une transaction sur cinq en actions concerne le secteur biotechnologique. Il est suivi par le secteur technologique et informatique.
Catherine D'Hondt

Elle est suivie par Kiadis et Celyad ex aequo avec 3%, puis AB InBev (2%) et Alibaba (2%). "On voit que ce top 5 ne représente que 14% des transactions. Il y a une faible concentration des transactions en actions au sein du jeu. Les participants ne sont pas tous sur les mêmes actions", pointe Catherine D’Hondt, qui indique que la concentration est plus élevée pour les fonds, "ce qui paraît logique puisqu’il y a moins de fonds disponibles dans le concours".

En termes de transactions par secteur, c’est celui des biotechs qui est le plus recherché par les participants. "Une transaction sur cinq en actions concerne le secteur biotechnologique. Il est suivi par le secteur technologique et informatique", indique notre analyste.

Biais comportementaux

Catherine D’Hondt a analysé les données afin d’identifier certains biais comportementaux typiques des investisseurs boursiers comme celui de la sous-diversification du portefeuille.

Les participants plus âgés affichent une meilleure performance.
Catherine D’Hondt

 "Les participants détiennent en moyenne entre 7 et 8 actions différentes en portefeuille. Le poids des actions belges est important et confirme le biais domestique. En complément, les participants détiennent en moyenne 2 à 3 fonds. Leur portefeuille est donc plus diversifié que ce qu’on retrouve dans la littérature scientifique qui étudie des bases de données d’investisseurs individuels réels. En général, l’investisseur moyen réel détient de 3 à 5 actions différentes", explique-t-elle.

Un second biais étudié est celui de la surconfiance des investisseurs, révélé par leur tendance à échanger trop souvent de gros volumes au détriment de leur performance. "Le turn-over moyen (le nombre de fois où le portefeuille est renouvelé, NDLR) est important: 1/5e du portefeuille est échangé chaque jour… mais cette valeur est influencée par le démarrage du Rallye Boursier car il a fallu se constituer un portefeuille", indique Catherine D’Hondt.

Elle a également étudié certains facteurs permettant d’expliquer la performance des participants à ce stade de la compétition. "Il existe une relation positive entre l’âge du participant et sa performance: les plus âgés affichent une meilleure performance. C’est assez cohérent, c’est lié à l’expérience."

 Il existe également un lien positif entre la performance et le nombre de connexions, ou la participation au quizz ou encore le taux de réussite au quizz. Les investisseurs les plus actifs sur ces trois critères affichent généralement une meilleure performance. 

Les participants qui réalisent le plus de transactions en actions affichent un moins bon rendement que les autres, alors que ceux qui font le plus de transactions en fonds obtiennent un meilleur rendement.

Évitez trop de transactions en actions

Enfin, ceux qui réalisent le plus de transactions en actions affichent un moins bon rendement que les autres, alors que ceux qui font le plus de transactions en fonds obtiennent un meilleur rendement. "Ces résultats semblent cohérents avec la littérature scientifique qui documente le fait que les investisseurs qui traitent beaucoup n’affichent pas nécessairement de meilleure performance", explique la professeur de l’UCLouvain.

Lire également

Publicité
Publicité