La Wallonie, terre de rap (ou pas)

©Laurence Vander Elstraeten

Il a la cote, "notre" rap. Pourquoi? Comment? À quoi ressemble actuellement cette scène? Mode passagère? Tout au long de cette semaine, en quatre épisodes, L’Echo vous brosse un petit tableau de ce paysage musical qui a bien changé depuis les années 90.

Vue de l’extérieur, on peut penser qu’elle fourmille moins que la scène bruxelloise, la wallonne. Et d’ailleurs, y en a-t-il seulement une, où se croiseraient par exemple régulièrement les Namurois de Ligne 81 et les Liégeois Hexaler ou Ledé Markson? Ce qui est sûr par contre, c’est qu’en Wallonie aussi, on peut en écouter partout, de Mons à Andenne, dans les salles comme les festivals, certains même réservant le gros de leur affiche aux "musiques urbaines".

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À Liège, où les anciens de Starflam sont toujours actifs, des concerts au KulturA à ceux du Reflektor en passant par les soirées hip-hop d’Urban Ardent, l’offre n’est pas négligeable. Encore moins quand on s’aperçoit que les Ardentes, "ze" festival liégeois, s’y consacre essentiellement. Tête d’affiche belge cette année, entre les grands noms français et américains: Damso! En 2017, il était à Dour, où le rap s’est taillé une large place depuis belle lurette: ça ne changera pas en juillet prochain.

Starflam - La Sonora

Et à Esperanzah? On annonce les premiers noms de l’édition 2018, parmi lesquels… Roméo Elvis! "On aime vraiment son univers un peu décalé, commente Jean-Yves Laffineur, le programmateur, et je sais que ça correspond à celui de nos festivaliers. Mais à Esperanzah, on n’aura jamais de rap bling bling, ou qui met en avant des valeurs qui ne nous correspondent pas."

"On a toujours programmé des artistes rap, et dans la veine du ‘rap conscient’… Des artistes qui font bouger les consciences, c’est ça l’idée!"
Jean-Yves Laffineur
Programmateur, festival Esperanzah!


Sur les hauteurs de l’abbaye de Floreffe, on a déjà aussi eu l’occasion d’entendre, parmi les Belges, un Scylla, un Mochélan, le duo Caballero & JeanJass"On a toujours programmé des artistes rap, reprend Jean-Yves Laffineur. Notamment dans la veine de ce qu’on appelle le rap conscient. Des rappeurs, des artistes qui font bouger les consciences, c’est ça l’idée!"

Mochélan, parlons-en! Juste avant que Charleroi ne devienne "le nouveau Berlin", et avant que lui ne marie rap et théâtre dans "Nés poumon noir", il rappait/slammait un véritable hommage à sa cité. "On est une ville d’ouvriers/Une ville de travailleurs/Une ville dépouillée/Mais pas une ville de pleurnicheurs", dit-il ainsi dans… "Notre ville". Laquelle reste par ailleurs le berceau de Back In The Dayz, interlocuteur incontournable parmi les structures les plus en vue de la scène d’aujourd’hui. Laquelle héberge aussi le Rockerill, théâtre de l’Uzine Festival. Ou encore une plateforme culturelle comme Le Vecteur, qui ouvre également ses portes à des artistes en résidence.

Mochélan ZOKU // L'ENVERGURE

Ces derniers mois, on y a vu passer Le 77, Zwangere Guy"On scrute, on écoute, commente Rémy Venant, le programmateur du Vecteur. On découvre une tendance croissante, un public qui s’exalte au premier rang (des Internets, aussi) et des programmateurs de grosses machines qui s’embrasent en arrière-plan. Et on essaie de comprendre. La bande à Cabba, Roméo, Motel et consort: pas pour nous! À Charleroi, l’Eden prend le pas, c’est très bien vu et très bien comme ça. On ne marchera pas sur leurs plates-bandes."

Punk dans le crâne, hip-hop dans la démarche

Comment se positionner dès lors? Attirer du public tout en répondant à sa mission qui est de se focaliser sur la création émergente? "En allant voir ceux qui, en matière de notoriété (et de cachet, ne nous mentons pas) tapent juste en dessous tout en conservant une identité tout aussi béton, ceux qui restent punk dans le crâne mais hip-hop dans la démarche."

©Alexandre Van Battel

 Bref, au Vecteur, on écoute la "Macarena" de Damso au bureau, mais on envoie des mails à Zwangere Guy, Blu Samu, le Dé, Le 77

"On cause résidence. Tout le monde s’y retrouve à un moment ou à un autre. Les Choolers ont justement besoin d’une résidence pour reprendre certaines choses à zéro, Stikstof voudrait tenter du neuf et utiliser notre infrastructure pour enregistrer de nouvelles compositions, avant de s’envoler pour l’AB en mars prochain… En soi, le Vecteur ne fonctionne pas comme beaucoup d’autres salles. Le sold-out n’arrive que rarement, l’équilibre budgétaire sur une soirée non plus. Nous sommes missionnés aussi pour prendre des risques. Du coup, face au phénomène hip-hop à la belge actuel, l’idée d’un soutien à la création, de résidences et de deal plus D.I.Y. que contractuels sont rapidement devenus des évidences. Et franchement, on s’est rarement autant marrés au 30 rue de Marcinelle."

Ledé Markson: "Chacun amène son univers"

Pas de festival qui se respecte sans rap, donc. Et même quand on propose une formule aussi originale qu’aux Aralunaires d’Arlon, où les concerts ont lieu un peu partout dans la ville. Cette année, entre les Girls In Hawaii, Arno en version Tjens Matic et Angèle, par exemple, on note la présence du Liégeois Le Dé. Ou Ledé Markson, avec un D comme dans Damien…

©Laurence Vander Elstraeten

Début 2017, celui-ci se manifestait avec l’album "Napalm", sur lequel il ne se contente pas de rapper mais où il assure aussi la moitié des productions musicales. C’est qu’il fait plutôt partie des touche-à-tout. "Quand on dit Le Dé, nous expliquait à l’époque celui qui apprécie la richesse d’écriture d’un Damso, les gens pensent d’abord au rap, pas encore assez aux instrus." Au-delà, il assure: "Tout le monde peut faire du rap. Le rap est une manière de s’exprimer."

LE DÉ - MOMENTUM


S’il aime rappeler qu’il "représente" Liège, il n’a pour autant aucun mal à critiquer sa ville. Ou voir plus loin: "Mon objectif n’est pas de me cantonner à la Belgique, même si je respecte, parce que c’est mon pays et que c’est de là que je viens. Si je dois avoir du succès, ça commencera peut-être par ici, mais comme on dit aussi, il faut d’abord avoir du succès en France ou à l’étranger pour que la Belgique commence à te reconnaître."

Damien a fait du chemin depuis son premier projet solo en 2016. Et il s’est, lui aussi, ouvert aux collaborations. Sur son ep "Delta. plane", on entend ainsi "Swing", de L’Or Du Commun (et en solo, depuis peu). "Ce qui me plaît le plus dans une collaboration, c’est la musique. Apporter de la diversité dans un projet, de sorte que ce ne soit pas tout le temps ma voix qu’on entend. C’est une manière aussi de présenter un autre artiste à l’auditeur, de lui dire que je l’ai invité sur mon projet parce que je l’apprécie, j’apprécie sa personnalité, son flow, son écriture, le personnage… C’est comme si je partageais sur Facebook la vidéo d’un type que j’aime bien. Le mettre sur un projet est encore plus fort, symboliquement: chacun amène son univers, c’est une invitation et un partage."

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