Vlaamse hiphop? Nu goed genoeg!*

©Martin Gallone

Il a la cote, "notre" rap. Pourquoi? Comment? À quoi ressemble actuellement cette scène? Mode passagère? Tout au long de cette semaine, en quatre épisodes, L’Echo vous brosse un petit tableau de ce paysage musical qui a bien changé depuis les années 90.

*Le hip-hop flamand? Maintenant, ça passe!

Pendant l’été 2016, dans les pages néerlandaises du magazine Vice, on se penchait sur la scène rap du nord du pays. Constat, à l’époque: elle existe, mais elle a du retard. Dû, selon le journaliste, au fait que chaque protagoniste a alors tendance à vivre dans son petit monde. Et de mentionner NoMoBS à Anvers, Brihang à Knokke (!), Woodie Smalls à Saint-Nicolas ou encore Stikstof à Bruxelles, ces derniers étant les seuls selon lui à réussir à accrocher le public francophone malgré des textes dans l’idiome de Vondel. "Le problème, expliquait-il, c’est que la Belgique n’a pas une grande scène nationale, mais plusieurs petites. Une à Gand, une à Anvers, Bruxelles, Genk… Elles se croisent rarement, et c’est en grande partie dû à la langue."

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Coely et ses trophées lors des MIA's ©BELGA

 Pas terrible, en somme. Et encore: là, on venait déjà de loin, de février 2012 quand nos collègues du Standaard s’étaient quelque peu fait remarquer avec un papier intitulé "Vlaamse hiphop? Sorry, niet goed genoeg."

Nous sommes en 2018 et… il n’en est plus tout à fait de même. Les bons vieux ‘t Hof Van Commerce d’Izegem ou De Jeugd Van Tegenwoordig n’ont pas beaucoup plus d’impact hors de leur territoire qu’à la fin des années 90, mais le "gamin" Woodie Smalls, qui rappe en anglais comme un vrai Américain, a eu le temps d’exploser, avec ses accents boombap joyeusement old school. C’est aussi sur cette scène flamande, et en anglais également, qu’on a vu arriver des filles aussi douées que Blu Samu (lire ci-contre) et Coely. Cette dernière ayant même déjà réussi à convaincre un public plus mainstream tout en rappant aux côtés de garçons nettement plus hardcore sur la fameuse vraie/fausse bande originale du film "Tueurs" de François Troukens.

Coely - Don't Care ft. DVTCH NORRIS

Il y a quelques semaines, elle a en outre décroché deux MIA’s, les trophées de "l’industrie musicale" en Flandre, l’un dans la catégorie "Artiste féminine" où elle était nommée pour la troisième fois, et l’autre dans la toute nouvelle catégorie "Urban", devant… Roméo Elvis et Zwangere Guy (on y revient dans quelques lignes). Entre parenthèses, et sans vouloir donner dans le commentaire sexiste, quand les femmes s’y mettent, ça fait des étincelles. À Anvers, le concert qui réunira en avril Coely, Blu Samu et Black Mamba, la djette de Saint-Nicolas, est tellement sold out qu’une deuxième date a dû être ajoutée!

D’Anvers ont débarqué Darrell Cole, TheColorGrey et Dvtch Norris. Et le nord du pays a désormais aussi ses phénomènes. Tel l’Alostois Wawa, 17 ans, qui cite Hamza parmi ses artistes belges préférés. Tel Esam Elgizi et son "My game", en anglais donc, illustré par un clip bien bling-bling qui a passé le cap des 830.000 vues sur YouTube. Juste un peu plus que le nombre de followers qu’il compte sur Instagram… À Mol comme ailleurs, on n’attend plus qu’une structure officielle se mette en place, on saisit sa chance quand elle se présente, réseaux sociaux à l’appui.

"C’est aussi sur cette scène flamande, qu’on a vu arriver des filles aussi douées que Blu Samu et Coely qui font régulièrement sold out."

Exception notable dans ce paysage: Stikstof, qui s’est installé comme le groupe de rap néerlandophone de la capitale. Et, issu de ce quintet, Gorik Van Oudheusden alias Zwangere Guy joue les jeteurs de ponts, les ambassadeurs du genre auprès de ses collègues francophones à Bruxelles ou en Wallonie. Il y a quelques années, de la même manière que "rap belge" faisait marrer en France, "rap en flamand" ne suscitait que des sourires en francophonie. Aujourd’hui, quand on écoute son "Santo" et ses rimes qui claquent, on peut changer d’avis. À quand un morceau bilingue? C’est déjà fait. En 2015, Stikstof et Roméo Elvis jouaient les gangstas sur "Dobberman" ("J’ai la fièvre, mec, j’ai les krankers").

Zwangere Guy - Suave G ft. Le Motel

Si les francophones ont encore un peu de mal avec le néerlandais, le contraire paraît moins vrai. Studio Brussel, surfant sur la vague, sort une double compilation mitonnée par l’incontournable Lefto: 44 titres, dont un bon paquet en français (Isha, Convok, La Smala, Veence Hanao, Roméo Elvis…). Et en attendant, Poppunt, l’ASBL qui œuvre au développement de la scène musicale en Flandre, consacre des pages de son magazine à Thomas Duprel alias Akro, pilote de Tarmac, le player 100% hip-hop lancé en 2017 par la RTBF. Ou à… devinez qui? Roméo Elvis, mais oui!

Blu Samu: "J'adore la poésie et le rythme du rap"

Avec ses camarades du 77 (à retrouver ce vendredi, en clôture de notre série sur le rap belge), elle a loué pour quelques jours un Airbnb dans la région d’Andenne. Blu Samu, ou Salomé, est en résidence et travaille en leur compagnie sur de nouveaux morceaux. Moitié old school, moitié actuels. Mais elle réside désormais à Bruxelles! "On peut un peu tricher, s’amuse-t-elle. Parce que je viens de Flandre, où je suis arrivée à six ans. Ma première chanson, c’était là-bas, aussi. Mais musicalement, j’ai déjà plus de souvenirs liés à Bruxelles que j’en ai par rapport à Anvers."

©Martin Gallone

Anvers, raconte la jeune femme d’origine portugaise, était un peu limité quant à ceux avec lesquels elle pouvait collaborer. "Ceux qui étaient un peu dans la même vibe que moi. Et puis, il y a le fait d’être une fille." Avec son ex, "ça a bien cliqué", explique-t-elle. Et ça a donné de manière un peu inattendue mais spontanée "blindé" de musique. Oui, Salomé dit "blindé". Op haar Frans, genre!

"J’ai aussi rencontré d’autres gens, d’autres cliques, qui faisaient aussi de la musique mais qui étaient moins accessibles que ça peut l’être à Bruxelles, j’ai l’impression." C’est là que les garçons du 77 entrent en scène. "Je les connaissais via un pote. J’ai trop kiffé ce qu’ils faisaient, eux ont aussi un peu kiffé mes vibes. On a essayé des morceaux ensemble et ça donnait trop bien! Du coup, j’ai eu envie de travailler avec eux, et je leur ai demandé pour partager leur colocation, c’était plus simple."

Chez Blu Samu, rap et soul se mélangent pour le moins harmonieusement. Elle hésite: "Je ne sais pas ce qui est venu en premier. J’ai toujours chanté, depuis toute petite, j’écrivais déjà des chansons… Donc, ça doit être d’abord la soul. Mais il me manquait quelque chose quand je chantais. Ce n’était pas exactement ce que je cherchais. À 19 ans, j’ai écrit mon premier texte de rap et j’ai trouvé ça hypercool, parce que j’adore la poésie et le rythme." Qui se retrouvent tous deux dans le rap. Et ça, elle a totalement… kiffé!

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