Kabila dément bloquer les douze militaires belges

©Photo News

Le gouvernement congolais nie retenir douze soldats de l'armée belge dans l'est de la République démocratique du Congo. Il dénonce une "pression" de la Belgique sur les autorités de Kinshasa, rajoutant une couche dans la querelle diplomatique que se livrent les deux pays.

"Il n'y a pas de soldats belges bloqués ici, ce sont des bêtises", affirme Lambert Mende Omalanga, le porte-parole du gouvernement congolais au site indépendant d'informations Actualité.cd, précisant que les 12 militaires belges "veulent partir avec leur matériel. Et pour ce faire, ils veulent que cinquante de leurs compatriotes viennent transporter ces matériels parce que les Congolais ne peuvent pas les transporter de l'entrepôt vers l'avion. Nous refusons de donner le visa à cinquante Belges. On ne comprend pas pourquoi il faut donner le visa à cinquante Belges juste pour qu'ils viennent transporter les matériels.

Qui sont ces 12 militaires?

12
Au total, douze militaires, dont une infirmière, sont bloqués à Kindu, avec comme mission de "garder le matériel", selon l'expression du chef adjoint des opérations en cours à l'état-major de la Défense, le lieutenant-colonel Stefaan Schoenmaekers.

Douze militaires belges sont coincés à Kindu, dans l'est de la République démocratique du Congo) depuis plusieurs semaines. Les Belges détiennent avec eux du matériel sensible que les Congolais souhaiteraient conserver, a rapporté jeudi dernier le journal télévisé de RTL-TVI.

Selon des membres des familles des soldats qui se sont confiés à RTL, les autorités congolaises leur refusent l'autorisation de sortir du territoire. La défense aurait tenté d'envoyer un avion français et espagnol pour les récupérer mais la RDC leur aurait interdit son espace aérien, nouveau signe de la détérioration des relations bilatérales. Pour rappel, la coopération militaire belgo-congolaise avait été interrompue brutalement le 14 avril dernier par le régime de Kinshasa après des critiques du ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, sur le choix du nouveau Premier ministre congolais, Bruno Tshibala.

Pourquoi la Belgique est à Kindu?

Départ, en avril 2013, de soixante militaires du 3ème Bataillon Parachutiste pour une mission de formation à Kindu en République Démocratique du Congo. ©Photo News

L'armée belge maintient depuis des années une présence à Kindu, au sein du camp Kasuku, situé dans l'enceinte de l'aéroport de cette ville, chef-lieu de la province du Maniema. Il abrite un petit contingent déployé dans le cadre du Programme de Partenariat militaire (PPM) belgo-congolais et est équipé de quelques camions Unimog et de jeeps Iltis, ainsi que de matériel de transmission sophistiqué, "une partie donc du matériel sensible".

Des exercices impliquant les militaires belges lors de la formation d'un bataillon congolais ©Jef Boes

A Kindu, des instructeurs belges ont formé depuis 2008 la 31ème brigade des Unités de réaction rapide (URR), une unité d'élite des Forces armées de la RDC (FARDC) composée de trois bataillons commandos, d'un état-major de brigade et d'une compagnie de génie de combat. L'armée y a aussi participé aux projets de construction de logements pour les familles des militaires congolais. Un financement la Coopération au développement belge avait notamment contribué à ce projet.

Pour sortir de la crise

A l'heure actuelle, l'armée belge a préparé un "plan détaillé de redéploiement" de son personnel et de son matériel présent en RDC, mais sa mise en œuvre a été fortement contrariée par l'interdiction de vol imposée durant près de deux mois aux avions de transport C-130 Hercules - dont un a été bloqué à Kindu avant de pouvoir gagner Brazzaville, la capitale du Congo voisin.

Les douze militaires retenus auraient encore environ quinze jours de ravitaillement, selon RTL. Et le gouvernement ne semble pas se précipiter pour régler la situation. Selon Lambert Mende, qui est également ministre de la Communication et des Médias, son gouvernement ne pas "accorder le visa à cinquante personnes inconnues qui veulent entrer dans notre pays rien que pour faire un travail de manutention, c'est-à-dire transporter les caisses vers un avion? Pour cela, il faut donner le visa à cinquante personnes? Non. Nous leur avons dit vingt personnes, ça va.

L'issue de ce "marchandage" donnera à coup sûr une indication sur l'humeur des rapports entre les deux pays.

Kabila s'accroche au pouvoir 

La RDC traverse une crise politique profonde, aggravée par le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat s'est terminé le 20 décembre 2016.

Agé de 46 ans, le président Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter. Il se maintient à la tête du pays en vertu d'une décision controversée de la Cour constitutionnelle, entérinée par l'accord signé le 31 décembre dernier entre la majorité et l'opposition. Outre l'organisation des élections en décembre 2017, ce compromis prévoyait la nomination d'un Premier ministre issu de l'opposition pour diriger un gouvernement d'unité nationale.

Ce Premier ministre, Bruno Tshibala, a déclaré samedi dernier que le "cap est mis" sur les élections, sans préciser de date. La Commission électorale (Céni) a indiqué que les violences au Kasaï retardent le recensement complet des quelque 45 millions d'électeurs potentiels. Un haut responsable de l'ONU a rencontré lundi à Kinshasa une délégation du gouvernement pour étudier les moyens d'aller rapidement vers des élections.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés