portrait

L'architecte d'une transition pacifique

Les bons offices de l’Église catholique congolaise ont payé. Marcel Utembi et les évêques congolais ont obtenu de la classe politique un accord qui dessine les contours d’une transition pacifique. Mais l’édifice est fragile.

La partie n’est pas terminée, mais l’Église catholique congolaise a remporté une manche essentielle. Réunir dans ses locaux du centre interdiocésain de Kinshasa les représentants des principales factions politiques du pays n’était déjà pas une sinécure. Les mettre d’accord sur les termes d’une transition de pouvoir pacifique paraissait hors d’atteinte il y a quelques semaines à peine. Les évêques, réunis autour de Mgr Marcel Utembi, président de la conférence épiscopale congolaise (Cenco), seront au moins parvenus à cela. Avec l’aide du Vatican, dont le nonce apostolique – un proche du pape François – a menacé les négociateurs de mettre un terme aux bons offices de l’Église. La pression a fonctionné, l’accord est signé. Mais les évêques savent que la suite sera un parcours d’obstacles.

Le profil
  • Né en 1959.
  • Il est ordonné prêtre en 1984.
  • En 2001, le pape Jean-Paul II le nomme évêque de Mahagi-Nioka (Nord-Est).
  • En 2008, Benoît XVI lui confie la tête de l’archidiocèse de Kisangani.
  • En juin 2016 il devient président de la conférence épiscopale du Congo.

Samedi, le clan de Joseph Kabila et le gros de ses opposants se sont accordés sur les contours d’une transition politique. Le Président congolais, qui aurait dû passer la main le 19 décembre pour se conformer à la Constitution, devrait rester au pouvoir un an de plus. En attendant l’organisation d’élections présidentielle, législatives et provinciales, le chef de l’État, qui règne sur le Congo depuis quinze ans, devra composer avec un Premier ministre issu de l’opposition. Une cohabitation aussi historique que périlleuse.

Le travail de médiation de Marcel Utembi est loin d’être terminé. D’abord parce que l’accord conclu samedi laisse plusieurs portes ouvertes. Aucun calendrier n’a été établi pour déterminer l’entrée en vigueur de l’accord ou l’entrée en fonction du futur Premier ministre. Un Comité national de suivi de la transition (CNT) doit être mis en place, qui devrait être présidé par l’opposant historique Etienne Tshisekedi, mais ses modalités de fonctionnement ne sont pas définies. Selon Mgr Utembi, "au mois de mars, le Parlement adoptera une loi qui va l’instituer et l’organiser comme institution d’appui à la démocratie". Dont acte. Enfin, l’accord prévoit la libération des prisonniers politiques et le retour d’opposants exilés. Les évêques ont présenté une liste de 252 personnes à libérer. Reste à voir ce que les autorités en feront. Et en particulier le sort qu’elles réserveront à Moïse Katumbi, l’un des rivaux les plus crédibles de Joseph Kabila, sous le coup de poursuites judiciaires.

©Jonas Roosens

Pas de consensus

L’incertitude sur chacun de ces éléments fragilise d’autant plus que toute l’opposition congolaise ne s’est pas ralliée à l’accord de la Saint-Sylvestre. Eve Bazaiba, une figure anti-Kabila, a notamment refusé de signer ce qu’elle considère comme un "partage du pouvoir négocié en toute opacité". Et c’est "entre autres pour cela", a indiqué le porte-parole de la majorité présidentielle "que nous avons signé sous réserve".

Lambert Mende, ministre des Médias et cadre du gouvernement, a parlé d’un "sérieux problème d’inclusivité" – un vice de construction qui pourrait facilement être utilisé comme prétexte pour écorner l’accord dans les mois qui viennent.

C’est ça ou le chaos

Marcel Utembi s’est félicité d’un "compromis politique inclusif", même si une partie de l’opposition n’y a pas souscrit. Pour lui, l’accord permet "d’éviter au pays le chaos".

Diplomatie vaticane

Dans ces négociations, l’Église catholique jouait sa crédibilité et elle a mis tout son poids dans la balance. Le pape François a lui-même appelé depuis la fenêtre de ses appartements apostoliques à un dialogue serein au Congo. Le jour fatidique du 19 décembre, Marcel Utembi avait rendu visite au pape pour accentuer la pression sur Kinshasa. Et face à la paralysie des négociations, le nonce apostolique au Congo a menacé de retirer l’Église de la table. La pression a payé.

Langue de marqueterie

Comme tout bon médiateur, Marcel Utembi pratique une langue policée en public. Quand il remercie le pape d’avoir eu un mot pour le Congo, ça donne: "J’apprécie la sollicitude pastorale du Saint-Père." Ce n’est plus de la langue de bois, c’est de la marqueterie.

 

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