Les données donnent Fayulu gagnant en République démocratique du Congo

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Une fuite de données que le Financial Times a pu consulter désigne Martin Fayulu comme gagnant des élections présidentielles. Les autorités congolaises démentent les conclusions du quotidien économique alors que la pression internationale s'accroît sur le gouvernement pour qu'il publie les procès-verbaux des élections.

Avec environ 60% des voix, Martin Fayulu serait le gagnant incontesté de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo, ressort-il mardi de deux ensembles différents de données auxquels le Financial Times a pu avoir accès. La Commission électorale (Céni) a proclamé vainqueur son adversaire Félix Tshisekedi la semaine passée, alors qu’il n’aurait même pas recueilli 20% des votes d’après ces données. Le quotidien britannique base son analyse sur des données de la Céni qui ont fuité et sur celles de l’Église catholique. Cette dernière affirme avoir déployé 40.000 observateurs le jour du scrutin.

Les chiffres de la Céni consultés par le Financial Times sont ainsi bien différents de ceux présentés à la population et qui donnaient 38,57% des voix au vainqueur et 34,8% à son dauphin. Ils attribuent 59,4% des voix à Martin Fayulu. Felix Tshisekedi arriverait deuxième avec 19% des votes. D'après les données de l'Église, le candidat de l'opposition obtiendrait même 62,8%. "Il serait difficile de croire que des dizaines de milliers de lignes de données aient été fabriquées à si court terme pour obtenir ces résultats sans qu'une altération n'apparaisse clairement", réagit auprès du quotidien économique Jason Stearns, directeur du Congo Research Group du groupe de réflexion new-yorkais Center on International Cooperation. "Cela souligne la nécessité d'un audit complet et rigoureux des résultats des élections", abonde-t-il.

Les autorités démentent 

La Céni nie avoir modifié les scores électoraux. Barnabé Kikaya Bin Karubi, conseiller du président Joseph Kabila, a souligné qu'il incombait à la Cour constitutionnelle de juger des résultats des élections et a démenti toute fraude éventuelle. Martin Fayulu réclame l'invalidation des résultats du scrutin et a déposé un recours en ce sens auprès de la Cour constitutionnelle.

Sur la scène internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU appelle "à préserver le climat généralement pacifique des élections" et suivra de près l'avis rendu par la Cour constitutionnelle. Les voisins de la RDC, réunis au sein de la Communauté des Etats d'Afrique australe (SADC), tiendront une réunion d'urgence ce jeudi pour débattre du résultat de l'élection présidentielle du 30 décembre. La SADC, dont certains pays membres comme l'Afrique du Sud ou l'Angola sont de précieux alliés de Kinshasa, a réclamé un recomptage des voix, mais l'Afrique du Sud et la Zambie ont fait marche arrière le lendemain en renonçant à cette demande. La Conférence internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL), qui regroupe douze Etats africains, dont l'Angola et la République du Congo, a également souhaité lundi un nouveau décompte des voix. 

Le recomptage, "mesure extraordinaire"

Seul un recomptage, assez improbable, pourrait éventuellement changer l'issue de cette présidentielle historique. Si la Cour constitutionnelle confirme la victoire de Félix Tshisekedi, le camp présidentiel, qui a obtenu une large majorité aux législatives - jusqu'à 350 sièges sur un total de 500, selon ses dires -, sera chargé de désigner le Premier ministre, conformément à la Constitution. Le présidentTshisekedi, qui obtiendrait une cinquantaine d'élus à la tête de la coalition Cap pour le changement (Cach), devrait ainsi être contraint à une cohabitation avec les partisans de Kabila.

Le parti de M. Tshisekedi, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), s'est dit prêt à accepter un recomptage s'il est décidé par la Cour. Selon la loi électorale, le recomptage des voix constitue une "mesure extraordinaire", qui relève "du pouvoir d'appréciation du juge". Les neuf juges de la Cour constitutionnelle sont largement considérés comme acquis au président Kabila. Plusieurs sont ses anciens alliés politiques, comme son ex-conseiller juridique Norbert Nkulu Kilombo. Le président de la Cour, Benoît Luamba Bindu, est aussi l'un de ses proches. 

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