reportage

"Il faut valoriser l'élève, lui permettre de se dépasser par l'encouragement"

Freinet base les apprentissages sur l’expression libre des élèves, au travers de textes, de dessins. ©Kristof Vadino

Chez Freinet, la contrainte est aux oubliettes. Fini les notes, les bulletins et place aux commentaires, à l'encouragement, aux explications.

1789, chaussée de Wavre. On grimpe les marches, perplexe. Un immeuble de bureaux, classique. Se serait-on trompé d’adresse? On pousse la porte, une seconde. On croise une grappe de jeunes adolescents. "De l’autre côté de l’école, c’est bien ici?" Oui c’est ici. On cherche la directrice, madame Amandine Tuerlinckx. L’un des ados nous guide. À voir la nuée de jeunes qui se croisent, babillent, rient dans les larges couloirs, on sait qu’on est à la bonne adresse.

"De l’autre côté de l’école" est une école secondaire à pédagogie Freinet. Un projet bruxellois né en 2014 à l’initiative d’un groupe de parents qui peinaient à trouver une place dans une école garantissant à leurs enfants la continuité du choix pédagogique qu’ils avaient posé. Le choix d’une pédagogie active plutôt que classique. Une tendance lourde à Bruxelles, où les écoles à pédagogie active poussent les unes après les autres pour répondre à cette demande croissante des parents.

L’école secondaire de la chaussée de Wavre ouvre, à cette rentrée scolaire 2018, la 4e année du degré secondaire, et grimpe ainsi à 350 élèves inscrits (contre 256 en 2017).

Valoriser l’élève

Freinet est l’un des courants pédagogiques alternatifs le plus répandu en Fédération Wallonie-Bruxelles, derrière Decroly (qui se taille quand même 60% du "marché" au sein du réseau libre non confessionnel, le Felsi). L’un des fondements de ce courant est basé sur le respect et la valorisation de l’élève. "On part du principe qu’il faut valoriser l’élève, lui permettre de se dépasser non par la contrainte mais par l’encouragement, explique Amandine Tuerlinckx. On surfe sur la ‘puissance de vie’ plutôt que de la bâillonner."

"On explique, matière par matière, ce qui est validé et ce qui est à revoir. Le bulletin, c’est douze pages de commentaires."
amandine Tuerlinckx
directrice de "de l’autre côté de l’école"

Cette pédagogie a été mise au point dans les années 30 par Célestin Freinet. "Il était instituteur en milieu rural, communiste et imprégné de justice sociale. Blessé à la guerre, il était réfractaire à tout autoritarisme, explique Amandine Tuerlinckx. À ses yeux, répondre bêtement à une injonction ne permet pas de faire des citoyens responsables. Cette pensée, il l’a appliquée à l’éducation des enfants, basée sur l’émancipation."

Une des caractéristiques principales du mouvement Freinet est l’expression libre laissée aux élèves. Au travers de textes, de dessins, de correspondances scolaires. "Freinet s’intéressait à la communication des idées et au partage. Les garder pour soi, cela ne captive pas les élèves."

Ce type de pédagogie est particulièrement exigeant pour les professeurs, et leur demande un investissement lourd. "Il n’y a pas de manuel, le prof doit construire son cours de A à Z. Et, étant donné qu’ils partent de la production des élèves, de leurs textes personnels (pour le cours de français par exemple), ils ne peuvent ni le reproduire d’une année à l’autre, ni donner quatre fois le même cours s’ils donnent cours dans quatre classes différentes", explique la directrice.

Pas de bulletins

Dans la méthode Freinet, pas de points ni de bulletins. "Ce qui n’empêche pas les élèves de passer les épreuves externes de la FWB et de les réussir", dit Amandine Tuerlinckx. Mais chez Freinet, on estime que les notes et les classements sont une erreur, ils invitent à la compétition entre les élèves. Comment les profs évaluent-ils alors la progression de leurs élèves? "On fait des arrêts sur image et on explique, matière par matière, ce qui est validé et ce qui est à revoir. Le bulletin, c’est douze pages de commentaires."

La participation active des enfants et de leurs parents à l’école (via des conseils de classe, des conseils participatifs) fait aussi partie des caractéristiques propres à Freinet. Un processus de démocratie interne qui n’est pas nécessairement poussé dans l’enseignement traditionnel. "Il y a aussi une forte idée d’autonomie, les élèves se prennent en charge et prennent l’école en charge aussi. Il y a une véritable coopération entre eux et les professeurs, presque une autogestion", conclut Claire Desmarets, conseillère pédagogique au sein du réseau Felsi.

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