12,5 milliards de dividendes pour 2017

©mfn

Les entreprises belges cotées sont en super forme. L’an dernier, leur bénéfice net a plus que doublé. Les actionnaires en profitent grâce à de beaux dividendes.

Lors des assemblées générales qui se tiendront dans les prochaines semaines, les actionnaires des sociétés belges cotées à Bruxelles pourront sabrer le champagne. Grâce à l’excellente santé de l’économie mondiale, le bénéfice net consolidé de toutes les entreprises a augmenté l’an dernier de 112%, ce qui représente la coquette somme de 17,38 milliards d’euros. Contrairement aux années précédentes, cette hausse n’est pas le résultat de mesures strictes de réduction des coûts, mais surtout d’une hausse de leur chiffre d’affaires. Grâce à la baisse du chômage, les ménages dépensent plus. La confiance retrouvée et les carnets de commandes bien remplis poussent les patrons d’entreprise à renouer avec les investissements. Le chiffre d’affaires des sociétés industrielles a augmenté de 5,5%, pour atteindre 116,6 milliards d’euros, et les cash-flows opérationnels affichent une hausse de près de 25%.

→ La politique de dividende des sociétés belges cotées est-elle pérenne? Vérifiez ici pour chaque société

Ces chiffres intègrent les résultats du géant brassicole AB InBev, qui représente à lui seul près de la moitié de la capitalisation boursière et des bénéfices des entreprises cotées sur Euronext Bruxelles. L’an dernier, le bénéfice net d’AB InBev avait souffert de moins-values comptables exceptionnelles justifiées par le Brexit et la chute du cours de la livre sterling après l’intégration de SAB Miller. Mais même si l’on tient compte de ces éléments, le bilan final est plus positif. Si l’on exclut le géant brassicole des statistiques, le chiffre d’affaires total a augmenté de 8%, pour atteindre 66,7 milliards d’euros, et le bénéfice net affiche une hausse de 45%, pour atteindre 10,4 milliards d’euros. Le holding GBL, l’assureur Ageas, le groupe pharmaceutique UCB, le spécialiste en matériaux Umicore, le gestionnaire de réseau électrique Elia, ainsi que le groupe de logistique WDP entre autres ont annoncé une forte hausse de leurs bénéfices.

©Mediafin

Les actionnaires pourront profiter de cette belle santé retrouvée. Parmi toutes les entreprises qui distribuent un dividende – soit près de 70% des entreprises cotées sur Euronext Bruxelles – 68% augmentent leur dividende brut, souvent de manière très importante. La hausse moyenne est de 26%. Même si nous excluons les extrêmes, comme deux dividendes exceptionnels et la suppression du dividende d’IBA, la moyenne augmente malgré tout de 7%, soit bien plus que l’inflation de 2,1%.

Dans les prochains mois, les entreprises devraient distribuer globalement pas moins de 12,5 milliards d’euros (+ 1,6%) à leurs actionnaires. Sans AB InBev, les dividendes globaux augmentent de 6%, pour passer de 5 à 5,3 milliards d’euros. Mais compte tenu de la croissance importante des bénéfices nets – de 7,1 à 10,3 milliards d’euros – le "payout ratio" (la part du bénéfice distribuée sous forme de dividende) passe de 70 à 51%. Le matelas de sécurité destiné à faire face aux mauvaises années a donc augmenté. C’est un signe clair que la plupart des entreprises cotées sont en excellente de santé et ont confiance en l’avenir. Car la plupart d’entre elles sont prêtes à tout pour éviter de devoir réduire leur dividende.

Ces beaux dividendes font aussi l’affaire des finances publiques, qui cueillent au passage depuis l’an dernier 30% des dividendes distribués aux particuliers. Les bénéfices des entreprises sont bien entendu également taxés. Le taux moyen d’imposition des entreprises cotées en Belgique augmente légèrement, passant de 25,1 à 25,7%. On y trouve non seulement la taxe belge, mais aussi les taxes payées par les filiales étrangères.

Tankers en berne

À peine cinq entreprises réduisent leur coupon. Euronav a dû diminuer son dividende de 84 cents pour arriver à 12 cents (soit le minimum promis) à cause des tarifs déficitaires des tankers. Le groupe spécialisé en image EVS a pratiquement réduit son coupon de 25% après une baisse comparable de son bénéfice d’exploitation. Le rendement du portefeuille obligataire de la Banque nationale de Belgique a chuté, provoquant au passage une baisse de 9% du coupon. Ces trois dernières années, Van de Velde a distribué tout son cash-flow – voire même plus – à ses actionnaires, mais le groupe de lingerie doit aujourd’hui mettre le pied sur le frein. Vu la nécessité de réaliser des investissements importants, entre autres dans la vente en ligne, le coupon a baissé de 70%, ce qui représente un "payout ratio" de 40%. Chez IBA, le spécialiste de la protonthérapie (lutte contre le cancer), les actionnaires ne recevront pas un centime, après une annus horribilis. Le report et la mauvaise gestion de projets ainsi que le ralentissement de l’ensemble du marché ont forcé le groupe à émettre quatre avertissements sur bénéfices (profit warning) et à publier des chiffres décevants.

Par contre, trois entreprises offrent pour la première fois un dividende ou renouent avec le paiement d’un coupon. Le groupe de tapis Balta, qui est coté en Bourse depuis l’an dernier, paie 8 cents par action. Ce dividende n’est qu’une maigre consolation après des débuts catastrophiques en Bourse. Le groupe Campine, spécialisé en traitement de métaux, reprend par contre le paiement d’un coupon, après une année particulièrement faste. L’an dernier, le groupe avait dû payer une amende suite à une accusation de cartel. Le fabricant de préparations pharmaceutiques Fagron s’attend à une reprise de ses marchés et a de ce fait décidé de choyer à nouveau ses actionnaires.

Après une année record, le groupe de laveries industrielles Jensen arrive en tête des sociétés les plus généreuses envers leurs actionnaires, en doublant purement et simplement son coupon. Le fabricant de métiers à tisser Picanol double lui aussi son dividende qui, malgré un carnet de commandes bien rempli, reste symbolique avec à peine 20 cents par action. Lotus augmente son dividende de 20%. Le producteur de biscuits a procédé simultanément à une réduction sensible de son endettement, ce qui permet de penser que cette augmentation est pérenne.

Chez Econocom, le montant distribué est exonéré de précompte mobilier. Après avoir atteint son objectif à cinq ans, le groupe spécialisé en informatique augmente de 20% la somme distribuée à ses actionnaires, via une réduction de capital. Au cours des cinq prochaines années, Econocom ambitionne de doubler à nouveau son bénéfice. Chez Quest for Growth, le généreux coupon est aussi en grande partie exonéré de précompte, à cause de son statut de pricaf.

©mfn

Dans du coton

Les promoteurs immobiliers chouchoutent une fois de plus leurs actionnaires. VGP a modifié sa politique de dividende pour permettre aux actionnaires de mieux profiter à l’avenir de la forte croissance des bénéfices du groupe. Ces trois prochaines années, ce spécialiste en immobilier logistique souhaite porter son dividende à 40-60% des bénéfices. C’est peut-être ce qui explique que Griet Van Malderen, la sœur de l’actionnaire de référence Bart Van Malderen, ait acheté des actions pour plus de 5 millions d’euros. Malgré une légère baisse des plus-values, Immobel augmente son coupon de 10%, ce qui représente le double du bénéfice. D’après le management, le groupe a beaucoup semé et devrait en récolter les fruits dans les années à venir. La hausse du dividende doit refléter la confiance du management. À moins que l’homme fort du groupe, Marnix Galle, ait besoin de cet argent pour restaurer le château du Stuyvenberg, l’ancien palais de la reine Fabiola, où il ira bientôt habiter avec sa femme Michèle Sioen? Ce qui nous permet de faire la transition vers le groupe de textile Sioen, qui augmente son dividende de 6%.

Immobel n’est pas la seule entreprise à distribuer un dividende supérieur à son bénéfice net. C’est aussi le cas de Barco. Hors éléments exceptionnels, le bénéfice par action – malgré un doublement – aurait encore été deux fois plus élevé. Le groupe dispose d’une trésorerie équivalant à 17 euros par action, ce qui couvre largement le paiement du dividende.

Les "copropriétaires" de D’Ieteren et Roularta peuvent compter sur un superdividende exceptionnel. Ces entreprises distribuent une partie des plus-values réalisées lors de la vente, pour D’Ieteren, de sa filiale de vitrages automobiles Belron, et pour Roularta, de son groupe de TV et de radio Medialaan.

©Mediafin

Les dividendes les plus généreux sont distribués par les grands noms. Le marché a été soulagé d’apprendre qu’AB InBev maintenait son dividende à 3,60 euros par action. Après trois trimestres de vaches maigres, le marché s’est mis à douter de la capacité du géant brassicole à renouer avec de bons résultats. Mais grâce à un excellent quatrième trimestre, Carlos Brito et son conseil d’administration ont décidé qu’ils pouvaient se permettre à la fois de maintenir le dividende et de réduire sensiblement l’endettement du groupe. AB InBev a augmenté ses ventes de 1,6%, et son bénéfice brut d’exploitation de 21%. Rien qu’avec son dividende – qui représente 7,3 milliards d’euros – AB InBev pourrait s’offrir à la fois Barco et Telenet. Au cours de Bourse actuel (faible), l’action AB InBev affiche un rendement net de 2,9%.

Sur la deuxième place du podium des généreux dividendes, on trouve KBC. Après quatre trimestres successifs de croissance du bénéfice supérieure aux attentes, le groupe de bancassurance distribuera un dividende équivalant à 1,26 milliard d’euros, soit une hausse de 7% par rapport à l’an dernier. S’y ajoute la cerise sur le gâteau: KBC rachète 2,7 millions d’actions propres. Non pas pour les détruire, mais en prévision de plans d’options pour son personnel, ce qui lui permet d’éviter toute dilution pour les actionnaires actuels.

Si vous achetez les actions de toutes les entreprises qui paient un dividende, vous obtenez un rendement brut de 3,9%, soit 2,73% après paiement du précompte mobilier. Ce rendement est supérieur à la moyenne historique, et bien plus élevé que le taux de 0,8% des obligations souveraines belges à 10 ans. De plus, les entreprises en bonne santé doivent être en mesure d’augmenter leur dividende. Les dividendes sont généralement plus stables que les cours de Bourse. En cette période de turbulences boursières, ils peuvent apporter un peu de sérénité.

prudence pour 2018

La plupart des estimations ont été communiquées avant la menace du président américain Donald Trump de déclencher une guerre commerciale. Les entreprises s’inquiètent surtout de l’euro fort et de la hausse des prix des matières premières. L’euro s’apprécie par rapport à la plupart des autres devises. L’effondrement de la livre turque par exemple, a pesé sur le bénéfice réalisé par Deceuninck dans les pays émergents (baisse de 22%), au moment où le producteur de profils en PVC doit également faire face au prix élevé du PVC.

Chez Ontex, la chute du peso mexicain et du réal brésilien pèse lourdement, à cause des acquisitions réalisées dans ces deux pays. Et ce, tandis que les prix du papier et du plastique – qui sont les matières premières utilisées pour la fabrication de couches – ont fortement augmenté. Chez Solvay et les autres multinationales comme Tessenderlo ou Barco, c’est surtout le dollar qui pèse sur les résultats.

L’optimisme reste malgré tout bien présent. Bekaert s’attend à une bonne santé économique dans la plupart des régions du monde, à l’exception de l’Amérique latine.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content