Melexis a "perdu une bataille mais pas encore la guerre"

Le "futur durable" sera difficile à assumer pour Melexis et sa CEO, Françoise Chombar, en 2019. ©Dieter Telemans

Très grosse déception pour ceux qui pensaient que le rebond de l'action Melexis constaté depuis le début de l'année allait s'inscrire dans la durée. Le groupe a prévenu que, pour l'exercice en cours, il tablait sur des ventes inférieures à celles dégagées en 2018. Le titre boit la tasse.

La réponse est malheureusement oui. Il y a quelques jours nous nous demandions si le rebond de l’action Melexis entamé depuis le début de l’année était un simple feu de paille. Les résultats publiés douze heures plus tôt que prévu ont douché tous les espoirs de ceux qui misaient sur une reprise durable. Ce matin à l’ouverture, l’action chutait de 15% pour limiter la casse ensuite (-10%).

Dividende en hausse

Cela devient presque une (mauvaise) habitude chez le spécialiste des capteurs et senseurs pour automobiles. En août et en octobre, le groupe avait déjà réduit ses prévisions de vente pour 2018 passant d’une hausse comprise entre 12 et 15% à une progression limitée à 11%. Et pour 2019, l’horizon reste nuageux avec une visibilité faible.

L’objectif a finalement été atteint en 2018 avec un total annuel de 569,4 millions d’euros, une progression à deux chiffres qui fait la fierté, à juste titre, de la CEO Françoise Chombar. Les chiffres-clés du trimestre comme l’Ebit (- 11% à 31,9 millions) et le résultat net (+7% à 28,5 millions) sont, pour leur part, grosso modo en ligne avec les consensus des analystes. Preuve s’il en est que le bilan de 2018 s’avère globalement positif: le dividende a été majoré de 5% à 2,20 euros brut par action.

Ventes en berne 

Mais pas sûr que Melexis puisse encore augmenter la rémunération de ses actionnaires dans un proche avenir. À la grande surprise de beaucoup d’analystes, le groupe basé à Ypres s’est montré très prudent pour l’exercice en cours en raison des tensions commerciales mondiales qui pèsent toujours sur le secteur automobile.

Il table sur des ventes comprises entre 112 et 118 millions d’euros au premier trimestre avec une marge brute autour de 41% et une marge d’exploitation de 13%, des prévisions bien inférieures aux attentes des analystes. Pour l’ensemble de l’exercice, le chiffre d’affaires devrait même rester en deçà de celui de l’an dernier, une première depuis dix ans pour Melexis. "Sauf si les tensions géopolitiques s’intensifiaient, un rebond des commandes est susceptible de se produire au second semestre de 2019", précise toutefois Françoise Chombar en guise de note d’espoir.

L'Ebit sous pression

"Melexis était en train d’accroître ses capacités de production pour anticiper la croissance future ce qui devrait peser lourdement sur les marges dans un contexte de ralentissement de la demande", souligne Michael Roeg de Degroof Petercam.

"En temps voulu, la situation devrait se normaliser, comme cela s’est déjà produit antérieurement et les ventes devraient renouer avec les niveaux de 2018 ou au-dessus", rassure l’analyste qui voit Melexis poursuivre son chemin de croissance. Dans l’immédiat, il va toutefois revoir ses estimations et son objectif de cours qui était de 90 euros dernièrement doublé d’une recommandation d’achat.

Pour Guy Sips (KBC Securities), Melexis a perdu une bataille, mais pas encore la guerre. "À notre surprise, surtout après la conférence téléphonique d’Infineon d’hier, Melexis a lancé un sérieux avertissement sur résultats", résume-t-il. Il garde sa confiance dans la valeur qui fait partie des actions préférées du broker en 2019 puisque son conseil reste à "acheter" . Il a toutefois réduit ses ambitions au niveau de l’évolution du cours qu’il ne voit plus qu’à 70 euros dans un an contre 85 euros avant.

Chez ING où l’on reste à "conserver" avec un "target" de 58 euros, les analystes jugent que la combinaison de ventes encore plus basses et une croissance continue des coûts se traduira par une baisse de 30 à 45% de l’Ebit de 2019.

Lire également

Publicité
Publicité