Telenet agite la menace d'une coupe des investissements face à la régulation

©Tim Dirven

Lors de la publication de ses résultats, Telenet a exprimé son opposition aux tarifs de gros proposés par le régulateur. S’ils sont appliqués, l’investissement sur le réseau sera réduit.

Deux jours après Proximus, c’était au tour de Telenet de clôturer la publication des résultats semestriels des grands acteurs télécoms du pays. Le groupe affiche un premier semestre globalement positif. Le chiffre d’affaires de ces six premiers mois est en hausse de 1% (en glissement annuel) pour atteindre les 1,261 milliard d’euros tandis que l’ebidta est également en croissance (+ 3%) pour atteindre 664,8 millions d’euros. Les résultats affichés sur les six premiers mois permettent au groupe de réaffirmer ses perspectives d’exercice pour cette année. Telenet annonce également son intention de verser un premier dividende intermédiaire lors du dernier trimestre de l’année.

Telenet est en bonne voie pour réaliser ses prévisions pour 2019.
John Porter
CEO de Telenet

Le bilan à la moitié de l’année est aussi l’occasion pour le télécom de dire tout le mal qu’il pense du projet de révision des tarifs de gros, proposé par l’IBPT. En changeant son modèle de calcul, le régulateur souhaiterait revoir à la baisse le prix payé par les opérateurs alternatifs aux propriétaires de réseau. Un sérieux manque à gagner pour Telenet en perspective. Selon les quelques premiers calculs, la baisse des tarifs tournerait autour des 30%.

L’objectif est clair: relancer la concurrence sur un marché archi-dominé par le duo Telenet-Proximus. Un duopole qui pique au portefeuille du client. La Belgique fait partie des pays où les tarifs sont les plus chers. Et récemment encore, Telenet et Proximus annonçaient une augmentation de leurs services fixes (pack triple ou quadruple play).

Forcément, l’idée n’est pas vraiment des mieux accueillies chez le groupe flamand qui juge le nouveau calcul des prix tout simplement intenable. "Ce projet de tarifs ne nous permettrait pas de couvrir les coûts que représentent nos investissements. L’IBPT ne tient pas compte de certains coûts importants et considère que les investissements sur le réseau sont achevés. Mais on continue tous les jours à investir. En moyenne, on dépense 1,5 million d’euros par jour dans notre réseau, notamment avec l’installation de la fibre", explique Ann Calluwaerts, chief corporate affairs chez Telenet. L’entreprise justifie, à son habitude, sa position par des chiffres. "Lorsque l’on compare la part d’investissement par rapport à nos revenus, nous sommes en Europe l’acteur télécom qui investit le plus. Cela nous permet d’avoir un excellent réseau, partout en Belgique", lance encore la responsable.

"Si les tarifs proposés sont effectivement mis en place, nous n’aurons pas d’autre solution que de revoir à la baisse nos projets d’investissements", explique Ann Calluwaerts.

Les concurrents du même avis

La critique de Telenet rejoint celle de Proximus, deux jours plus tôt, qui craint de son côté pour le développement de son réseau de fibres optiques. Pour une fois les deux concurrents sont donc d’accord. Un prix très bas pour le câble Telenet risque en effet d’avoir un effet négatif sur son propre projet. Car s’il parait trop cher, Proximus perdra également des clients.

La tarification proposée (par l'IBPT, NDLR) pour l’accès de gros au câble ne reflète aucunement ces efforts et ne favorise pas un environnement propice à l’investissement pour l’avenir.
John Porter

Mais pour Stefaan Genoe, analyste chez Degroof Petercam, les prix proposés par l’IBPT sont tenables. "Je pense que ces premiers chiffres sont une bonne base. S’ils devaient être appliqués, je ne serais certainement pas inquiet pour la survie de Telenet, explique-t-il. L’ambition d’Orange est d’atteindre 10% de part du marché, on n’est donc pas dans une situation où les trois acteurs se retrouveront avec chacun un tiers du marché." Selon lui, il n’y aura d’ailleurs pas forcément une bataille sur le prix. "Orange a expliqué avoir anticipé cette évolution dès le début. Ils ne devraient donc certainement pas trop tirer vers le bas les prix actuels", précise le spécialiste.

Du côté de l’IBPT, on préfère ne pas trop s’épancher sur le point de vue de Telenet. Une discrétion qui s’explique par l’agenda autour de la question. Depuis début juillet, la phase de consultation a officiellement débuté. Les différents acteurs ont jusque début septembre pour faire part de leurs remarques au régulateur, qui pourra alors revoir sa copie. Mais si l’IBPT est à l’écoute des remarques, son ambition d’apporter plus de concurrence ne devrait pas bouger.

Le régulateur précise néanmoins que "l’argument de Telenet, selon lequel les tarifs de gros proposés actuellement pour l’accès aux réseaux des câblo-opérateurs peuvent réduire leurs investissements futurs et/ou assureront une infrastructure de réseau de moindre qualité, est un argument traditionnel de la part des opérateurs. En tant que régulateur, nous recherchons un équilibre entre les différents objectifs régulatoires: promotion de la concurrence, la promotion des investissements et bénéfices pour les utilisateurs en termes de choix, de prix et de qualité".

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