40%! C'est le return engrangé par la dette belge à 30 ans en 2014

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Parce que les taux étaient tombés sous zéro sur les échéances courtes, les investisseurs se sont reportés sur la dette à plus long terme. Cela explique, pour une bonne part, les fabuleuses performances réalisées par les obligations émises par les États à 10 ans. Et plus.

On l’avait enterré un peu trop vite. Il y a un an, on avait pensé qu’après trois décennies quasi ininterrompues de recul des taux d’intérêt, le marché de la dette émise par les pays n’allait plus être en mesure de satisfaire leurs détenteurs. Et que les Bourses allaient pouvoir jouer pleinement ce rôle. Les investisseurs se sont du coup faits plus rare sur ce marché. Voire se sont mis à le déserter.

Mal leur en a pris. Car la dette souveraine a finalement offert les meilleurs returns parmi une large panoplie de produits financiers. En Europe en particulier. Selon un indice calculé par Bloomberg et suivant les obligations à taux fixe de plus de 2 ans en devise locale de la zone euro, la dette des pays de la zone euro a engrangé un return moyen de 12,89% en 2014.

Par return, on entend la performance réalisée par le cours d’une obligation sur le marché secondaire, à laquelle on ajoute le paiement d’un coupon. Excepté l’once d’or (+ 12,2% en euros), ni les actions, ni les autres matières premières comme le cuivre et le pétrole, n’ont autant comblé leurs détenteurs. L’indice Stoxx qui suit les actions des 600 plus importantes sociétés européennes enregistre une hausse de 4,76% depuis janvier.

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Le taux à 10 ans plus profitable que les échéances courtes

Les dettes des pays situés à la périphérie de la zone, qui avaient été les plus chaudement recommandées par les professionnels de l’investissement, sont celles qui ont réalisé les meilleures performances. Le Portugal avec un return de 22%, l’Espagne (+ 16,3%) et l’Italie (+ 15%) forment le groupe de tête. Ces exploits remarquables ont ainsi ramené le rendement de ces obligations à des niveaux historiquement bas. Ceux de l’Italie et de l’Espagne sont tombés sous la barre des 2%.

Surprenant par contre la plupart des observateurs, le papier émis par les pays du noyau dur de la zone n’a pas non plus démérité. Loin s’en faut. Toujours selon des indices compilés par Bloomberg, le return de la dette souveraine belge s’élève à près de 14% en moyenne. Celui de l’OLO à 10 ans grimpe jusqu’à 18,6%!

Le cours de cette OLO à 10 ans muni d’un coupon de 2,6%, et qui a démarré le mois de janvier à 99,7% de sa valeur faciale, se situe en cette fin d’année à 115,66%. Cela signifie que pour une coupure de 1.000 euros, un investisseur avait déboursé il y a un an la somme de 997 euros pour l’acquérir. Aujourd’hui, sa valeur s’élève à 1.156,6 euros.

La dette à 10 ans de notre pays a réalisé une fort belle performance donc, en comparaison surtout de celle enregistrée par le Bund allemand de même maturité (+ 9,9%). Que dire de celle à 30 ans qui a carrément cartonné. Elle a, elle, généré un return fabuleux de 39,6%!

En fait, plus l’échéance d’une obligation est éloignée, plus le return accumulé en 2014 est elevé. L’explication? Elle tient au fait que les taux réels étant devenus négatifs - ou quasi - sur les maturités allant de 1 à 5 ans, les investisseurs se sont reportés sur les titres à échéance plus éloignée, faisant ainsi monter les cours de ces obligations. Le rendement de l’OLO à 2 ans est négatif de 0,04%.

Par ailleurs, on ajoutera que les performances réalisées par les titres à échéance lointaine indique que le marché table sur des taux d’intérêt à des niveaux bas pour une longue période.

Rendements planchers annonciateurs d’un "QE"

Mario Draghi, le président de la BCE, "mènera une politique de taux bas au moins jusqu’en 2017". ©AFP

"Les raisons des prestations étonnamment favorables de la dette souveraine européenne sont à aller chercher du côté de la politique monétaire menée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE). Les taux directeurs n’ont fait que baisser, alors que la BCE avait pour objectif de contrer la baisse de l’inflation et de revigorer la situation économique de la zone euro", explique Jonathan Goldwasser, associé-gérant de Goldwasser Exchange. "Et si la dette belge s’est retrouvée parmi les plus performantes, c’est parce qu’elle a bénéficié de la nécessité de diversification rencontrée par les investisseurs institutionnels, qui sont les principaux acteurs sur le marché secondaire des Olo’s", ajoute-t-il.

"La baisse des taux a constitué une surprise, dans la mesure où le début de l’année 2014 faisait plutôt présager une hausse des taux", reconnaît pour sa part Christophe Dispas, spécialiste obligataire à la Banque Degroof. "En fait, résume-t-il, on a dû faire face à une déception au niveau de la croissance économique, au spectre de la déflation qui a poussé la BCE à être de plus en plus accommodante, avec une perspective de "QE" qu’elle pourrait lancer".

Pour Peter Vanden Houte, chef économiste auprès d’ING (Belgique), "les taux à long terme baissent en ce moment, parce que le marché anticipe des achats d’obligations d’État par la BCE". L’économiste parie sur le lancement d’une politique d’assouplissement quantitatif (QE, ou rachats de dettes souveraines) dès la réunion du 22 janvier prochain. "Une fois ce ‘QE’ lancé, les taux à 10 ans pourraient ensuite légèrement se tendre". Peter Vanden Houte avait constaté une telle évolution des taux longs, lors de chaque lancement des trois "QE" conduits par la Banque centrale américaine (Fed).

La BoE prendra son temps…

En dehors de la zone euro, le taux à 10 ans britannique a évolué entre 2,4% et 2,8% durant la majeure partie de l’année. Au début de l’automne toutefois, ce rendement a piqué du nez, pour revenir à 1,8%.

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C’est qu’il est à peu près acquis que la Banque d’Angleterre mettra plus de temps qu’on ne l’a estimé jusqu’ici pour relever son taux directeur. Les autorités monétaires craignent qu’une remontée trop rapide des taux d’intérêt ne fragilise la santé retrouvée de son économie. Celle-ci a ragaillardi la santé de la livre sterling, et suscité du coup des craintes du côté des exportations du pays.

La banque centrale britannique sera d’autant plus encline à repousser dans le temps un resserrement de sa politique monétaire, que la surchauffe du secteur immobilier est en passe d’être sous contrôle. Les ventes de maisons affichent une tendance à reculer en cette fin d’année, et les prévisions font état d’une baisse attendue des prix en 2015.

…et la Fed "patientera"

En mai 2013, lorsque Ben Bernanke, le prédécesseur de Yanet Yellen à la présidence de la Banque centrale des Etats-Unis (Fed) avait fait part de l’idée de mettre un terme à son programme de rachats d’actifs financiers ("QE"), le rendement du bon du Trésor à 10 ans américain avait effectué un bond qui l’avait mené jusqu’à 3% fin 2013. Depuis, il a effacé une bonne partie de sa remontée pour revenir à 2,20%.

Pourtant, jamais depuis 2006, la Fed qui vient de mettre fin à ces programmes de rachats d’actifs, n’a été aussi proche qu’aujourd’hui d’un relèvement de son principal taux directeur. Elle a laissé entendre lors de sa réunion du 17 décembre qu’elle s’apprêtait à relever ses taux d’intérêt dans le courant de 2015. Elle qui avait promis de conserver des taux proches de zéro durant "un temps considérable", vient désormais d’affirmer qu’elle fera preuve de "patience" avant de rehausser ses taux d’intérêt.

Selon l’indice Bloomberg qui suit la dette américaine de 2 ans et plus, les bons du Trésor américain ont offert un return moyen de 6,1%.

Comme dans la zone euro, les returns ont été plus élevés à mesure que la maturité de l’obligation était éloignée. Le champion est ainsi le bon à 30 ans qui a rapporté 28%!

Le Japon se débat

La retombée de l’économie nippone en récession et la chute des prix du brut dont le pays est un gros consommateur, ont déclenché un reflux des taux à 10 ans au Japon. D’un bout à l’autre de 2014, il est passé de 0,7% à 0,31%. Soit à un plus bas historique.

Au rayon de la dette émergente libellée en devise locale, le return moyen s’est élevé à 3,7%. Par contre, les rendements à long terme sont remontés dans les pays producteurs de pétrole. Les returns ont par contre viré au rouge pour la dette émise par les pays producteurs de pétrole, qui dépendent du prix du brut pour boucler leur budget. Le taux russe à 10 ans est remonté jusqu’à 6,4%. Dans ce registre, le Venezuela est le pays qui souffre le plus de la chute des prix du pétrole. Sa dette qui a perdu la moitié de la valeur en quelques mois à peine, a vu son rendement à 10 ans s’envoler jusqu’à 22,4%.

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