analyse

Le très rentable sens du partage

©Reporters / Jeffery Salter

Son service est illégal à Bruxelles. Et pourtant, plus de 15.000 usagers ont déjà roulé avec les voitures partagées d'Uber dans la capitale. Contre vents et marées, son patron, Travis Kalanick, continue d'envahir le monde.

La réaction a le mérite d'être claire: les taximen européens ne veulent pas d'un acteur comme Uber dans leurs roues. Ils l'ont clairement manifesté dans toutes les villes européennes où, de manière tout à fait illégale, les services de covoiturage de la start-up californienne se sont implantés. Pourtant Uber est une affaire qui roule, et le nombre d'utilisateurs ne cesse d'augmenter, malgré, à Bruxelles par exemple, les 10.000 euros d'astreintes par infraction constatée. C'est que le service est aussi flexible que difficile à contrôler: une simple application sur smartphone, qui met en contact l'usager et l'offreur de service le plus proche.

En Belgique, il est possible de payer avec autre chose que des monnaies complémentaires, outre le célèbre bitcoin: le Ropi à Mons, l'Eco-Iris à Bruxelles, l'Epi à Meix-devant-Virton. RES est également un réseau de plus de 4.000 commerçants en Belgique qui s'échangent des biens et des services par l'intermédiaire d'une alternative à l'euro. Enfin, le crowdfunding permet de financer des projets en faisant appel à un grand nombre de personnes qui investissent de petits montants. C'est possible avec lookandfin.com, mymicroinvest.com, www.angel.me

Uber est tellement ancré dans l'esprit public que Brussels Airlines a naïvement cru pouvoir offrir une promotion conjointe: un bon de 15 euros sur les services d'Uber pour rejoindre son hôtel ou pour se rendre à l'aéroport. Avant de se faire sèchement recaler par le ministre bruxellois de la mobilité, Pascal Smet.

En Allemagne, en Espagne, en France,... les démarches judiciaires se multiplient. Ce qui ne semble pas impressionner Travis Kalanick, le patron d'Uber devenu l'emblème de ce qu'on appelle désormais: l'économie partagée.

Dans la Silicon Valley, on n'avait plus vu ça depuis Facebook. Le 4 décembre, Uber a levé 1,2 milliard de dollars auprès d'investisseurs sur la base d'une valorisation de 40 milliards de dollars, devenant ainsi la start-up technologique la mieux valorisée au monde. La société de transport avait déjà réalisé un précédent tour de table en juin, récoltant aussi 1,2 milliard. Et la barre pourrait encore être relevée, car le patron et co-fondateur d'Uber, Travis Kalanick, laisse entendre qu'il est toujours à la recherche de capitaux supplémentaires.
Fort de ce trésor de guerre, Travis Kalanick, le fondateur et patron d'Uber, ne cache pas ses ambitions: "tuer l'industrie du taxi". Son arme: l'économie du partage ("sharing economy"), la nouvelle vedette de la Silicon Valley. Et pour nous l'expliquer, interview (par Skype évidemment!) avec deux des fondateurs d'Airbnb, le site de locations de chambres et d'appartements entre particuliers, l'un des pionniers de ce mouvement.

Depuis une dizaine d'années, Autopia règne sur le carsharing privé en Belgique. Le système consiste en l'utilisation partagée d'un véhicule au sein d'un groupe de ménages qui prennent eux-mêmes l'initiative de créer un groupe d'autopartage. En ce sens, il se différencie de Cambio, qui met à la disposition des conducteurs des véhicules publics. Pour les plus écolos, Zen Car est une startup belge qui s'adresse tant aux particuliers qu'aux entreprises et qui offre la particularité de rouler "vert". Toute sa flotte est composée de véhicules électriques. Depuis peu, il est également possible de partir en week-end avec la voiture de son voisin. À l'image de Tapazz.com, startup anversoise lancée il y a un an, CarAmigo.be permet au propriétaire d'un véhicule de le mettre à disposition d'autres conducteurs lorsqu'il ne l'utilise pas. Des dispositifs de partage de places de parking privées existent également. Plusieurs sociétés belges sont actives dans ce domaine comme ProxiParking ou BePark. Pour ceux qui n'aiment pas trop conduire, le co-voiturage est la solution. Il est social avec Djump, régulier ou ponctuel avec Taxistop, convivial et communautaire avec Karzoo.be ou covoiturage-belgique.be. Et comme le passager a les mains libres, il peut partager des informations sur la circulation routière avec les applications Waze ou Inforadar, par exemple. La boucle est bouclée.

"C'est une tendance de fond qui va perdurer. Il n'y a pas de retour en arrière", commence Joe Gebbia. Chez Uber, l'économie du partage repose sur l'utilisation de chauffeurs particuliers, conduisant leur propre véhicule. Certains le font de manière professionnelle, notamment d'anciens chauffeurs de taxis reconvertis, d'autres pour arrondir leur fin de mois pendant leur temps libre. Cela représente aujourd'hui quasiment l'intégralité de son activité, très loin devant son service historique de VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), plus cher et donc moins grand public.

Grâce à ce modèle, la société se vante d'être meilleur marché que les taxis. À San Francisco, elle assure qu'une course facturée 19 dollars par un taxi ne coûte que 12 dollars avec son application. Cela lui permet aussi de se développer très rapidement. Uber est désormais présent dans plus de 200 villes dans le monde, réparties dans plus de 50 pays. Le chiffre d'affaires généré par la plate-forme, jamais officiellement publié, serait déjà proche de dix milliards de dollars en rythme annuel - Uber ne conserverait environ que 20% de cette somme.

Le succès d'Uber symbolise l'essor de l'économie du partage. "L'économie du partage, c'est la mise en relation de ceux qui possèdent des biens ou du temps avec ceux qui n'en possèdent pas mais qui en ont besoin", résume Joe Gebbia. Cette mise en relation est assurée par un intermédiaire, un site Internet ou une application mobile qui prélève généralement une commission. Une sorte de vaste place de marché où s'échangent bien et services directement entre particuliers.

Avec Couchsurfing.org, Tripping.com ou encore Bewelcome.org, le voyageur est hébergé par son hôte et passe ainsi "d'un canapé à l'autre".
Et les familles qui n'aiment pas trop la vie en communauté peuvent échanger leurs habitations pendant les vacances via Taxistop.be, mais aussi avec Intervac-homeexchange.com.

Avec Holidaysitting.be, les vacances sont gratuites en échange de gardiennage de la maison, du jardin et des animaux de compagnie éventuels.
Le "tourisme autrement" peut également s'exprimer sous une forme participative et citoyenne. Greeters.be permet à des habitants des villes belges de proposer des visites guidées aux touristes.

On peut aussi devenir voyageur-transporteur. PiggyBee est une startup belge spécialisée dans le transport de colis entre particuliers. Ainsi, un voyageur pour New York pourra transporter un colis contenant du chocolat.

"La technologie, notamment le mobile, rend possible et facile de partager ce temps disponible et ces biens, estime Nathan Blecharczyk, également co-fondateur d'Airbnb. Et même de les monétiser: avec l'économie du partage, tout le monde peut devenir un micro-entrepreneur ayant sa propre activité en ligne. La technologie réduit donc les barrières pour devenir un entrepreneur." Pour le consommateur, cela signifie le plus souvent des économies.

Ces derniers mois, l'économie du partage a gagné de nouveaux horizons. Des dizaines de start-up tentent désormais d'appliquer ce principe à d'autres secteurs d'activités. Instacart met par exemple à disposition de ses utilisateurs un "personal shopper" qui va faire leurs courses au supermarché du coin. Sur DogVacay, des particuliers se proposent de garder les chiens des personnes partant en vacances. Sur TaskRabbit, il est possible de trouver un voisin pour tondre sa pelouse, repeindre un mur ou faire le ménage.

À peu près tout peut désormais être loué entre particuliers: une place de parking avec JustPark, une perceuse ou une échelle avec Neighborgoods, un vélo ou un snowboard avec Spinlister, un appareil photo avec Lumoid, une voiture avec GetAround... Le mouvement gagne même la finance, avec notamment Lending Club qui propose des prêts entre particuliers.

Vous cherchez un jardinier, une baby-sitter? Votre machine à laver est en panne, votre évier fuit, votre PC refuse de démarrer? Basé sur la recherche via Google Map, Skilto vous aide à trouver la personne répondant à votre besoin dans un rayon géographique proche. Si vous êtes plutôt adeptes du Do-it-yourself (DIY), les "repair cafe" organisent des ateliers où vous pouvez réparer ou apprendre à réparer. On en trouve un peu partout en Belgique. Et à Bruxelles, les ateliers de la Voot mettent en commun les savoir-faire en matière de réparation de vélo.

Le phénomène bouscule les industries traditionnelles. L'hôtellerie et les transports sont en première ligne, car ils ont été les premiers visés. "Au-delà de ces pionniers, il existe d'importantes opportunités pour que l'économie du partage joue un rôle encore plus grand", note le cabinet PricewaterhouseCoopers. À long terme, cela pourrait aussi participer à la remise en cause de la propriété. Pourquoi acheter un objet lorsque l'on peut facilement y avoir accès en cas de besoin? C'est l'objectif de Travis Kalanick, qui veut rendre Uber si bon marché qu'il sera plus économique d'utiliser le service plutôt que de de posséder une voiture.

"Cependant, l'économie du partage devra surmonter d'importantes barrières afin de pleinement réaliser son potentiel", poursuit le rapport publié par PwC. La plus importante concerne la réglementation. Uber est ainsi engagé dans de nombreuses batailles juridiques aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Fin novembre, son service a par exemple été interdit dans l'État du Nevada.

L'économie du partage pose aussi des problèmes fiscaux. Dans la grande majorité des cas, Airbnb ne prélève aucune taxe de séjour sur ses locations. Et combien de ces loueurs déclarent leurs revenus aux impôts? Le risque c'est désormais que les gouvernements imposent des taxes spécifiques, ralentissant le développement de ce mouvement.

Donner une nouvelle vie aux livres, c'est le projet des boîtes à livres communales de la capitale mais c'est également possible sur www.bookcrossers.be, qui mêlent culture et lecture. Swishing.be organise, quant à lui, des fêtes où l'on peut s'échanger des vêtements. La location entre particuliers connaît également un bel essor. Sur Zilok.com par exemple, il est possible de louer une machine à laver et tout autre sorte d'objet dont le besoin est ponctuel et qui se trouve chez le voisin.

Habitat et alimentation

Soutien aux producteurs

Les achats groupés sont en plein essor en Belgique. L'asbl Habitat et Participation, par exemple, accompagne les projets d'habitats groupés en régions wallonne et bruxelloise. Dans l'alimentaire, on peut désormais acheter en avance aux producteurs et donc partager les risques de la culture maraîchère biologique: www.accueilchampetre.be, www.fermweb.be ou encore www.julienne.be.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content