chronique

Petit retour sur 2014

Rédacteur en chef-adjoint

Le premier s’est distingué en mai dernier lors de la conférence de presse de la Banque centrale européenne à Bruxelles, le second a stupéfié les analystes avec le rachat par Facebook du service de messagerie WhatsApp pour la coquette somme de 19 milliards de dollars.

Et si l’événement économique et financier le plus important de 2014 s’était déroulé à Bruxelles dans les locaux de la Banque nationale de Belgique? C’était le 8 mai dernier, lors de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), délocalisée en Belgique. Généralement, la BCE tient deux sessions par an dans des capitales de la zone euro. Cette réunion bruxelloise devait être de simple routine. Nombreux étaient pourtant les journalistes présents pour assister à la conférence de presse de Mario Draghi. Les responsables de la communication avaient d’ailleurs bien du mal à canaliser les photographes, occupés à mitrailler "Super Mario", posant aux côtés de Luc Coene. Pendant ce temps, les autres gouverneurs de banques centrales terminaient tranquillement leur déjeuner, tout en jetant un œil distrait sur les écrans diffusant la conférence de presse. Les plus pressés se préparaient déjà à retourner chez eux.

Après la lecture d’un communiqué sans vraie surprise, c’est le moment des questions. La presse financière belge se lance. "Et la hausse de l’euro, Monsieur Draghi, elle vous inquiète?" C’est alors que le président de la BCE, nullement désarçonné par la question, se livre ouvertement et franchement. "Le renforcement du taux de change dans un contexte de faible inflation est la source de sérieuses préoccupations" au sein du conseil des gouverneurs. Le ton est ferme. Dans les salles de marchés, les traders réagissent au quart de tour. "Sell euros, buy dollars!" L’euro, qui venait de grimper à près de 1,40 dollar, se replie brusquement vers 1,39 dollar, puis 1,3850 dollar.

Stupéfaction

À Bruxelles, Draghi laisse encore entendre que la BCE agira probablement sur les taux d’intérêt directeurs lors de la réunion de juin. Les gouverneurs de banques centrales encore présents à Bruxelles sont pour la plupart stupéfaits. Ils ne s’attendaient pas à une telle prise de position de leur président.

L’élément rassurant est que le marché boursier est devenu nettement plus sélectif. L’action Twitter a chuté de 45% cette année.

Le mois suivant, en juin, conformément aux attentes, la BCE fait tomber les taux des dépôts en territoire négatif. Une première! Et aujourd’hui, l’euro se situe à moins de 1,22 dollar. Une baisse plus qu’appréciable de 13% depuis cette réunion de la BCE à Bruxelles. Oui, assurément, le 8 mai restera dans les annales comme "Le jour où Super Mario a fait plier l’euro".

L’an prochain, c’est d’ailleurs cette dépréciation de la monnaie unique, couplée à la chute des prix pétroliers, qui sauvera sans doute la croissance de la zone euro.

Autre date, autre acteur: le 19 février 2014, Mark Zuckerberg, l’homme au tee-shirt, stupéfie le monde financier. Facebook met sur la table 19 milliards de dollars, soit 4 milliards cash et 15 milliards en actions, pour acquérir le service de messagerie WhatsApp, qui emploie… 55 personnes. Oui, vous avez bien lu, 19 milliards de dollars pour 55 personnes…

Ce montant hors normes met en lumière la stratégie de Zuckerberg: ne pas perdre sa jeune clientèle — rester "in" — et ne pas se faire déborder par la concurrence. Après avoir réussi l’achat d’Instagram, mais loupé l’acquisition de Snapchat, Zuckerberg veut frapper fort avec WhatsApp, un service qui, dit-il, pourrait séduire un milliard de personnes sur la planète.

Pour sa part, Facebook compte déjà 1,35 milliard d’utilisateurs, dont la moitié sur mobile. Une belle audience à faire miroiter aux annonceurs publicitaires et un sacré nombre de clients potentiels si Facebook devait se lancer un jour dans les services financiers. Et surtout, Facebook est rentable. Au troisième trimestre, la société a annoncé un bénéfice en hausse de 90% à 802 millions de dollars. De quoi charmer les investisseurs, qui ont fait bondir le titre de 48% cette année.

Mais les ratios boursiers de Facebook donnent toujours autant le tournis, puisque le rapport cours/bénéfice culmine à 75. Alors, nouvelle bulle boursière prête à exploser?

L’élément rassurant (le seul?) est que le marché boursier est devenu nettement plus sélectif. Par exemple, le réseau de microblogging Twitter, toujours déficitaire, affiche une chute boursière de 45% cette année.

Twitter éprouve bien des difficultés à élargir son audience et surtout à monétiser les "tweets" échangés sur sa plateforme. Tout le contraire de Facebook. Tiens, au fait, Mario Draghi, il est plutôt Facebook ou Twitter?

[Suivez Marc Lambrechts sur Twitter en cliquant ici]

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