Le golf revient aux Jeux sur fond de polémiques

Nicolas Colsaerts sera l’un des trois représentants belges pour les compétitions de golf. ©BELGA

Absent des JO depuis 112 ans, le golf y est de retour. Mais ce sera sans les meilleurs joueurs mondiaux. Avec trois représentants, la Belgique espère au contraire que ce retour permettra de sortir ce sport de son image élitiste.

Disparu des écrans radar de l’olympisme depuis… 1904, et les Jeux de Saint Louis aux Etats-Unis, le golf fait cette année son grand retour. Mais le tournoi qui débute ce jeudi s’ouvre sur fond de polémiques. Côté masculin, il se jouera sans les meilleurs joueurs. Ni le n°1 mondial, Jason Day, ni ses poursuivants immédiats, Dustin Johnson, Jordan Spieth et Rory McIlroy ne seront là. Seuls 4 des 10 premiers mondiaux seront présents. Motif invoqué: le virus Zika transmis par les moustiques et susceptible de provoquer des douleurs articulaires, de la fièvre, etc. Le parcours a en effet été tracé en milieu humide sur d’anciens marais jouxtant la mer, là où pullulent ces bestioles. Un argument a priori compréhensible sauf que d’autres sports se disputeront dans pareil environnement, comme le canoë-kayak, la voile ou l’aviron,et qu’on y déplore aucun absent…

Les motifs de cette cascade de forfaits sont sans doute ailleurs. Contrairement à l’athlétisme ou à la natation, le golf n’a aucune tradition olympique. Et puis, il y a une raison plus terre à terre: les Jeux ne distribuent ni prize-money, ni points permettant de grimper dans la hiérarchie. Pas de quoi motiver ces stars dont certaines gagnent jusqu’à 50 millions de dollars par an (dont, très souvent, une majorité en contrats publicitaires). Certains préfèrent donc l’argent des tournois à l’or olympique. Manager de Nicolas Colsaerts, un des trois golfeurs belges présents avec Thomas Pieters et Chloé Leurquin, Vincent Borremans s’insurge contre ces accusations: "L’absence de gains, c’est une histoire de journalistes, affirme-t-il; par contre je comprends que certains joueurs craignent les conséquences du virus. Et puis, il y a aussi la volonté de représenter son pays. Nicolas, lui, considère cela comme un honneur car, hormis la Ryders Cup, les Jeux sont une occasion unique pour un représentant d’un sport individuel de concourir pour son drapeau; d’autant que l’olympisme est dans ses gènes". L’arrière-grand-père de Nicolas Colsaerts a ainsi fait partie de l’équipe de water-polo aux Jeux de 1928 avant d’être chef de délégation en basket en 1936 et en 1948.

Changer de regard

Les ambitions des trois golfeurs belge sont limitées, mais vu la cascade de forfaits, leur classement a grimpé: ils sont respectivement 23ème (Pieters) 34ème (Colsaerts) et 54ème (Leurquin) au ranking olympique. "On ne peut exclure totalement une médaille car en golf ce n’est pas comme en tennis, ce n’est pas toujours le n°1, 2 ou 3 mondial qui gagne les grands tournois, tout peut changer très vite en fonction de la forme du jour", estime Vincent Borremans. "J’espère en tout cas que les JO vont permettre d’améliorer l’image du golf en Belgique qui souffre en outre d’un retard par rapport aux autres pays, poursuit-il; c’est dû notamment au fait qu’il n’existe pas encore d’infrastructures publiques, tous les clubs sont privés, ce qui les rend moins facilement accessibles."

©Photo News

De fait, l’étude annuelle du consultant KPMG sur la pratique du golf en Europe indique que la Belgique manque de terrains. Il n’y a que 77 terrains de minimum 9 trous chez nous, occupés par 813 golfeurs en moyenne, contre 584 en Europe. Conséquence, la pratique du golf est en retard en Belgique: 0,6% de la population joue contre 0,9% en Europe.

La bonne nouvelle c’est que la pratique est en croissance en Belgique, alors qu’en Europe, la tendance est plutôt à un léger déclin. La Belgique compte 62.600 membres dans 89 clubs, soit 2,3% de plus qu’en 2014. "C’est le résultat de nos actions de promotion à tous les niveaux, se réjouit Emilie Geury, secrétaire générale de l’Association francophone belge de golf (AFG); que ce soit via des journées portes ouvertes dans les clubs, des initiations via les écoles ou notre présence dans des événements comme le Beau vélo de Ravel, la journée sans voitures, etc."

Une belle opportunité

Pour elle, même si ce sera difficile d’isoler son impact, le retour du golf aux Jeux est une belle opportunité de promouvoir ce sport encore entouré de préjugés et de surfer sur la tendance positive actuelle: "Nous avons pris comme slogan cette année ‘venez tester le nouveau sport olympique’, c’est une manière d’inciter les jeunes à s’intéresser au golf car la croissance que l’on connaît vient surtout des couches les plus âgées de la population", explique Emilie Geury. L’essentiel du marketing des trois fédérations (la fédération nationale et les associations francophone et flamande) est donc basé cette année sur les JO avec la campagne #GolfToRio, déclinée sur le Web, les réseaux sociaux, la présence à la Rio House, le lieu de rendez-vous des supporters des Belges installé sur la plage d’Ostende, etc. Au programme: jeu concours permettant de gagner le sac officiel des golfeurs belges aux JO, messages d’encouragement, initiations…

"La médiatisation des Jeux va sans doute contribuer au changement d’image du golf."
sophie vanden bossche
golf club d’enghien

Cela suffira-t-il au golf belge pour rattraper son retard? "On espère que cela va augmenter les affiliations, mais c’est impossible à dire, car cela fait partie d’un tout, observe Sophie Vanden Bossche, directrice de la communication du Golf Club d’Enghien, mais la médiatisation des Jeux va sans doute contribuer au changement d’image du golf que l’on est en train d’observer, comme ce fut le cas naguère avec le tennis et le hockey; cela devrait amener les gens à oser pousser la porte des clubs." À l’AFG, on espère aussi que cette médiatisation nouvelle va attirer l’attention des pouvoirs publics et des sponsors. L’Adeps ne reconnaît pas l’AFG qui ne reçoit donc pas de subsides. Il est toutefois question d’aides ponctuelles pour des projets particuliers, comme la formation des jeunes élites. Quant aux sponsors, ils aident relativement peu les fédérations, préférant se concentrer sur les clubs et les joueurs individuellement. Mais, l’AFG compte bien sur le retour du golf aux Jeux Olympiques pour développer à l’avenir des partenariats et relations de sponsoring.

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