reportage

Les raisins ont remplacé les vaches

22.000 pieds de vigne couvrent aujourd’hui 8,5 hectares de l’exploitation. ©Anthony Dehez

Domaine du Chapitre, à Baulers.

Sur les pavés de la ferme, un chien veille au grain. Seul le son de la cloche de l’église voisine vient troubler son repos. L’animal est bien seul depuis que les écuries ont été transformées en gîtes en 2000 et que les dernières vaches ont quitté les étables voici déjà 9 ans. "Mon mari et moi rêvions de devenir vigneron", confie Annie Demarbaix. Résultat, après une vie consacrée à la culture céréalière et l’élevage de blanc-bleu belge, la famille Hautier donne en 2013 une nouvelle orientation à son exploitation. Les 22.000 pieds de vigne couvrent aujourd’hui 8,5 hectares de l’exploitation. "En avril 2015, nous avons planté près de 8.500 pieds de vigne en pinot noir et chardonnay et en test, environ 1.400 pieds de vigne dérivés des cépages bordelais, adaptés à nos contrées septentrionales. Notre objectif est de produire entre 30.000 et 40.000 bouteilles de vin tous les ans."

"La diversification était devenue inévitable. L’agriculture traditionnelle n’est malheureusement plus rentable."


Une agriculture en crise

Cette reconversion et cette envie de faire du vin cachent une autre réalité : celle d’un secteur en crise. "La diversification était devenue inévitable. L’agriculture traditionnelle n’est malheureusement plus rentable. Faire du vin et planter des vignes demandent moins de surface en comparaison à ce qui est nécessaire pour cultiver des céréales, explique Guillaume, un des enfants qui a rejoint l’aventure. Comment voulez-vous rivaliser avec les immenses exploitations des pays de l’est où la main-d’œuvre est moins chère. C’est impossible si vous ne vous diversifiez pas. C’est d’ailleurs ce que nous a dit notre banquier. C’était finalement la seule façon pour survivre."

D’importants investissements

Place donc au vin. Après deux années de formation en œnologie dans le Bordelais, Guillaume connaît son affaire. "C’est possible de faire du bon vin en Belgique avec les techniques qui se sont améliorées." La reconversion d’une partie des terres en vignes a malgré tout nécessité d’importants investissements. "On n’imagine pas, mais c’est tout le matériel qu’il a fallu changer. Les tracteurs sont plus étroits. Il faudra 20 ans pour un retour sur investissement. Mais on sait où on va, c’est le plus important. D’ici 5 ans, on sera rentable."

L’Echo a parcouru la "route wallonne des vins et spiritueux" et a fait cinq haltes pour vous faire découvrir la culture de la vigne en Wallonie. 

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Dans le hangar à côtés des vignes, les yeux s’arrêtent sur leur nouveau jouet. "Cette machine a été achetée en France. C’est une effeuilleuse. Elle permet d’arracher les feuilles des vignes sans abîmer le raisin. Nous faisions tout à la main jusqu’à maintenant, mais ce n’était plus possible."

Dans le chai, le cérémonial est impressionnant. Entre les cuves en inox, la pièce où repose les mousseux et le rouge qui vieillit dans les barriques, l’entreprise familiale a trouvé son nouveau rythme. "Quand vous plantez des vignes, le vin ne se fait pas l’année qui suit. Il faut attendre qu’elles grandissent. La récolte peut se faire la troisième année." L’année 2015 fut donc celle du grand départ. "Nous avons fait 6.500 bouteilles", s’enthousiasme Guillaume.

Testé pour vous

Un vin muté que l’on peut apprécier avec des desserts au chocolat

Dernier né des vignobles du Brabant wallon, le Domaine du Chapitre à Baulers a choisi de planter des pieds "interspécifiques" à l’exemple du précurseur belge, Philippe Grafé. Un blanc, un rosé, un rouge doux, en attendant un autre, sec, et la fin de l’année, un crémant. Alors, on retrouve le solaris (pour un tiers) et le johanniter (pour deux tiers) dans le blanc, "Le Vin de Jean". Pour le rosé (léger, 11° d’alcool), c’est le cépage rondo qui est vinifié en saignée: on ne prend ici que le jus qui coule naturellement du pressoir sans ensuite de pressurage).

Actuellement, un seul rouge n’est proposé. "Rêve bleu" est issu du cépage très aromatique muscat bleu, un raisin de table, qui a été muté à l’alcool comme les vins doux naturels français (Rivesaltes, Banyuls). Il titre 15°5 et, comme ses cousins du Roussillon, on peut l’apprécier avec un dessert au chocolat. En fin d’année, on pourra découvrir un rouge "classique" issu du cépage régent, de plus en plus familier dans le vignoble wallon.

Le "Saint Rémy" est actuellement en phase d’élevage dans des fûts de chêne achetés dans le vignoble bordelais. Toujours en cette fin d’année, un crémant - il s’appellera "Pré en Bulles" - sera dégorgé pour les fêtes, produit avec bronner et hélios. Mais les propriétaires de ce Domaine proche de la cité des Aclots, ont souhaité aussi planter des cépages classiques : pinot noir et chardonnay en clin d’œil à la Bourgogne et aussi d’autres d’origine bordelaise, très mondialistes: on devine lesquels? Patrick Fiévez

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