Françoise Schepmans: "Le message de Salah Abdeslam est dangereux"

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Françoise Schepmans, bourgmestre MR de Molenbeek, prévient que le travail de prévention de la radicalisation ne doit pas ralentir. Au contraire, il faut encadrer une jeunesse encore trop confinée dans ses quartiers, estime-t-elle.

Une journée comme une autre. Selon Françoise Schepmans, bourgmestre MR de Molenbeek-Saint-Jean, il n’y eut guère que quelques caméras de télévision pour perturber la vie de sa commune en ce premier jour de procès du Molenbeekois le plus célèbre de tous les temps. Ce qui ne l’empêche nullement de commenter l’attitude de Salah Abdeslam devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

"Il veut se faire passer pour le héros. Et auprès de certains jeunes, le message qu’il fait passer est dangereux. Cela peut avoir un effet sur certains individus faibles ou radicalisés…"
Françoise Schepmans

"Je pense que son discours est destructeur, dit-elle. Il veut se faire passer pour le héros. Et auprès de certains jeunes, le message qu’il fait passer est dangereux. Il dit qu’il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et se dédouane de ses crimes. Cela peut avoir un effet sur certains individus faibles ou radicalisés…"

Le silence du terroriste présumé est également déplorable, estime Françoise Schepmans. "J’aurais aimé qu’il explique son parcours, ce qu’a été son cheminement vers le radicalisme violent. Cela aurait été positif en matière d’information. Après le choc, nous essayons de comprendre, mais toujours selon notre interprétation. Son témoignage aurait été intéressant." À l’évidence.

Les mosquées attirent les jeunes à elles

Et en matière de déradicalisation, où en sommes-nous sur le terrain? "Je veux être positive, mais il faut rester vigilant. Et il faudra le rester longtemps, prévient la bourgmestre. Aujourd’hui, nous avons trois agents de lutte contre la radicalisation qui mènent des formations auprès des acteurs socioculturels et éducatifs, et des familles sont suivies. Des individus susceptibles d’être radicalisés nécessitent un encadrement particulier."

"Il ne faut pas lever le pied en croyant que tout est réglé. Il y a encore du travail."
Françoise Schepmans
Bourgmestre de Molenbeek

Le phénomène de radicalisation est mieux appréhendé qu’il y a quelques années, explique encore la bourgmestre, mais elle tient à délivrer un message: "Aujourd’hui, il n’y a plus de déni. Les mosquées et certains groupes religieux disent qu’une fois que les jeunes seront ramenés vers la religion, ils seront plus respectueux de leur prochain. Je ne porte pas de jugement mais je souhaite que les autorités publiques poursuivent et proposent des projets et des activités d’émancipation et d’épanouissement. Des choses sont faites, nous avons mené des projets sur le thème de la liberté d’expression dans les écoles, il y a l’université des enfants, mais il faut des choses en dehors de l’école. Les jeunes sont trop confinés. Il faut les sortir de leur quartier, et ce qui est très important pour moi, c’est qu’ils soient encadrés par des personnes qualifiées. Or, une commune comme Molenbeek n’en a pas les moyens."

Voilà pour la prévention. Niveau répression, Françoise Schepmans ne partage pas l’avis tranché de son homologue socialiste de Forest qui, interrogé lundi sur les ondes de Bel RTL, démontait le Plan Canal mis en œuvre par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) pour plusieurs communes bruxelloises. "Si ce n’était pas un sujet sérieux, je dirais que c’est une bonne blague du ministre de l’Intérieur. Il annonce beaucoup, mais quand je lui écris, je n’ai jamais de réponse", a lancé Marc-Jean Ghyssels.

1.607
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Sur 1.607 associations molenbeekoises, 102 étaient liées de près ou de loin à des faits délictueux, dont une cinquantaine à des faits de radicalisation.

"Le Plan Canal a été positif dans la mesure où l’on devait composer avec un déficit important de policiers, commente Françoise Schepmans. La population a sensiblement augmenté, mais les budgets de police sont restés les mêmes. Aujourd’hui, nous avons 739 fonctionnaires de police contre 689 en 2012." Ce qui est toujours insuffisant, dit-elle.

Sur base des chiffres que lui a communiqués sa police, la bourgmestre ne minimise pas les effets du Plan Canal, qui a notamment permis un contrôle plus serré du milieu associatif. Sur 1.607 associations molenbeekoises, 102 étaient liées de près ou de loin à des faits délictueux, dont une cinquantaine à des faits de radicalisation. "Cela peut être une personne radicalisée, membre d’une association, sans que celle-ci soit directement concernée", tempère toutefois Schepmans.

Selon la police, le Plan Canal a aussi pu diminuer le trafic de stupéfiants, mais quoi qu’il advienne, il faut "rester vigilant", rappelle-t-elle. "Il ne faut surtout pas lever le pied en croyant que tout est réglé… Il y a encore beaucoup de travail." La liste "Ocam" de Molenbeek est moins fournie qu’avant. On y trouve 15 individus présumés décédés en Syrie, une dizaine toujours présumés sur place et quatre qui en sont revenus.

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