La voiture électrique ne verdit pas le climat

Tous les indicateurs semblent donc au vert pour que la voiture électrique fasse son entrée sur nos routes, auréolée de l'étendard de la lutte pour le climat. Pour Greenpeace, cet enthousiasme de bon aloi doit être tempéré si l'on ne veut pas passer à côté du véritable potentiel de cette avancée technologique et œuvrer utilement pour le climat.

Les promoteurs du Salon de l'Auto qui s'ouvrira ce 14 janvier à Bruxelles vantent les mérites de la voiture électrique alors que la Flandre, par la voix de sa ministre de l'Innovation, vient de débloquer une enveloppe de 400.000 € pour lancer un programme-test visant à en favoriser l'utilisation.

Tous les indicateurs semblent donc au vert pour que la voiture électrique fasse son entrée sur nos routes, auréolée de l'étendard de la lutte pour le climat. Pour Greenpeace, cet enthousiasme de bon aloi doit être tempéré si l'on ne veut pas passer à côté du véritable potentiel de cette avancée technologique et œuvrer utilement pour le climat.

Un rôle limité

De nombreux experts s'accordent pour dire que dans les dix années à venir, son taux de pénétration du marché restera faible. A court terme, son rôle dans la réduction du CO2 imputable au secteur du transport restera dès lors limité. Et ce alors que pour le GIEC, les émissions globales doivent commencer à diminuer en 2015 au plus tard...

Pour combattre à court terme l'impact du trafic sur le climat, d'autres mesures s'imposent d'urgence. Entre autres, il est essentiel d'adopter des mesures de réduction du trafic automobile. A long terme, les voitures électriques sont incontournables pour parvenir à réduire les émissions du secteur des transports à un niveau proche de zéro. Or, dans le contexte actuel, l'impact bénéfique de la voiture électrique sur l'environnement reste très incertain. Selon Transport & Environment, une organisation environnementale à vocation européenne, ce choix pourrait même se solder par des émissions de CO2 à la hausse (2).

Réticences

Plusieurs raisons expliquent ce coup de frein à l'enthousiasme. En voici quelques-unes:

>La voiture électrique pourrait booster le trafic. Dans un premier temps, les voitures électriques seront plus chères à l'achat et plus économiques à l'usage. Le risque de voir le nombre de kilomètres parcourus exploser est donc grand. Leur autonomie étant limitée, le risque de les voir s'ajouter au parc automobile traditionnel n'est pas à exclure. Leur vocation étant plutôt citadine, il n'est pas impossible que les voitures électriques fassent de l'ombre à une mobilité beaucoup plus durable (transports en commun, vélo...). Il est également étonnant de voir que la voiture électrique pourra à l'avenir bénéficier d'importants subsides directs ou indirects. Peut-on imaginer une telle manne financière pour favoriser le vélo par exemple? Le raisonnement est sans doute poussé à l'extrême mais l'idée que la voiture électrique ne sera utilisée à juste titre que lorsqu'une politique globale de mobilité sera mise en place devrait prévaloir. Réduction du trafic automobile et promotion de modes de déplacement véritablement durables devraient être abordés en priorité.

>La voiture électrique, paratonnerre idéal de l'industrie. Que la voiture électrique soit très tendance, c'est certes sympathique mais il n'en reste pas moins vrai que cela contribue à détourner l'attention de tous du véritable enjeu pour le climat, à savoir les réductions de CO2. Les véhicules sont actuellement encore beaucoup trop énergivores. Cette situation risque malheureusement de perdurer. Fin 2008, l'Union européenne votait en effet des normes de réduction d'émissions considérablement édulcorées suite au lobbying intense de l'industrie automobile (1). C'est ainsi que l'effet positif des nouvelles technologies, sobres en carbone, est souvent réduit à peau de chagrin du fait que les voitures restent souvent trop puissantes et trop énergivores. C'est par exemple le cas des jeeps hybrides.

>La production de l’électricité. Rouler au charbon ou au nucléaire? Il ne faudrait pas oublier que les voitures électriques fonctionnent avec de l'électricité dont la production n'est toujours pas optimale. Cette situation qui risque de se prolonger pendant la prochaine décennie vient considérablement ternir l'image "verte" de la voiture électrique. Son entrée sur la scène climatique fait tache avec la décision de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires et tous les honneurs qui sont faits de nos jours à une technologie obsolète comme le charbon.

Tourner tous les projecteurs vers la voiture électrique n'est pas suffisant pour en faire une championne toute catégorie de la lutte climatique. Pour ne pas passer à côté de son potentiel, le développement de la voiture électrique doit aller de pair avec une politique durable en matière d'énergie et de mobilité.

Au final, c'est le climat qui doit s'en trouver mieux, pas l'industrie automobile ou les producteurs d'électricité.l

1. 130 gr/CO2 à l'horizon 2015, 95 gr/CO2 en 2020 alors que l'urgence climatique exigerait de descendre le plus rapidement possible sous les 80 gr/CO2...

Par Joeri Thijs, Campagne Climat/Transports Greenpeace 

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