interview

"Internet va obliger à une transparence sur les prix des voitures"

©Frédéric Pauwels / HUMA

À l’occasion du Salon de l’auto, le patron Benelux de Renault, Jean-Paul Renaux le bien nommé, revient sur les défis d’un marché automobile que l’on dit en révolution, mais qui dans les faits, semble pourtant encore très classique…

On n’a jamais autant vendu de voitures et pourtant, les bouchons n’en finissent plus. Est-ce logique?

En Europe de l’Ouest, on est dans un marché mature à saturation. L’ambition de vendre plus doit se faire en reprenant des parts de marché à nos concurrents. On ne peut pas tabler sur la croissance alors que l’on est constamment bloqué dans des embouteillages. Les citoyens comme les sociétés sont obligés de réfléchir différemment et de penser mobilité plutôt qu’achat de voitures.

C’est un discours répandu dans le secteur, mais ne nous voilons pas la face, le Salon sert avant tout à vendre des voitures aux gens plutôt que de la mobilité…
C’est clair qu’aujourd’hui, on est encore dans le schéma où l’on vend avant tout de la voiture, mais Renault en tant que groupe réfléchit à toutes formes de mobilité. La Febiac le fait aussi. Au Salon, il y aura un palais dédié pendant quatre jours à des réflexions sur la mobilité avec des start-ups qui peuvent nous aider à réfléchir à d’autres formes de mobilité même si je comprends le paradoxe du discours d’un représentant d’un constructeur automobile.

Le changement va arriver rapidement?
Cela va prendre du temps. Il y a une série de comportements différents en fonction des générations par rapport à la consommation de mobilité. Pour nos grands-parents on ne prêtait pas sa voiture ni à sa femme ni à ses enfants. Aujourd’hui, on partage la voiture. Toutes ces générations seront encore sur le marché pendant plusieurs années et donc la consommation traditionnelle va perdurer un certain temps.

La voiture électrique, on en parle depuis plusieurs années et Renault n’a pas été le dernier à se lancer dans ce segment. Pourtant la nouvelle Zoé, un produit plus abordable que par le passé, n’a été immatriculée qu’à 350 reprises en 2017.
On fait fois deux, ce n’est certes pas beaucoup, mais quand on va multiplier ces 300 par deux ou trois, les volumes deviendront intéressants. La croissance du véhicule électrique est là, mais est arrivée plus tard que prévu.

Notre pouvoir politique n’a pas une vue claire sur le développement des véhicules alternatifs. On a vu les atermoiements récents sur l’hybride. En l’absence de cela, le développement est plus lent surtout que la prise de conscience du citoyen passe avant tout par son portefeuille.

Les incontournables du Salon de l'auto

Si on veut être responsable pour la planète, il faut proposer des voitures au plus grand nombre. Proposer des voitures à 100.000 euros qui soient technologiquement parfaites, mais qui ne sont accessibles qu’à une partie de la population minime n’a pas d’impact sur l’environnement. Il faut des solutions en grand nombre.

De quoi la Belgique pourrait s’inspirer des Pays-Bas ?
De toute la partie développement des bornes de charge. Les villes néerlandaises ont des politiques de précurseurs. Il y a des dizaines de milliers de bornes aux Pays-Bas alors que l’on en a que 2.000 ou 2.500 en Belgique.

On a un projet qui vise à mettre des voitures électriques dans le centre d’Utrecht alimentées par de l’énergie solaire. Ces mêmes voitures sont connectées sur le réseau et restituent une partie de leur énergie aux heures de pointe. C’est un projet intéressant qui concerne 150 Zoé dans un premier temps. Ce projet fait des petits à Rotterdam ou Nantes. Bruxelles en aurait bien besoin.

La vente en ligne risque de changer fondamentalement la façon dont on va faire des affaires dans l’auto. Elle en est où en Belgique et chez Renault?
La vente en ligne, nous l’avons déjà expérimenté il y a quelques années, mais le consommateur n’était pas prêt. Aujourd’hui, l’achat sur internet prend une part importante dans la consommation. Ça va aller d’autant plus vite quand ce sera couplé avec le private lease. On se payera un contrat de location sur internet sans hésiter, car tout est compris dedans.

Craigniez-vous l’arrivée de nouveaux acteurs comme Amazon? Ne sont-ils pas les vendeurs de voitures de demain?
C’est un risque, mais ça peut devenir une opportunité. Il faut s’adapter. Notre ambition est de préparer l’ensemble de notre schéma de distribution pour qu’il puisse faire face à de nouveaux acteurs sur le marché. L’immobilisme, il n’y aurait rien de pire.

Comment expliquer l’importance du Salon à une époque de vente en ligne.
Il y a un intérêt inévitable pour l’achat en ligne. En même temps, il y a un intérêt de pouvoir aller dans un salon avec tous les modèles en même temps. Je pense que le salon de Bruxelles peut perdurer, si on est suffisamment bons. Si certains salons ont disparu c’est vraisemblablement parce qu’ils ont été trop conservateurs. Il faut s’adapter. Internet va d’ailleurs obliger à la transparence.

Dans les prix?
Oui. Je ne peux que l’encourager. C’est l’intelligence du modèle Dacia avec ses prix nets. Le consommateur a donc confiance.

Internet va obliger Renault à faire la même chose?
Internet va obliger tout le marché à être transparent dans ses prix et sur les meilleures offres que l’on peut faire. Ce sera profitable pour l’image des constructeurs et du secteur. Si on ne le fait pas et que l’on veut résister, quelqu’un d’autre va prendre la place. Il faut être pionnier. Ça comporte des risques mais c’est la seule façon d’avoir une longueur d’avance.

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