Fremault: "J'ai connu le chantage au froid et aux morts de la part du Samusocial"

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Devant la commission d’enquête, Céline Fremault affirme que le Samusocial a exercé des pressions fortes pour rester l’acteur principal du sans-abrisme à Bruxelles et se soustraire aux contrôles.

C’était au tour des deux ministres de tutelle du Samusocial de venir s’expliquer devant la commission d’enquête ce vendredi. La séance a démarré avec l’audition de Pascal Smet (sp.a). Toutes les questions qui lui ont été posées tournaient autour du contrôle de l’asbl. Comment les membres du conseil d’administration du Samusocial ont-ils pu toucher des jetons de présence à hauteur de 60.000 euros par an sans être inquiétés?

D’emblée, le ministre bruxellois a estimé que "le mécanisme de contrôle a fonctionné puisqu’on a découvert un système plutôt ingénieux de rémunération des membres du conseil d’administration". Cette interprétation a fait réagir le chef de file libéral, Vincent De Wolf, pour qui il n’y aurait tout simplement pas eu de scandale si le gouvernement avait imposé davantage de contrôles.

"J'ai évité la confrontation avec Yvan Mayeur car c’est ce qui le nourrit. Il a besoin de ça pour exister."
Pascal Smet
Ministre bruxellois de la mobilité

Pascal Smet affirme qu’il était favorable à davantage de contrôle mais qu’il était coincé par le statut juridique du Samusocial, qui est une ASBL privée. "Il ne s’agit donc pas d’une tutelle classique". Il a donc joué le jeu de la négociation pour tenter d’imposer un contrat de gestion au Samusocial et la présence de commissaires de gouvernement au sein du conseil d’administration. "J’ai appris que quand on veut avoir tout, la crème fraîche compris, on n’a rien. Ma vision était donc d’agir en deux temps. D’ouvrir une brèche en limitant le contrôle au dispositif hivernal. Et dans un deuxième temps, préparer une ordonnance qui étendrait ce contrôle".

Il ajoute qu’il voulait éviter d’entrer en conflit avec Yvan Mayeur. "Je n’ai jamais eu une relation amicale avec lui mais j'ai évité la confrontation car c’est ce qui le nourrit. Il a besoin de ça pour exister. J’ai préféré jouer un rôle de médiateur qui apaise les tensions. Je voulais éviter de me retrouver dans la même situation qu’Evelyne Huytebroeck, qui a essayé d’obtenir quelque chose de sa part pendant 10 ans".

Vision différente

Pascal Smet affirmera encore qu’il avait "une vision stratégique différente de celle de Céline Fremault". Cette dernière voulait "un contrôle maximaliste dès 2015", expliquera-t-elle lors de son audition qui suivra celle de Pascal Smet. "Eu égard au rôle important accordé au Samusocial et aux subsides conséquents dont il bénéficiait, j’ai demandé de raffermir le contrôle. Je n’ai pas été suivie", déclare-t-elle sans mentionner nommément qui au sein du gouvernement a bloqué. Elle réitérera sa demande lors de la confection du budget 2016, qui accordera près de 10 millions d’euros supplémentaires à l’ASBL. C’est à ce moment que le contrat de gestion et l’envoi de commissaires vont être décidés, mais dont la portée sera limitée.

"Les pressions exercées par le Samusocial ont eu des résultats variables selon les cabinets."
Céline fremault
Ministre bruxelloise

Elle affirme que le Samusocial a exercé des pressions fortes afin de s’assurer de rester l’acteur hégémonique du secteur. "J’ai connu le chantage au froid et aux morts de la part du Samusocial", déclare-t-elle, en évoquant les sorties de presse alarmistes de Pascale Peraïta, la directrice du Samusocial. Elle mentionne également les courriers de l’avocat maître Uyttendaele, dans lesquels il réfute la légitimité de la Région en matière de contrôle.

"Ces pressions ont eu des résultats variables selon les cabinets". Les députés lui demandent de préciser son propos. Elle répond: "Je pense qu’il y a des relations privilégiées avec le Samusocial en fonction des appartenances politiques". Suivez mon regard…

Elle ajoutera cependant que le ministre-président, Rudi Vervoort (PS), n’a fait obstruction ni à l’établissement du contrat de gestion ni à l’envoi de commissaires du gouvernement, en 2016. Mais elle répétera qu’elle voulait aller plus loin.

Les auditions se poursuivront ce lundi avec celle du ministre-président ainsi que celle du ministre en charge du Budget, Guy Vanhengel.

Peraïta et Mayeur encore au Samusocial

Selon le quotidien La Libre Belgique, le conseil d’administration démissionnaire du Samusocial s’est réuni il y a quelques jours en présence, notamment, d’Yvan Mayeur et de Pascale Peraïta, pourtant tous deux éclaboussés dans le scandale du Samusocial.

Cette information a fait réagir le député Benoît Cerexhe (cdH): "Pascale Peraïta refuse de venir s’expliquer devant la Commission d’enquête mais continue à s’occuper de la gestion du Samusocial. Je ne comprends pas qu’elle et Yvan Mayeur n’aient pas la décence de ne plus participer à aucune réunion du Samusocial", a-t-il déploré avant d’interpeller Céline Fremault sur le sujet. Cette dernière a affirmé qu’elle avait envoyé un courrier au président du conseil d’administration, Michel Degueldre afin de connaître l’ordre du jour de cette réunion. Elle a également indiqué qu’elle souhaitait qu’une assemblée générale soit convoquée au plus tôt afin d’acter la dissolution effective du conseil d’administration. Un CA provisoire sera ensuite mis en place et un manager de transition sera nommé afin d’organiser le transfert des activités à un futur outil régional.

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