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"L'affaire Veviba n'est pas une crise sectorielle"

©BELGA

Pour le patron de la fédération des abattoirs, Michaël Gore, les fraudes décelées chez Veviba à Bastogne sont un incident limité à un site, pas une crise touchant tout un secteur. Il défend néanmoins une série de mesures d’amélioration des contrôles.

Alors que l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) doit remettre ce jeudi son rapport sur les contrôles effectués chez Veviba au ministre de l’Agriculture, comment le secteur des abattoirs ressent-il la crise? Michaël Gore, l’administrateur délégué de la Febev, la fédération du secteur de la viande et des abattoirs, fait le point de la situation.

Comment lisez-vous la crise Veviba?
Le problème survenu chez Veviba reste, à nos yeux, un incident lié à une entreprise et pas une crise liée au secteur. C’est important à souligner car les organisations agricoles exploitent l’impression qu’il s’agit d’un problème touchant l’ensemble des abattoirs afin de faire pression sur les politiques pour qu’ils libèrent des moyens. Le secteur bovin est en crise depuis des années, mais on ne peut pas utiliser l’affaire Veviba pour généraliser la problématique dans le but d’obtenir des compensations pour les éleveurs. Selon nous, les éleveurs qui ont fourni le groupe Veviba devraient recevoir des compensations, pas l’ensemble des éleveurs.

Les politiques n’y verraient que du feu quant à cette tentative de généralisation?
Pour l’instant, les responsables politiques s’occupent d’autre chose. Les souhaits des organisations agricoles ne figurent pas encore à leur ordre du jour, mais cela viendra. Le ministre de l’Agriculture fédéral Denis Ducarme a exigé que les différents maillons de la chaîne proposent des initiatives, qui seront évaluées et éventuellement appliquées pour recadrer ce qu’il s’est passé chez Veviba. Nous avons formulé des propositions très concrètes au cabinet Ducarme.

Lesquelles?
→ Un, il faut étendre le code de bonnes pratiques qui existe au niveau de la "Concertation Chaîne", qui implique tous ses maillons, afin d’y incorporer la sécurité alimentaire, le bien-être animal et la fraude, et, en même temps, songer à créer un point de contact accessible à toute la chaîne.
→ Deux, nous subissons des contrôles organisés aussi bien par le Fédéral que par le régional: nous demandons la mise en place d’indicateurs qui collecteraient les données aux différents niveaux de pouvoir, pour détecter les anomalies dans les entreprises et signaler quand il sera nécessaire d’aller vérifier sur le terrain.
→ Trois, nous sommes en train de mettre en place une organisation de branche, ce qui permettra que les accords interprofessionnels seront d’application non plus uniquement pour ses signataires, mais pour l’ensemble du secteur à l’échelle nationale: nous demandons au ministre d’accélérer son approbation.
→ Quatre, on a constaté ces derniers jours qu’il n’y a aucune coordination autour de cette crise: il faudrait qu’ensemble, les maillons de la chaîne et les autorités compétentes déterminent la démarche à suivre pour mieux coordonner, à l’avenir, la communication, la gestion des problèmes d’approvisionnement, etc.
→ Cinq, nous proposons de renforcer le cahier des charges de l’association BelBeef (qui offre un système complet de certification): on avait commencé à le revoir suite au problème de bien-être animal chez Verbist en 2017 en revoyant les modalités liées au bien-être ainsi qu’en approfondissant le contrôle de la traçabilité. Un travail à finaliser.
→ Six, à la fédération, nous avons une charte liant nos membres: nous avions commencé en janvier à la réécrire. On veut y indiquer clairement que nous aurons une tolérance zéro pour toute fraude intentionnelle et qu’il n’y aura plus place pour les fraudeurs à la Febev.

Y a-t-il assez de capacités d’abattage en Belgique pour absorber les volumes détournés de chez Veviba-Verbist?
On a évoqué un problème d’approvisionnement des grandes surfaces ainsi qu’un souci au niveau de la logistique, pour amener les bêtes à l’abattoir. Nous avons eu des contacts avec les distributeurs et les organisations agricoles: nous sommes mercredi et à ce jour, je n’ai reçu aucun retour selon lequel il existerait une difficulté. Il n’y a donc pas de problème d’approvisionnement des magasins pour l’instant. Nous avons réussi à augmenter les capacités de nos abattoirs, qui tournent à plein régime actuellement.

Et si demain, on finit par manquer de capacités?
On contactera en ce cas l’Afsca pour demander une dérogation à l’arrêté royal de 1952 qui interdit l’abattage dans la filière bovine avant 5h ainsi que le week-end. Afin d’étendre les heures d’abattage.

Il est dommage que les quatre abattoirs du groupe soient frappés par le boycott…
L’incident et l’enquête sont liés au site de Bastogne. Suite aux constats effectués à Bastogne, c’est la grande distribution qui a décidé de ne plus travailler avec Adriaens et Lanciers, deux autres abattoirs du groupe Verbist. Une décision prise par les clients, pas par l’Afsca. Et je rappelle que l’abattoir de Bastogne a été jugé conforme et est parfaitement en mesure de poursuivre ses activités, mais il souffre évidemment de la rupture de confiance de la clientèle.

Avez-vous été surpris par le déclenchement de l’affaire Veviba?
Absolument! J’aurais pu comprendre qu’une crise du genre se produise il y a 20 ans, époque où il y a eu des cas similaires, notamment un problème d’étiquetage d’origine, mais plus aujourd’hui après l’installation de l’Afsca, les autocontrôles et les systèmes extralégaux de conscientisation des opérateurs.

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