Pointer les seules lenteurs de la Justice semble un peu court

©Photo News

Ecolo et Groen ont épluché les annexes du rapport de l'Afsca sur le scandale sanitaire Veviba. Leurs conclusions sont claires: les manquements de l'agence sont flagrants. Et la responsabilité du gouvernement est engagée.

C'est le charme des scandales: à chaque jour son lot de révélations.

On le sait, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) s'est fendue d'un rapport d'une dizaine de pages afin de mettre en lumière les efforts qu'elle a déployés dans le cadre de la vaste fraude sanitaire découverte au sein de l'abattoir Veviba. Rapport dans lequel l'Agence pointe essentiellement les lenteurs de la justice belge.

Sauf qu'outre sa dizaine de pages de synthèse, ledit rapport comporte également une belle volée d'annexes, tenant dans une dizaine de classeurs, mis à disposition des députés dans la "data room". La fraction Ecolo-Groen ne s'est pas fait prier et a passé sa soirée et une partie de la nuit à éplucher - dans la mesure du possible - les quelque 4.500 pages en question.

Qu'en ressort-il?

On vous résume les grandes lignes.

Il est vrai que la Justice a ses lenteurs, admettent les députés Muriel Gerkens (Ecolo) et Kristof Calvo (Groen). Il n'empêche que les annexes mettent en lumière les manquements de l'Afsca elle-même:

  • L'Afsca est informée fin septembre 2016, via le Kosovo, de l'existence d'une fraude à l'étiquette impliquant Veviba. Or que remarque-t-on? Qu'en 2017, le nombre de contrôles effectués par l'Afsca au sein de l'abattoir est en diminution. Ce n'est pas tout. En novembre 2016, l'agence reçoit de nouvelles informations portant cette fois sur une fraude économique. "La logique de base voudrait qu'après le retentissement de la sonnette d'alarme, davantage de contrôles soient effectués", commente Muriel Gerkens. Sauf que c'est le contraire qui s'est produit. Alors même qu'une note interne à l'Afsca met en lumière "l'attitude nonchalante" du secteur de l'abattage face aux questions d'hygiène.
  • Certes, une instruction judiciaire était en cours. Mais celle-ci n'empêchait nullement l'Afsca de mener des contrôles dans le cadre de ses compétences, a clarifié le parquet dans une réponse adressée à l'Afsca.
  • Enfin, comme dans la crise du fipronil, il semble que l'Afsca ait traîné à alerter le système européen d'information. Les écologistes n'y ont trouvé qu'une notification envoyée par l'Afsca le... 8 mars 2018.

 

"De la lecture des annexes, il ressort qu'il existe trois responsables, résume Kristof Calvo: la justice, l'Afsca, mais aussi le gouvernement." Pour Ecolo et Groen, les annexes du rapport de l'Afsca incriminent également le gouvernement fédéral. Démonstration à la clef:

  • Les effectifs et moyens ont été revus à la baisse. Au sein de l'agence, où l'unité nationale d'enquête ne compte que 17 équivalents temps plein (ETP) - ils sont 125 aux Pays-Bas. Mais également dans les rangs de la police ou de la Justice. Ainsi, en province du Luxembourg, la police judiciaire fédérale ne dispose que de 2 policiers référents pour les enquêtes relatives à la santé publique. Et le nombre de juges d'instruction est passé de 6 à 4.
  • La sécurité alimentaire ne figure plus au menu du Plan national de sécurité 2016-2019.
  • Les Verts déplorent le "détournement de moyens" de l'Afsca, certains agents étant envoyés à l'étranger afin d'y effectuer la promotion de la filière belge, déforçant au passage la force de contrôle de l'agence, dont la fonction première est quand même la sécurité alimentaire.

 

Vous voyez, la commission conjointe Santé et Economie risque d'être animée ce mercredi matin à la Chambre.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés