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Veviba et le rôle des distributeurs

Les grandes surfaces sont coresponsables

Chaque jour qui passe, l’impression grandit que les cas de fraude à l’étiquetage de la viande dénoncés chez Veviba ne constituent pas un incident isolé dans le secteur de l’abattage et de découpe de la filière bovine.

Cette impression laissera peut-être la place à des démonstrations dans les semaines qui viennent. Auquel cas, des doigts accusateurs viendront à nouveau pointer l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), soit pour dénoncer l’insuffisance des contrôles, soit pour la suspecter d’entretenir en son sein des éléments corruptibles.

Mais l’heure est venue d’interpeller un autre acteur de la chaîne, auquel on n’a pas osé toucher jusqu’ici parce qu’on lui prête toutes les vertus: la grande distribution.

Pour inverser la tendance, il faudrait que la distribution cesse de marketer une qualité low cost fictive.

Sans vouloir blanchir les fraudeurs, ne faut-il pas se demander ce qui les pousse à tricher? Les distributeurs n’ont eu de cesse, ces dix dernières années, de mettre leurs fournisseurs sous pression en les priant de raboter leurs prix. L’avènement du hard discount et la poursuite de la consolidation de la distribution tout entière ont accru la tendance. Or la filière bovine traversait déjà une crise structurelle.

Les éleveurs ont sans doute le plus souffert, peut-être parce qu’ils n’avaient pas les moyens de frauder. À l’étage en dessous, en aval, les abattoirs et les centres de découpe et transformation ont pu résister un peu mieux en s’organisant autrement. Le biais le plus "facile" a été le recours à des travailleurs détachés des pays de l’est, pour comprimer leurs coûts salariaux dans un secteur à haute intensité de main-d’œuvre. Pas super, mais pas illégal.

D’autres biais, moins dans les clous de la légalité, ont été empruntés par certains pour continuer à répondre aux exigences des distributeurs. En privilégiant systématiquement les bons morceaux dans leurs achats, ces derniers ont indirectement poussé des opérateurs de la viande à surstocker leurs restes. La porte ouverte à la fraude à la date de péremption.

Pour inverser la tendance, il faudrait que la distribution cesse de marketer une qualité low cost fictive et qu’in fine, le consommateur accepte de payer sa viande plus cher… Mission impossible?

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