Les petits nouveaux du streaming débarquent!

Dans "Bandersnatch", le spectateur est invité à poser des choix à la place du protagoniste pour faire progresser l’histoire. ©doc

Face à l’offre sérielle exponentielle, les nouvelles plateformes de streaming devront jouer des coudes. Petit tour des tendances fleurissantes qui valent leur pesant de pop-corn.

Si votre bonne résolution de 2019 est de diminuer votre consommation de séries, passez votre chemin, car un marché est en train d’exploser: celui des plateformes de streaming. On connaît le mastodonte Netflix aux 140 millions d’abonnés et sa concurrente directe Amazon Prime, qui a passé l’an dernier la barre des 100 millions. À leurs côtés bourgeonnent désormais une ribambelle de nouvelles venues émanant d’autres géants médiatiques: Disney, Apple, YouTube, Facebook… La bataille pour capter l’attention du public s’annonce aussi féroce que créative.

Miser sur l’usage social

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Amazon, Netflix, Hulu (annoncée en Belgique pour 2019) ou encore Disney +, qui les rejoint dans le courant de l’année – avec un catalogue bulldozer incluant la franchise "Star Wars", les héros Marvel et les animations Pixar – ont l’avantage de s’adresser à un public venu expressément trouver le contenu qu’elles proposent. Pour les plateformes d’expression personnalisée que sont YouTube et Facebook, en revanche, il s’agit plutôt de changer les habitudes de consommation de leur public.

Si l’évocation de Facebook Watch ne pose pas franchement un horizon d’attente de séries TV de qualité, le réseau social entrait pourtant officiellement dans la course avec l’appréciée "Sorry For Your Loss" en septembre dernier, tout comme sa concurrente YouTube Premium convainquait avec le succès surprise de "Cobra Kai" quelques mois auparavant.

Cobra Kai

Affalé seul dans son canapé, mais ensemble: un concept qui risque de s’intensifier sur Facebook Watch.

Seulement voilà, si elles valent le détour, ces séries auraient pu sortir de n’importe quelle autre chaîne. Pas de quoi convertir le public, donc. Si YouTube semble en crise existentielle quant à sa plateforme – passée de payante à gratuite en quelques mois à peine –, Facebook Watch manœuvre vers ce qu’elle a indéniablement de son côté: son usage social. En plus des likes, partages et commentaires live, le réseau social s’attache à développer sa fonctionnalité "Watch Party", qui encourage les utilisateurs à réunir leur communauté virtuelle pour regarder leur épisode. Affalé seul dans son canapé, mais ensemble, c’est un concept qui a toutes les chances de s’intensifier sur la plateforme et au-delà.

Récits transmédiatiques

Au-delà, car sur le grand marché de l’attention, de plus en plus de concurrents se tournent vers le transmédia. Les passerelles d’un média à l’autre pour diffuser un univers sériel ne sont pas inédites, y compris pour les chaînes de TV traditionnelles: le roman, réellement disponible sur Amazon, écrit par l’héroïne de "Jane the Virgin", les multiples comptes Twitter de personnages fictifs (celui du pétulant Rogelio de la Vega, de la même série, approche des 100.000 abonnés) ou le site web épatant issu de Delos, l’univers de "Westworld", en témoignent.

Westworld

Davantage utilisé à des fins promotionnelles, le transmédia est maintenant raflé par les nouvelles plateformes qui y fondent étroitement la narration de leurs séries. Pour l’heure, la pépite en la matière, c’est "Skam". Un teen show norvégien adapté à toutes les sauces locales (la version franco-belge diffuse actuellement sa troisième saison) dont le récit progresse en temps réel entre échange de messages et stories Instagram. Facebook Watch s’est déjà saisi de la démarche, qu’on imagine aisément adaptée sur les futurs projets sériels d’Apple et son écosystème tentaculaire.

Skam France

Interactivité tâtonnante

Une autre facette de cette recherche de loyauté active du spectateur nous vient de Netflix, temple du confort passif qu’est le bingewatching, mais aussi, paradoxalement, laboratoire de la narration interactive qui mise sur un public captif, car actif. Dans "Bandersnatch", un épisode de la série dystopique "Black Mirror", divulgué le 28 décembre dernier, le spectateur est invité à poser des choix à la place du protagoniste, pour faire progresser l’histoire dans un sens ou dans l’autre. Si les réactions partagées suite à l’épisode témoignent d’un engouement confus, "Bandersnatch" donne tout de même à Netflix un fumet d’avant-garde en flanquant un coup de pied dans la fourmilière digitale. La compagnie s’est d’ailleurs récemment fendue d’un appel à candidature pour un poste au sein de son équipe de conception interactive, une annonce qui, en plus de signaler le développement de ce pôle, envoie aussi à un clin d’œil narquois à la concurrence.

Black Mirror: Bandersnatch

Après les rumeurs, la semaine dernière, de négociations actives de Disney pour l’achat des parts d’AT&T dans Hulu, ou la keynote très attendue, fin mars, lors de laquelle Apple devrait (enfin) officialiser les détails du lancement de sa plateforme de streaming, les pièces du puzzle numérique ne cessent de bouger. Installez-vous confortablement: prochain épisode dans 5, 4, 3…

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