"Quand on écrit une saison 2, il faut tout repenser à zéro"

Stéphanie Blanchoud ©mfn

La fin de la saison 1 d’"Ennemi public" laissait présager une suite. Et la voilà. La série belge ancrée dans les Ardennes revient faire vibrer nos dimanches soirs dans une nouvelle saison.

Après de bons taux d’audience, une critique très positive couronnée par plusieurs prix et surtout une fin de saison 1 qui appelait la suite de toutes ses forces, "Ennemi Public" revient pour une seconde saison attendue.

Nous sommes narrativement deux années plus tard et Chloé Muller, l’inspectrice principale, n’est plus dans la police. Lorsque les parents d’une petite fille kidnapée la contactent, cela réveille le souvenir de sa sœur disparue et elle décide de réintégrer les forces de l’ordre. Elle se rend vite compte que Béranger, l’assassin d’enfant en liberté conditionnelle au monastère de Vielsart, en sait beaucoup sur le gourou-ravisseur d’enfants. Elle comprend alors que l’histoire de sa sœur est liée à cette secte qui protège ses âmes pures du monde matérialiste des "égarés".

Relations interpersonnelles

Contrairement à la première saison, ce n’est pas tant l’intrigue qui prend le dessus mais bien les relations entre les personnages, la compréhension de la personnalité de ces derniers et de leurs motifs. La toile de fond est la recherche de la secte et de la dizaine de femmes captives du mensonge d’un homme déséquilibré au passé ténébreux. Plusieurs personnages ne changent pas pour des raisons psychologiques très compréhensibles. D’autres au contraire évoluent de manière très intéressante et c’est une des grandes forces de ce deuxième opus.

Stéphanie Blanchoud

Alias Chloé Muller

Pour le plus grand plaisir des spectateurs, Stéphanie Blanchoud revient pour continuer à camper Chloé Muller, une enquêtrice déterminée, très professionnelle mais en même temps pleine de failles. Comme nous le disait Stéphanie Blanchoud, "c’est un personnage un peu névrosé mais très agréable à jouer car le contraste entre force et fragilité est très beau. Il y a par ailleurs plus de couleurs dans ce personnage en deuxième saison." De plus, malgré ses limites dues à un investissement très personnel dans l’investigation, c’est une femme forte qui "fait à fond tout son boulot de flic" et qui aide son coéquipier peu compétent à devenir un meilleur enquêteur. Et tant pis, "même si elle n’est pas aimable, c’est un personnage génial à incarner".

Patrick Stassart (joué par Philippe Jeusette), ancien chef symbolique du village, en est un bon exemple. Il doit se reconstruire après avoir compris les horreurs que sa femme a commises, et il est rejeté par un village tout entier qui semble ne pas connaître le pardon. Il est devenu le père célibataire d’un enfant handicapé dont il s’occupe avec maladresse mais avec amour. Le personnage de l’assassin-candidat moine est, lui, remarquablement incarné par Angelo Bison.

"Ennemi public", à partir du 10 mars, à 20h55, sur La Une.

Trouver un point de départ à la fois nouveau et routinier, c’était le challenge des créateurs d’"Ennemi public". Les réalisateurs Gilles de Voghel (GdV), Matthieu Frances (MF) et Christopher Yates (CY) nous éclairent.

Tout d’abord quels ont été les grands changements de cette seconde saison?
CY: On a grandi en termes d’écriture et puis quand on écrit une saison 2, les dés sont relancés, il faut tout repenser à zéro mais avec les mêmes personnages. C’est très compliqué car il faut retrouver un point de départ qui soit à la fois nouveau et routinier. Et on a voulu faire quelque chose de plus moderne.

MF: C’était compliqué car on savait qu’on n’allait pas faire deux fois le coup d’un meurtre à Vielsart. Après qu’il se soit terré à l’abbaye, Béranger (le tueur en liberté conditionnelle, NDLR) a évidemment envie de sortir et d’essayer de jouir un peu de sa liberté. Qui rencontre-t-il, comment cela change le quotidien des villageois… sont les nouvelles questions thématiques qui nous excitent le plus. Clairement.

GdV: L’autre grande évolution est le changement de style du "whodunnit" au "whydunnit". On a souvent le défaut de rajouter de l’intrigue en permanence alors qu’il suffit de faire un gros événement et de voir comment les personnages réagissent à cette situation et évoluent.

Le thème principal, c’est bien la question du droit à la réinsertion?
MF: Oui, et si on le prend d’un point de vue chrétien, c’est la rédemption. Ça fait partie des questions de la série et des questions qui hantent plusieurs protagonistes.

CY: On fait en sorte qu’il y ait toujours un écho de cette question dans tous les personnages. En termes d’écriture, on a été volontairement très fidèle à nos protagonistes. On les a repris exactement au même endroit mais deux ans plus tard.

Les Ardennes semblent être un acteur à part entière. Quel est son rôle?
MF: Au tout départ, c’était un décor idéal car on avait envie de faire un western. C’est le seul territoire isolé aussi peu dense en Belgique. On a beaucoup écrit là-bas au début. On est fan des Ardennes, on y a passé beaucoup de temps. On les a fantasmées plus américaines, avec des villageois un peu rednecks. Puis quand la religion s’est immiscée dans la série, c’est devenu un décor symbolique parfait: le sanctuaire de toutes les religions ancestrales.

GdV: La situation dans les Ardennes, c’est aussi parce qu’on a envie de parler de cette région qu’on connaît. C’est quelque chose qui nous tient à cœur de parler des problèmes belges. On a fait cette série parce qu’on a vu le cas de Michèle Martin et de son intégration au couvent des Clarisses à Malonne. Et enfin, l’affaire Dutroux qu’on a vécue nous-mêmes, adolescents. Ça marque. Cet ancrage est voulu, et en plus, il était demandé dans le premier appel à projets de la fédération qui spécifiait qu’il fallait une teinte belge, locale, mais une histoire universelle. C’est également ce que nous voulions.

 


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