Série | Boris Johnson est une femme

©HBO

Dès demain sur Be tv, la foudroyante minisérie "Years and Years", campée dans une Grande-Bretagne post-Brexit, puise directement dans ce qui nous est familier. La claque de l'année!

"Je m’inquiète de tout. Je ne sais de quoi m’inquiéter en premier. Parce que si c’est mauvais maintenant, comment ce sera dans 30 ans? 10 ans? 5 ans?" C’est à la fois le pitch et la structure narrative de "Years and Years" que résume ainsi l’un des membres de la famille Lyons, au cœur du récit. La série s’ouvre en 2019 puis, au fil des épisodes, égrène les années, rythmées par les anniversaires, les fêtes du Nouvel an, mais aussi l’actualité politique: la réélection de Donald Trump, le décès d’Elizabeth II, le putsch de l’armée ukrainienne… Et la montée déterminée, d’année en année, d’une politicienne jusqu’alors inconnue: Vivienne Rook (implacablement interprétée par Emma Thompson).

Figure fictionnelle, Rook est la synthèse flagrante de ce qui se propose actuellement en réponse aux inquiétudes rampantes: clownesque, insolente, officiellement anti-establishment, elle incarne une stratégie politico-médiatique reconnaissable. Avec l’aisance d’un Boris Johnson, elle annonce sur un plateau TV se foutre de la Palestine, de Kiev, du Yemen. On pouffe de rire: comment ose-t-elle? Elle s’en sort par une pirouette toute trumpienne lorsqu’elle est réprimandée: "C’est ça le problème, on ne peut plus rien dire de vrai".

La bande annonce de Years and Years

 

La puissance du réalisme

Nombreuses sont les séries qui puisent directement à la source un contenu réaliste et engageant, qu’elles projettent le futur, comme la techno-moralisatrice "Black Mirror", ou qu’elles empruntent au passé, comme l’excellente "Derry Girls" plantée en plein conflit nord-irlandais. Mais ce qui transforme "Years and Years" en claque, c’est son impitoyable familiarité. Elle s’ancre fermement dans notre présent, dont elle semble tout naturellement dérouler la suite logique et terrifiante, au point que son créateur, Russel T. Davies, admet en parlant de sa série: "Je ne pouvais pas l’écrire suffisamment vite: ça arrive en ce moment sous nos yeux".

Si "The Handmaid’s Tale" a construit un système, hiérarchique et punitif, pour formuler son propos dystopique, "Years and Years" se concentre davantage sur les réactions individuelles, souvent piégées dans l’inertie, qui mènent au lent basculement du système. La série nous montre les impacts à l’échelle familiale de décisions politiques prises alors que nous bougonnons nos désaccords, paumés entre les critiques stériles du zéro-carbone de Greta et les postures privilégiées s’octroyant le luxe de trouver la politique ennuyeuse.

Ce n’est pas un hasard si la jeune génération, pourtant loin d’être le cœur de cible de la série, s’en empare, en partageant des extraits sur les réseaux sociaux comme autant de pamphlets. Prônant le passage à l’action, la fronde assumée, "Years and Years" essayerait-elle de nous faire gagner quelques années en nous montrant la voie?

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