À Louvain-la-Neuve, Tessares et e-Peas rêvent de marcher dans les pas d'Iris et d'IBA

Cofondée en 2014 par Geoffroy Gosset (photo), e-Peas, spécialiste en micro-électronique, fait partie de ces spin-offs de l’UCL à haut potentiel qui pourraient égaler les succès d’Iris ou IBA. ©Dieter Telemans

Depuis la fin des années 80, l’université néo-louvaniste n’a eu de cesse d’encourager l’émergence de spin-offs sur ses terres. Une septentaine de projets ont vu le jour. Avec peu de succès? La route est longue et semée d’embuches... mais certaines boîtes pourraient aujourd’hui changer la donne. Tout comme les étudiants, désormais sensibilisés à l’innovation depuis les bancs des auditoires.

Qu’un fleuron du numérique tel qu’Iris soit né à Louvain-la-Neuve ne tient évidemment pas du hasard. L’entreprise spécialisée dans la gestion et la reconnaissance électronique de documents y a vu le jour de par la présence de l’université catholique de Louvain, tout simplement.

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Depuis IBA et Iris fin des années 80, l’UCL aura permis l’émergence d’une septantaine de spin-offs. Une soixantaine sont toujours actives.

À la suite d’une thèse de doctorat en sciences appliquées au sein de l’institution néo-louvaniste, l’ingénieur Pierre De Muelenaere décide de commercialiser les résultats de ses recherches, encouragé par un professeur. Il s’associe alors à un certain Jean-Didier Legat, autre chercheur aujourd’hui conseiller du recteur à la valorisation de la recherche, qui l’accompagnera pendant 3 ans avant de s’en retourner à une carrière universitaire.

À l’époque, la jeune pousse fait suite à un constat: toute entreprise détient une masse d’information uniquement accessible sur papier. Quelle réponse y apporter? La numérisation et la reconnaissance de caractères qui l’accompagne. Simple, efficace, mais surtout novateur pour l’époque, soit en 1987.

Après diverses péripéties, la société s’envole peu à peu pour finir par employer plus de 500 personnes pour un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros, avant d’être rachetée en 2013 par le géant japonais Canon. Une belle success story qui doit en partie son ascension à la politique en matière de spin-offs de l’université.

N’est pas Iris qui veut

Depuis cette époque, ce sont près d’une septantaine de projets de recherche qui ont suivi un chemin similaire… mais sans toutefois connaître le grand "finale" d’Iris. En effet, bien que les initiatives concernent des domaines aussi porteurs que la cybersécurité, la récupération d’énergie pour l’internet des objets (IoT) ou encore l’optimisation de la qualité et des performances de la connectivité Internet, lorsque l’on se penche sur l’historique du Louvain Technology Transfer Office (LTTO), force est de constater que la création des derniers grands succès remonte… au milieu des années 80. Pour preuve, la moyenne d’emplois générés par les dix plus importantes spin-offs de l’UCL nées après Iris et IBA tourne autour des 175, un nombre bien en deçà de ce qu’ont atteint les deux stars d’alors. Certains n’hésitent pas à parler d’un "trou" depuis cette époque, ce qui n’a en fait rien d’anormal.

"Mettre sur pied une spin-off reste un projet ambitieux."
Jean-Didier Legat
Cofondateur d’Iris et Actuel conseiller du recteur de l’UCL à la valorisation de la recherche

En effet, l’exercice comporte évidemment son lot de risques. Tout projet ne réussit pas toujours à se développer, voire, parfois, s’éteint. Interrogé sur ce point, le conseiller au rectorat à la valorisation de la recherche reconnaît que cela reste "une démarche qui n’est pas facile". Une spin-off, cela demande du temps, des fonds, des talents… Il faut donc être patient, mais aussi "avoir un peu de chance, que ce soit dans son parcours ou dans le fait d’avoir une idée avec un potentiel suffisant", témoigne Pierre De Muelenaere, souvent interrogé sur la recette miracle. "Mettre sur pieds une spin-off reste un projet ambitieux".

Et si les succès se font attendre depuis lors, certaines initiatives néo-louvanistes pourraient bien assurer prochainement la relève de par une ascension rapide et un potentiel de futur géant. C’est le cas notamment de Tessares, spin-off de l’UCL née en 2015 avec l’idée d’optimiser les capacités de connexion Internet et au sein de laquelle Proximus a investi aux côtés du fonds d’investissement universitaire Vives II. "Après trois ans, ils sont désormais 25 et vendent leur solution dans plusieurs pays du monde. C’est tout de même remarquable", souligne Jean-Didier Legat.

Apprendre à entreprendre

Et puis, si le système de spin-offs a permis des années durant de générer de l’innovation côté académique, il est important de souligner que le monde dans son ensemble est en train de changer rapidement et profondément. C’est pourquoi, une institution qui se veut dynamique et ouverte comme l’université néo-louvaniste tente de l’être ne peut aujourd’hui plus se limiter à ce seul mode de fonctionnement.

Les équipes aux commandes l’ont bien compris. En parallèle de son activité historique, l’UCL a décidé de favoriser l’innovation par le biais d’initiatives connexes telles que la formation interdisciplinaire en création d’entreprise, dite "CPME". Au programme, l’étudiant suit divers cours et réalise un mémoire de fin d’études sur le sujet. "Tout cela dans des équipes mixtes, composées d’un ingénieur civil, un ingénieur de gestion et un juriste par exemple", souligne Jean-Didier Legat. Une (r)évolution.

Du reste, l’université propose aussi une mineure en esprit d’entreprendre, ouverte à la quasi-totalité des étudiants, permettant compréhension et ouverture au monde professionnel des PME. Voire, pour les plus aventuriers, un statut d’étudiant entrepreneur permettant au concerné de lancer une start-up en parallèle de ses études. Et cela a son importance, car là où la différence peut se faire sentir en matière d’entrepreneuriat, c’est sur l’aspect culturel, selon Pierre De Muelenaere. En effet, "pourquoi pensez-vous que la Belgique est en retard par rapport à la Silicon Valley, interroge le cofondateur d’Iris. Pour des raisons culturelles". Et "d’ailleurs, tant que des chercheurs cultiveront l’envie de jouer à la spin-off pendant quelques années avant d’accepter un juteux contrat ailleurs, la situation ne changera pas". Or, "si vous changiez cet esprit, vous n’auriez plus besoin d’incubateurs et autres structures du genre. C’est parce que la mentalité est celle qu’elle est chez nous que tout cela est nécessaire".

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Symbiose entre acteurs

Cela prend des formes diverses comme dans le cas du Centre d’Entreprises et d’Innovation de Louvain (CEI Louvain). D’une part, l’incubateur néo-louvaniste né en 2004 sélectionne, incube et accompagne des projets innovants d’étudiants via son "Yncubator"; de l’autre, il propose aux porteurs de projets de la région ses programmes "CEI-GO" et "CEI-Grow", respectivement voués à accompagner des start-ups de moins et de plus de 3 ans vers un développement important. Une formule gagnante a priori car "cette année, nous avons dû refuser des projets suite à l’important nombre de demandes que nous avons reçues", sourit Jean-Marc Simoens, CEO. Et bien que l’initiative couvre un large spectre, elle a par ailleurs le mérite de fonctionner en symbiose avec l’université toute proche. Ce qui s’explique par le fait que "l’UCL y est actionnaire à 50% aux côtés de la Région", indique le patron de CEI Louvain.

À côté, une autre initiative dope elle aussi l’écosystème brabançon: Mind & Market. Fruit d’une collaboration entre l’université, à nouveau, et l’association d’entreprises Alliance Centre BW, la plateforme fondée en 2009 entend connecter porteurs de projet et marché à l’aide d’un site internet et d’événements d’ampleur. "L’idée est venue d’un groupe de travail qui a constaté que certains chercheurs restaient confinés dans leur labo sans se confronter à la réalité. En résulte qu’à la fin de leur recherche, les projets devaient parfois nécessiter quelques mois supplémentaires de développement, voire tout bonnement être arrêtés", se souvient Jean-Marc Simoens. Un modèle de mise en relation qui fonctionne aujourd’hui si bien qu’il a été récemment dupliqué ailleurs en Wallonie, se félicite son cofondateur.

5 endroits clés

Creative SparkHub pour start-ups créé par et pour des entrepreneurs. Il vise à accélérer la redynamisation de la Wallonie et son orientation vers l’économie nouvelle. On y retrouve notamment Engine (ex Nest’Up), laboratoire des nouvelles pratiques d’innovation pour start-ups et PME.

Mind & MarketPlateforme web et organisateur d’événement avec pour objectif la mise en relation entre porteurs de projets ou entreprises innovantes et des entrepreneurs établis, investisseurs potentiels, coachs ou mentors.

YncubatorYoung Entrepreneurs Lab, destiné à développer et incuber les idées innovantes de jeunes entrepreneurs. Au programme, idéation, co-création, accompagnement de porteurs de projets innovants.

Louvain Coworking SpaceEspace de travail collaboratif, avec de l’animation, des activités, un réseau, de l’accompagnement, des services, des rencontres entre entrepreneurs, indépendants, télétravailleurs, starters, travailleurs nomades.

Digital BWHub ayant pour mission d’accompagner et de financer les projets de start-up digitales en Brabant wallon.

Trop tôt pour un succès?

Tout comme celui d’un autre acteur qu’est Creative Wallonia Engine, précédemment connu sous le nom de Nest’Up. Fondé en 2012 au sein de l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert, le premier accélérateur de Belgique francophone en date a permis l’émergence d’acteurs tels que la plateforme d’agences de marketing et de publicité Sortlist, le spécialiste des verrines comestibles Do Eat ou encore (feu) le service de livraison de repas à domicile Take Eat Easy. Alors si seulement 20% des start-ups passées par les programmes connaissent la croissance ou d’intéressants développements, l’important est de leur avoir "injecté le virus et la méthodologie", souligne David Valentiny, directeur de Creative Wallonia Engine. Peu importe si elles ne réussissent pas du premier coup, car d’autres projets voient parfois le jour dans la foulée de l’originel quand les équipes apportent même parfois leur bagage entrepreneurial en entreprise.

Reste enfin que, face au bouillonnement en cours, se pose une question: où sont les prochains Iris vu l’encouragement insufflé depuis quelques années? En fait, il est encore trop tôt pour voir les conséquences de la politique menée. Après tout, "les initiatives de promotion de l’entrepreneuriat sont très récentes", analyse Pierre De Muelenaere. Pour ce qui est d’Yncubator par exemple, la structure a été mise sur pieds fin 2015. "On ne pourra donc en mesurer les conséquences qu’à partir de 2020", selon lui.

Quant à l’université, le changement de mentalité que ses instances tentent d’insuffler commence lui aussi seulement à attirer les graines de talent. Aujourd’hui, 25% des étudiants qui suivent la formation CPME lancent leur propre start-up dans les mois et années qui suivent leur défense de mémoire. Alors oui, ce n’est pas la panacée quand on connaît le nombre de start-ups qui ne survivent pas à leurs premières années, mais les lignes bougent. Peu à peu. Et l’avenir pourrait réserver quelques belles surprises.

Mariage de goût et de technologie

Dans les locaux de Gembloux Agro-Bio Tech, une initiative pour le moins particulière fait parler d’elle chaque jour un peu plus: le Smart Gastronomy Lab. Défini comme un "laboratoire d’usage, de cocréation et de prototypage" à la croisée des chemins entre technologie et gastronomie, le lieu vise à développer de nouveaux outils, procédés, ustensiles, produits et recettes dans l’univers de la cuisine. Ce qui passe par de l’impression 3D sur chocolat à de la gravure laser sur aliment ou encore par des systèmes de production de bière individuels. Inauguré en 2015, "le projet est né de l’initiative du ministre de l’époque, Jean-Claude Marcourt", se souvient Eric Haubruge, cofondateur et premier vice-recteur à l’université de Liège. Ici, sont réunis Génération W, association de chefs défendant le patrimoine culinaire wallon, l’université de Liège, le KIKK, festival dédié aux cultures digitales et créatives, et le Bureau économique de la Province de Namur. Avec une même ambition: révolutionner l’alimentation.

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