Agroptimize sème les graines de l'agriculture 4.0 depuis Arlon

Les recherches des équipes du professeur Tychon (à l’avant-plan à gauche) ont fait l’objet de nombreuses publications dans des revues scientifiques de renom. ©Anthony Dehez

Cette start-up d’Arlon utilise le big data pour optimiser l’agriculture de demain. Basé sur des recherches universitaires, le modèle proposé vise à prévenir les maladies tout en utilisant moins de pesticides, à rendre la terre plus fertile et à maximiser les rendements agricoles. Agroptimize souhaite développer ses activités dans toute l’Europe et en Afrique.

Utiliser moins de pesticides dans l’agriculture, c’est finalement ce que tout le monde souhaite. C’est possible dès aujourd’hui, notamment grâce à Agroptimize, une spin-off créée en mars 2016 par l’association de l’Université de Liège (ULiège), du Luxembourg Institute of Science and Technology (List) et de la société française Wanaka.

Cette start-up a développé un outil d’aide à la décision qui permet d’envoyer une alerte aux agriculteurs pour leur indiquer le moment le plus opportun pour protéger leurs cultures contre l’une ou l’autre maladie. L’alerte est lancée depuis les bureaux d’Agroptimize situés dans un bâtiment de l’Université de Liège… à Arlon.

Car c’est à Arlon que l’aventure a commencé et c’est à Arlon que l’expertise scientifique est restée. En fait, on n’en parle pas tous les jours, mais notre pays est reconnu au niveau mondial pour son expertise en agrométéorologie.

©Anthony Dehez

Début des années 70, la Fondation universitaire Luxembourgeoise, aujourd’hui, intégrée dans ULiège, a été une des premières universités au monde à mettre en place des formations dans ce domaine. "À l’époque, l’enjeu au niveau mondial et notamment au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), c’était la recherche d’une sécurité alimentaire par une meilleure exploitation du climat pour l’agriculture", explique Bernard Tychon, professeur et membre fondateur d’Agroptimize.

Les recherches des équipes du professeur Tychon ont fait l’objet de nombreuses publications dans des revues scientifiques de renom. "Mais nous voulions aussi que nos recherches bénéficient au plus grand nombre dans l’intérêt général de la société et notamment pour le monde de l’agriculture", intervient le professeur. D’où la création de la spin-off afin de valoriser auprès du grand public les recherches appliquées réalisées par les universitaires. Les solutions rencontrées dans ces recherches sont tout à fait transposables à l’agriculture et permettront demain de faire rentrer celle-ci dans l’environnement 4.0.

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Modèle pour une thèse

En 2005, un chercheur de l’équipe du professeur Tychon, Moussa El Jarroudi, obtient son doctorat en soutenant sa thèse intitulée "Evaluation des paramètres épidémiologiques des principales maladies cryptogamiques affectant les feuilles du blé d’hiver au Grand-Duché de Luxembourg: calibration et validation d’un modèle de prévision".

Le modèle utilisé par Agroptimize se base sur cette thèse, les données météorologiques et d’autres recherches réalisées au cours de ces vingt dernières années. "Les maladies sont influencées par les conditions météorologiques, la nature du sol, la gestion de la parcelle les années précédentes, etc. Notre modèle peut intégrer toutes ces données et donc anticiper les décisions à prendre pour que celles-ci n’apparaissent pas ou que leurs impacts soient le plus limités possibles", expose Bernard Tychon.

Environ 50% des agriculteurs grand-ducaux utilisent ce système d’avertissement au développement de maladies proposé par la start-up. Et dans neuf cas sur dix, l’approche proposée par Agroptimize s’avère plus économique et écologique qu’une approche basée sur la protection systématique à large spectre des parcelles.

Pour l’heure, le modèle couvre une douzaine de maladies fongiques affectant les céréales.

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Véritable partenariat public-privé

Soutenue dans ses démarches par l’ULiège et des fonds de la Région wallonne, Agroptimize s’est aussi entourée de partenaires, dont notamment le Luxembourg Institute of Science and Technology qui appuie la spin-off dans la mise au point du suivi entomologique des cultures et, en France, de Wanaka pour l’aider à commercialiser ses produits. "C’est un véritable partenariat public-privé, indique Bernard Tychon. Le résultat de nos recherches en phytopathologie est mis à profit dans le secteur privé qui finance en retour la poursuite des travaux, en veillant à notre indépendance."

L’actionnaire majoritaire d’Agroptimize est Wanaka. "Aujourd’hui, nous employons 19 personnes, avance Amaury Desombre, président des deux sociétés. Notre chiffre d’affaires est de l’ordre du million d’euros et notre ambition est de le porter à 5 millions d’ici deux ans."

La société souhaite à court terme développer ses activités dans toute l’Europe et a également l’Afrique en ligne de mire à l’horizon 2020.

©AGROPTIMIZE

Agroptimize offre toute une palette de solutions nécessaires au développement de l’agriculture de précision. Elle est la seule aujourd’hui en Europe à disposer de l’intelligence agronomique nécessaire à l’analyse du big data agricole.

Elle propose ainsi des outils pour la fertilisation et l’étude des sols. "Selon les cas à étudier, nous utilisons des drones, des avions ou des satellites pour collecter des données, précise Amaury Desombre. Et à partir de ces données, nous pouvons réaliser des cartes qui indiquent aux agriculteurs, par exemple, quelle quantité d’azote ils doivent apporter et comment cette quantité doit être répartie sur la parcelle."

Optimisation

Ces dernières années, l’électronique a fait son entrée en force dans le monde agricole. Avec le développement des objets connectés, les capteurs pullulent dans les champs. Les solutions proposées par la start-up peuvent donc être directement implémentées dans les machines agricoles. "Les possibilités de développement sont énormes", se réjouit le patron français. "Et ce d’autant plus que le modèle que nous utilisons s’auto-nourrit de toutes les données reçues. C’est un véritable cercle vertueux", complète le professeur belge.

"Le modèle s’auto-nourrit de toutes les données reçues. C’est un véritable cercle vertueux."
Bernard Tychon
professeur à l’uLiège et membre fondateur d’Agroptimize

Le big data a donc aussi beaucoup d’avenir pour optimiser l’agriculture de demain. La start-up développe d’ailleurs un modèle de prévisions des rendements. Celui-ci permettra d’indiquer à un agriculteur quelle intervention à quel moment et à quel endroit il doit effectuer. La performance des exploitations agricoles pourra ainsi demain en être améliorée.

À première vue, l’utilisation des données dans le secteur agricole va avoir un double impact: de réduction des coûts et sur l’empreinte écologique.

D’un point de vue macroéconomique, et cet aspect ne laisse pas insensibles les chercheurs belges, l’agriculture de précision pourrait contribuer à la réduction du problème de l’insécurité alimentaire dans le monde.

Agroptimize, qui fête ce mois-ci ses deux ans, progresse année après année en termes d’hectares couverts et de nouveaux clients. Le marché des outils d’aide à la décision est en évolution constante malgré la résistance au changement qui caractérise le monde de l’agriculture. En effet, qui tend l’oreille au beau milieu d’un champ peut entendre aujourd’hui: "C’est quand même pas un ordinateur qui va m’indiquer comment je dois cultiver ma terre."

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